Le mystérieux blason du Lutzelbourg

Nous avons, il y a quelques mois, consacré un article aux cinq corbeaux armoriés qui ornent la salle d’apparat de notre château de Lutzelbourg. Neuf blasons figurent sur ces pierres. Les armes des Rathsamhausen apparaissent à cinq reprises : ils étaient les seigneurs des lieux. Deux pierres portent le blason ‘échiqueté d’argent et de gueules’ des Hohenstein. Les deux familles étaient alliées : Lucia de Hohenstein était la mère des trois frères Hartmann, Egelolf et Johann de Rathsamhausen qui étaient les seigneurs des lieux de 1393 à 1414 : La présence des armes des deux familles est naturelle.

Un dernier blason apparaît à deux reprises : un écu orné d’un simple pal. C’est à ce dernier qu’est consacré cet article.

 

Sur un corbeau situé sur le mur ouest du logis, le blason apparaît seul et occupe l’ensemble de la face avant de la pierre. La seconde version se trouve sur le mur nord, le corbeau porte trois blasons : en bas, celui des Rathsamhausen, en haut à gauche les armes des Hohenstein, et en haut à droite notre blason mystérieux.

Voyons un peu….


Simple pal ou bien croix érodée ? Famille d’Andlau


Cette question peut paraître déplacée à l’observateur, tant la forme du pal semble évidente aujourd’hui. Cependant, Max Herbig dans son livre ‘Ottrotter Schlösser’ publié en 1903 semble y reconnaître la croix du blason de la famille d’Andlau.

L’explication semble séduisante, les Rathsamhausen et les Andlau furent tour à tour investis du Lutzelbourg par l’empereur Wenceslas à l’époque de la construction du logis.

  • 1392 : inféodation aux deux frères d’Andlau par l’empereur Wenceslas
  • 1393 : inféodation aux trois frères de Rathsamhausen par le même Wenceslas
  • 1398 : investiture de Jérothée et Dietrich de Rathsamhausen.

Cependant, il semble que cette lecture doive être écartée : l’examen détaillé des deux corbeaux nous montre un pal bien marqué. Pas la moindre trace d’une croix. Max a mal lu les pierres du logis.

  • Cherchons plutôt quelles familles portaient des armes analogues en Alsace. En l’absence de toute trace de couleurs sur les pierres, nous nous en tiendrons à la forme de l’écu.
  • Les deux familles ont pu être alliées par mariage à cette époque.

Famille de Leyen


Les armes de la famille de Leyen présentent, certes, un pal blanc sur fond d’azur. Mais nous ne citons cette famille ici que pour la similitude des blasons. En effet, la principauté de Leyen fut fondée par Napoléon en 1806 sur les terres de l’ancienne famille des Geroldseck de l’autre côté du Rhin. Il faut écarter cette solution. Les Leyen étaient inconnus en Alsace à la fin du 14ème siècle !


Famille de Kettenheim


Les armes de la famille de Kettenheim présentent un pal noir sur fond blanc. Le cimier porte un braque noir entouré de deux cornes blanches.

Cette famille est citée par Bernhard Herzog dans sa chronique alsacienne de 1239 à 1579. Dans les années qui nous intéressent, Herzog cite les deux frères Brenno et Hans de Kettenheim – 1410. Le nom d’ Hermann de Kettenheim se trouve dans la Chronique de Bâle – 1432. La famille est originaire du village de Kettenheim, situé non loin d’Heidelberg, où plusieurs de ses membres furent enterrés.


Famille Hase de Dienlich


Les armes des Hasen von Dienlich présentent un pal rouge sur fond jaune. Curieusement, le cimier porte un cygne blanc et rouge.

Herzog mentionne la présence d’un Albrecht Hase von Dienlich au tournoi de Strasbourg en 1390 et d’un Henrich du même nom en 1436. Ce sont les seules mentions de ce nom que nous ayons trouvées.

Cependant, Bucelin cite cette lignée dans ses tables des familles allemandes dans la section ‘Alsatia’. Les Hasen von Dienlich étaient bien présents en Alsace lorsque les corbeaux ont été armoriés.


Famille d’Epfich


Les armes des von Epfich présentent un pal blanc sur fond rouge. Le cimier porte un bélier blanc doté d’un collier rouge.

La famille tire son nom du village d’Epfig situé à quelques kilomètres des châteaux d’Ottrott. Herzog cite un Peter von Epfich, féal des Lichtenberg en 1361. Puis un soldat Walter de 1377. Il mentionne la mort d’un membre de la famille dans un jardin d’une rue de Strasbourg, la Brandgasse. Un Friedrich est cité en 1381 et 1408. On retrouve un Jakob von Epfich chez Ottokar Lorenz – 1332.

 

Voilà où nous en sommes de nos recherches. Les pistes Andlau et Leyen semblent devoir être écartées. En l’absence de textes, il n’est guère possible de trancher entre les Kettenheim, les Hasen, les Epfich ou une autre famille que nous n’aurions pas croisée lors de nos investigations. L’analyse détaillée des archives des localités proches pourrait se révéler déterminante. Si un de nos lecteurs avait une piste, nous sommes preneurs.

 

Sans preuve aucune, de par leur simple proximité géographique, les Epfich ont, à ce jour, notre préférence. Un des trois frères Hartmann, Egelolf et Johann de Rathsamhausen était-il marié à une demoiselle von Epfich ?

Le blason du Lutzelbourg reste bien mystérieux !

Sources

  1. Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592

Bucelinus, Germania topo-chrono-stemmatographica sacra et profana opera, 1670

  1. Lorenz, Geschichte des Elsasses, 1871

Max Herbig, Ottrotter Schlösser, 1903

 

Illustrations

Photographies, PiP

Dessins des blasons anciens sauf Leyen, B. Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592

Relevé des blasons du Lutzelbourg, AlP

 

Cet article est dédié à Sandrine, Alix et Raoul

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