Le logis des seigneurs de l’Hinterlützelburg

Avez-vous remarqué ces deux ouvertures sur le mur est du logis de notre château de Rathsamhausen ?

Côté extérieur, le visiteur pense à des archères. A l’intérieur, elles sont aménagées comme des fenêtres. Elles sont pourtant bien étroites. Alors quoi ? Archères ou fenêtres ?

Nous allons tenter de répondre à cette question. Et plus largement nous vous conterons les évolutions architecturales du logis de la famille de Lutzelbourg, puis des Rathsamhausen au XIIème siècle.


Le logis initial (~1200)


Suite à l’incendie du Vieux Lutzelbourg, Conrad, à moins que ce ne fut son fils Walther, édifie cette immense tour romane qui sera le joyau du futur château de Rathsamhausen. Rapidement, le donjon-palais est complété par la cour romane et un premier logis. C’est à lui que nous nous intéressons aujourd’hui.

Le premier logis devait être fort simple. S’il fut surélevé à plusieurs reprises, il ne comportait à l’origine que deux niveaux. La partie basse est aujourd’hui encombrée des gravats générés par l’effondrement des étages supérieurs. Elle était éclairée par des fenestrons romans de petites dimensions, semblables à ceux du donjon-palais. Cette salle devait servir de salle des gardes et contenir quelques réserves.

Intéressons-nous plutôt au premier étage, qui était l’habitation. Cette vaste pièce était couverte d’une toiture une pente, qui dirigeait les eaux de pluie vers la citerne située dans la cour du château. ( cf. notre article : Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott ). Le sommet des murailles sud, est et nord portait un chemin de ronde dallé et des hourds complétaient le dispositif de défense. Les murs du logis sont adossés, sans ancrage, à ceux du donjon palais. Ceci tend à montrer que le logis est postérieur au donjon-palais, néanmoins la similitude de style des portes et des fenestrons montrent que le délai entre les deux campagnes fut bien faible.


Le premier étage du logis en 1200


Voici le relevé du premier étage. L’accès se faisait au nord à partir de la cour par une porte romane, de même facture que celles du donjon-palais : arc de décharge en plein cintre, linteau monolithe, devant une niche surbaissée. La porte devait être précédée d’un balcon de bois muni d’un escalier, les corbeaux sont encore en place.

Le mur est était éclairé par six fenestrons romans (N° 1 à 6), de même facture que ceux de l’étage inférieur mais de dimensions plus importantes.

Le mur sud en comportait trois ( N° 7 –8 et 9) ainsi que l’accès à une petite bretèche (N° 10) qui portait les latrines du logis, au dessus des fossés.

Il n’y avait pas de communication directe entre le logis et le donjon-palais. On devait passer par la cour pour rejoindre le premier étage de celui ci. L’accès au deuxième étage du donjon est encore plus malaisé : il fallait monter sur le rempart hourdé au nord et accéder à la porte ouvragée en damier par la passerelle de bois située au dessus du toit du logis. Bigre !

Aujourd’hui, on ne distingue pas de partage de la surface en plusieurs pièces. Thomas Biller, dans son étude du château, note cependant la présence vraisemblable d’une cloison de bois est-ouest qui partagerait la surface en deux pièces de dimensions à peu près égales. Il en aurait détecté les traces.


Les modifications de la fin du 13ème siècle


Quelques cinquante années plus tard, la famille de Lutzelbourg s’est éteinte et le château est dans les mains des Rathsamhausen. Les conditions politiques ont changé : à la mort de Frédéric II de Hohenstaufen en 1250, la lutte pour la couronne impériale fait rage entre les tenants du Pape et ceux des Hohenstaufen. C’est le Grand Interrègne.

La situation à Ottrott n’est pas décrite dans les textes, mais à l’est de notre forteresse, une chose est certaine : le château de Lutzelbourg est construit. Il semble menacer le château des Rathsamhausen qui se protègent en creusant les larges fossés et en érigeant le donjon circulaire (Bergfried). A cette occasion de cette campagne, le logis est largement modifié. Renforcé. Voyez vous-même !


Modifications militaires


Le Rathsamhausen primitif attendait plutôt une attaque sur son versant ouest, côté montagne. L’apparition du Lutzelbourg à l’est change totalement la donne. Le logis avec ses murailles d’un petit mètre d’épaisseur, semble bien fragile face à la menace du donjon et aux murs crénelés de son nouveau voisin distant de 70 mètres tout au plus ! On creuse les fossés, certes, on construit le bergfried, oui, mais l’adaptation du logis est aussi une nécessité.

