1355 Charles IV écrit à la ville d’Obernai

Le petit Charles, enfant, était prénommé Venceslas en fait. Fils du roi Jean de Bohême, il fut élevé par son parrain, Charles IV le Bel, à la cour de France. Le séjour dut lui plaire puisqu’ appelé au trône, il choisit le prénom de son glorieux parrain. Nous nous penchons aujourd’hui sur une lettre que Charles envoie à la Toussaint 1355 à la Ville d’Obernai.


Quelques mots sur l’empereur Charles IV


Charles est élu Roi des Romains dés 1346. Ce titre honorifique lui promet l’accès au trône impérial. Il ne deviendra empereur qu’en l’an 1356, à la mort de Louis IV, après de longues années de négociations : Charles était le candidat du pape Clément VI face aux princes allemands.

L’acte politique marquant de son règne est la Bulle d’Or. Ce texte, promulgué dès 1356, décrit les règles de l’élection des futurs empereurs du Saint Empire. Il restera en vigueur jusqu’au XIXème siècle.

Charles était protecteur des arts, c’est lui qui fit embellir Prague et édifia la cathédrale Saint-Guy de Prague. Nous avons raconté par ailleurs la manière étonnante qu’utilisa Charles pour ‘attirer’ des reliques prestigieuses à Prague. ( Reliques de Saint Florent, Reliques de Sainte Odile, cliquez sur les liens).


Le manuscrit des archives municipales d’Obernai


L’ancienne ville impériale a conservé bon nombre des archives de son glorieux passé. Lors de nos recherches sur les châteaux d’Ottrott, notre attention a été attirée par un manuscrit bien ancien. Jugez par vous même !

Les premiers mots sont prometteurs : ‘Wir Karl von gots gnaden romischer kunig…’ Nous, Charles, Roi des Romains par la grâce de Dieu… Mais, pourquoi Charles écrivit-il à notre bonne Ville d’Obernai ?

Tentons une proposition de traduction du manuscrit…


Nous, Charles, Roi des Romains par la grâce de Dieu, protecteur de l’empire et roi de Bohême, souhaitons tout le bien au prévôt, au conseil et aux bourgeois de la Ville d’Obernai, tous ensemble, nos âmes et féaux, ainsi que ceux du Saint Empire. Vous auriez porté préjudice à notre féal Dietherich de Rotzenhüsen, que Cuneman, prévôt de Wazzelnheim, a privé de ses biens d’Ottenrode, qu’il détient comme alleu de nous même et qui dépendent du Saint Empire. C’est pourquoi nous demandons à nos âmes et féaux qu’ils protègent le susnommé Dietherich dans ces mêmes biens, de part nous et les lois de l’Empire, à moins que le litige ne nous soit présenté, de par le droit et conformément aux usages du pays.

Haguenau, le dernier mercredi précédant la Toussaint, dans la huitième année de notre règne.

Charles

Lettre de Charles IV, Archives d’Obernai, DD106


Visiblement, Dietrich de Rathsamhausen est en conflit avec un ‘Cuneman de Wazzelheim’, qui l’a spolié de la jouissance de ses biens à Ottrott. Nous sommes en 1355, et la chronique nous parle par ailleurs, quelque années plus tard, d’un Cuno de Wasselonne. Mais, diantre, que faisait-il à Ottrott ?

Notre Dietrich semble au mieux avec le pouvoir : le roi des Romains ne prend-il pas la peine d’écrire à la Ville d’Obernai pour qu’elle protège son cher Dietrich ?

 

Selon J. Gyss, les Stettmeister de la Ville étaient alors : Johans Schencke, Diebolt Schencke, tous deux chevaliers, Johans von Oberkirch, écuyer et Johans Rebeman. On ne sait la suite donnée à cette missive du futur empereur.

Gageons cependant que l’action ne fut pas suffisante… Quelques années plus tard, en 1383, Wenceslas, successeur de Charles IV, dut faire intervenir le duc Jean de Lorraine et l’évêque de Strasbourg Frédéric de Blankenheim pour protéger les mêmes Rathsamhausen, Dietrich et sa mère Elsen, de leurs ennemis.

 

 

Le sceau du parchemin de nos archives a été ôté, peut-être dérobé… Nous vous proposons celui que Charles IV avait apposé à la Bulle d’Or !


Les Rathsamhausen à Ottrott au XIIIème et XIVème siècles.


Dès 1227, Gertrud de Rathsamhausen est citée à Ottrott. C’est elle, remariée avec Eberhard d’Andlau, qui décide avec l’accord de son fils Hartmann de Rathsamhausen de remettre les droits patronaux de la chapelle Saint Nicolas à l’abbesse de Niedermunster. La chapelle aurait été construite par ses parents.

 

La missive de 1355 de Charles IV est le deuxième texte qui confirme l’implantation de la famille à Ottrott.

 

Curieusement, ce n’est qu’en 1393 ; bien tardivement, que les Rathsamhausen sont investis d’un des châteaux d’Ottrott, le VorderLutzelburg, aujourd’hui château de Lutzelbourg. Le château était alors en ruines (Burgstall). Le titre porte le nom de trois frères : Hartmann, Egenolphe et Jean’. Les droits leurs sont alors disputés par la famille d’Andlau. Peut-être les Rathsamhausen étaient-ils déjà les châtelains de l’HinterLutzelburg ? Mais les textes n’en disent rien.

En 1398, la lettre d’investiture de Gérothée et Dietrich de Rathsamhausen par le prévôt Frédéric d’Oettingen nous en apprend plus sur l’implantation réelle de la famille autour du Mont-Sainte-Odile.

‘ die Purgk zum Stein mit irem Burgbanne und das Kirspiel zu Roto,… die zween höfe zu Ottenroden mit Leuten, gerichten, gütern, zinsen,…. den Zehenden zu Obern Ehenheim,, den man nennet den Frytelzehenden mit aller seiner zugehörend als er dasselbst gelegen ist,… der Theil an der Burg zu Kungesperg samt dem Wald und anderen Lehen….

Lettre citée par Joseph Gyss

Le château de la Roche et la paroisse de Rothau,.. les deux cours à Ottrott avec leurs gens, leurs biens, leurs droits,… la cour dîmière d’Obernai qu’on appelle Frytelzehenden, ainsi que tous les attenants,.. une part du château de Kungesperg, ainsi que d’autres fiefs…

Là encore, les châteaux d’Ottrott se sont pas mentionnés dans les biens familiaux… Néanmoins, dès la fin du XIVème siècle, les Rathsamhausen étaient déjà une famille puissante au pied du Mont !

Retrouvez nos articles dédiés aux châteaux d’Ottrott en cliquant sur le lien !


Sources


Manuscrit de Charles IV, Archives Obernai, DD106

Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866


Illustrations


Photographies du parchemin, PiP

Ecusson des Rathsamhausen sur le palais de Lutzelbourg

Charles et son épouse Blanche de Valois

Armoiries des Rathsamhausen, mise en couleurs, PiP

Sceau de Charles IV, image Wikipedia

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