Il est décidé de renforcer les murailles face à la menace voisine : un second mur construit à l’intérieur du logis va faire plus que doubler l’épaisseur existante. On perd en surface habitable, on gagne en sécurité. Coté sud (N°8-9) et à l’angle sud est (N°1), les fenestrons seront murés pour gagner en solidité. La bretèche sud (N° 10) a été condamnée pour les mêmes raisons.

Parallèlement, la famille de Rathsamhausen a du s’accroître… en effet, un étage supplémentaire a été ajouté au logis. C’est celui avec les doubles baies gothiques décrites dans un article précédant. ( cf. La baie gothique du logis du Rathsamhausen à Ottrott ).


Modifications de confort


Quitte à rénover le logis, les seigneurs de Rathsamhausen ont voulu le rendre plus confortable.

  • Une vaste cheminée a été ajoutée, adossée au mur sud. Les deux colonnes sont encore en place. Le linteau est malheureusement manquant. Il devait être supporté par deux immenses consoles si on en juge par les deux opes encore bien visibles.
  • Des latrines ont été aménagées pour remplacer celles de la bretèche. Elles sont situées à l’intérieur de la muraille et accessibles par un étroit couloir à la forme alambiquée. Discrétion oblige ! Le couloir et les latrines sont aujourd’hui encombrés de gravas. Prochainement, les bénévoles nettoieront les lieux et étaieront le plafond qui menace de s’effondrer.

  • La seule ouverture conservée versant sud (7) a conservé son fenestron roman. Celui-ci s’ouvre maintenant sur une large niche agrémentée d’un coussiège. A déblayer et renforcer prochainement.

  • Les baies du versant est ont été considérablement modifiées pour tenir compte de la menace du château voisin. (voir plus avant )
  • Un étage a été ajouté au logis, nous l’avons déjà mentionné.Dans son livre ‘Ottrotter Schlösser’, Max Herbig nous apporte quelques détails sur le logis qu’il décrit en 1903.Louis Levrault (1856) parle également de traces de peintures murales, mais il parle alors des salles du donjon palais.
  • Les murs des pièces étaient recouverts de crépi. Les traces en sont encore nombreuses aujourd’hui. Le logis était paré de riches sculptures (schönen Skulpturarbeiten) et les niches des fenêtres portaient des peintures (Reste von Malereien)…. Aujourd’hui, nous n’avons plus de traces de ces éléments.

 


Modifications des baies Est


Le versant est se trouve protégé par le vase fossé, mais les fenestrons romans semblent bien larges et se révèlent des cibles faciles pour les archers adverses. Les ouvertures conservées vont être modifiées pour assurer la sécurité côté extérieur et le confort à l’intérieur du logis. Voyez d’abord le versant extérieur !

La largueur est divisée par trois. Par contre, on gagne en longueur par ne pas trop perdre de luminosité dans la pièce. Nous possédons l’image des deux temps de la construction puisque la baie N°1 a été murée, et les baies N°2 et 3 modifiées.

Coté intérieur, une large niche surbaissée est aménagée dans l’épaisseur du mur de renfort. Deux coussièges permettent alors de s’asseoir et de profiter de la maigre lumière. Les ouvertures étaient munies de petits volets, un barreau de fer a été posé verticalement à une période difficile à préciser.

Ces modifications ont été apportées de façon toujours visibles aujourd’hui sur les baies N°2 et 3.

Voici le relevé précis de la baie N°2.

Il ne semble pas que les baies N°4 et N°6 aient été modifiées. La partie nord de la muraille étant effondrée, difficile d’être plus affirmatif. En ce qui concerne la baie N°5, nous avons la chance d’avoir un dessin de Louis Laurent-Atthalin, croquis daté de 1836, qui offre une vue de l’intérieur du logis. Selon notre ami Louis, il y avait bien une troisième baie avec niche et coussièges à cet endroit.

Le dessin de Louis fait plus que nous confirmer l’existence de la baie N°5…. L’étage supérieur est bien représenté avec ses deux doubles baies gothiques. Le troisième étage avec ses fenêtres rectangulaires. Et enfin, un quatrième étage déjà ruine en 1836. Le logis des Rathsamhausen a connu encore bien des modifications après celles du 13ème siècle que nous avons tenté d’analyser.

Terminons, par un deuxième dessin de Louis. Notre Ottrottois de cœur est assis dans la baie N°5. Il dessine avec précision les contours de cette baie. Vous pouvez remarquer que le remplage extérieur est déjà manquant à cette date. Le fond de l’image représente le donjon du Lutzelbourg et les murs crénelés. La menace semble plus réelle, non ? On comprend mieux les travaux des seigneurs de Rathsamhausen ! Nos baies étaient bien, un peu des fenêtres, un peu des meurtrières….

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *