Archéologie au Lutzelbourg

Nos fidèles le savent, les Amchott remontent un mur de la rampe d’entrée du Lutzelbourg, afin de pouvoir l’an prochain effectuer des travaux à l’intérieur du château. Ce qu’ils ne savent peut-être pas, c’est que la Direction régionale des Affaires Culturelles nous a demandé d’effectuer une étude archéologique de la rampe avant tout travaux.

Nous avons donc ouvert une tranchée et effectué un sondage et analysé les résultats. Nous remettons, ce mois, le rapport de notre activité archéologique. Cet article vous donne, en primeur, les grandes lignes de ce rapport. Nous tenions à ce que nos Amis des Châteaux d’Ottrott soient les premiers informés.

Sondage Archéologique

Rampe d’accès au Château de Lutzelbourg
Date d’intervention : juin 2018
Arrété SRA N°2018/A 168

Au mois, de juin, nos bénévoles ont donc laissé les pelles et pioches pour le râteau et la truelle. Il ne fallait pas détruire les éléments du site avant leur relevé. Merci à tous ceux qui ont patiemment travaillé au sondage.

Ensuite, nous avons formé une petite équipe Sandrine, Mathilde, Aurélien, Dorian, Etienne et PiP, qui a analysé les résultats. Nos étudiants ont effectué les relevés au 1/20 de la rampe : les dessins mesurent plus d’un mètre de longueur ! bravo à eux ! Puis, nous avons tous les cinq, trié et analysé les tessons, objets ferreux et morceaux de verre. Nous avons lu les textes de nos prédécesseurs, recherché les images anciennes de la rampe. Nous avons réfléchi (sic) et enfin écrit le fruit de nos réflexions.

Observation du Bâti

La rampe d’accès au château de Lutzelbourg mesure près de 22 mètres de longueur, pour une largeur moyenne de 3,5 mètres. Elle mène de la barbacane du château, en contrebas, à la porte à pont-levis : le dénivelé est de 5 mètres 20.

La rampe est enserrée de deux murs. Si, par endroit, le mur Ouest domine encore de plus de deux mètres le chemin de la rampe, le mur Est est aujourd’hui beaucoup plus bas. Au sud, il ne surplombe le chemin que de quelques dizaines de centimètres. Au nord, une vaste brèche s’est ouverte. Un cône de déjection s’est formé en contrebas dans la barbacane.

Sous la rampe, un passage souterrain permettait de passer de la barbacane à l’esplanade sud du château. Il est aujourd’hui partiellement muré.

Nous avons étudié :

  • Le mur Est de la rampe
  • Le mur Ouest de la rampe
  • Le passage sous rampe
  • La coupe stratigraphique du cône de déjection
  • Le cheminement sur la rampe
  • La porte au pont-levis.

Il n’est pas question de donner ici l’ensemble du rapport. En voici quelques éléments.

Mur Est de la rampe

Au nord, un contrefort muni d’un parement en pierres à bosse. C’est sur ce contrefort que s’appuie la porte au pont-levis qui domine la rampe. La porte au pont-levis était précédée d’une fosse aujourd’hui comblée. Un mur délimite cette fosse à l’est. Petit appareil, peu soigné. La section suivante est effondrée, couverte de végétation. Un vaste cône de déjection couvre sa base. Seules deux à quatre assises sont visibles.

Cette section ne fait pas partie de notre étude. Elles seront relevées lors de la prochaine campagne de travaux.
La section étudiée s’étend du passage souterrain sous rampe jusqu’à l’extrémité sud de celle-ci.
Le mur a été réalisé en totalité en grès de type poudingue de Sainte-Odile.
Cette construction prend appui sur le socle rocheux.

Mur Ouest de la rampe

Contrairement au mur opposé, le mur Ouest de la rampe du Lutzelbourg est conservé en élévation une bonne partie de sa longueur. Il est appuyé au nord sur le rocher qui porte les fausses braies du château. La hauteur maximum relevée est de 2.30m au dessus du cheminement. Le mur a été réalisé en totalité en grès de type poudingue de Sainte-Odile. Cette construction prend appui  sur le socle rocheux.

Coupe stratigraphique du cône est de la rampe

Le sondage a été effectué, conformément aux indications de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, de façon à dégager la partie gauche de l’arche du passage sous rampe. L’ arche a été étayée. La profondeur indiquée a permis d’atteindre le niveau estimé du seuil du passage.
Le cône de déjection comporte de nombreux blocs de pierres, de nombreuses tuiles, des tessons de poteries en grand nombre et des ossements de cheval.
Au fond de la tranchée, coté nord, nous avons dégagé la base d’un muret.

Porte dominant la rampe

La porte au pont-levis domine la rampe d’accès.
Cette porte et la rampe d’accès forment un tout : lors de l’extension du château du Lutzelbourg après l’apparition des premières armes à feu, le cheminement d’accès a été remodelé pour améliorer la défense du château en s’adaptant au nouvel armement. Le dispositif de défense et le décorum de la porte permettent de dater cet ensemble de la fin du XVème siècle avec réaménagement de l’ensemble au siècle suivant.

Inventaire du mobilier trouvé lors du sondage

Lors du sondage effectué en juin 2018, ont été mis à jour les éléments suivants.

D’une part des pierres et tuiles :

  • Trois pierres taillées
  • Des pierres de parement du mur est de la rampe
  • De nombreuses pierres sans forme, éléments de blocage du mur
  • De nombreux fragments de tuiles

D’autre part, du mobilier archéologique :

  • De nombreux tessons de céramique
  • Quelques objets ferreux
  • Des fragments d’objets en verre

Et enfin, des ossements en grand nombre

Mobilier Archéologique

Le mobilier recueilli lors du sondage semble dense. Nous avons dénombré 1286 tessons de poteries diverses, 43 objets ferreux, 66 fragments de verre pour un volume excavé d’environ 11m3.

Inventaire tessons

Les tessons retrouvés sont pour la plupart de petites dimensions. Nous ne proposons ici que les photographies des éléments les plus marquants.

Les objets sont essentiellement des pièces de vaisselle : pot, cruche, assiette, jatte, cruchon, gobelet, coupelle, caquelon tripode, albarelle…. De prime abord et dans leur grande majorité, les fragments décorés semblent tardifs : XVII et XVIIIème siècles. Les fragments de kachelofe vernissés verts, peu nombreux, sont plus anciens (XV ou XVIème).

La pièce la plus intéressante est cet angelot situé dans un écoinçon d’un carreau de Kachelofe.
Le décor est identique à celui du carreau de poêle exposé au Musée Historique de Strasbourg, représentant saint Pierre, datée de la fin du XVIIème siècle.
Il est aussi à rapprocher de plusieurs pièces exposées au musée d’Haguenau (série des apôtres ), fin XVIIème siècle

Inventaire objets ferreux

Nous avons trouvé vingt clous forgés, deux anneaux, une faucille, un couteau, un fragment de serrure et une vingtaine d’autres objets en fer.

Inventaire objets en verre

Si les fragments de verre plats sont les plus nombreux (56), le sol recelait des cols et des fonds de flacons et de coupelles. Nous avons également trouvé un fragment d’aquamanile.

Inventaire ossements – sondage Mur Est rampe du Lutzelbourg –
N° Op. 017064

Nous avons recueilli de nombreux os de chevaux lors du sondage. Le dénombrement indique que pour le moins dix équidés dorment au pied de la rampe du Lutzelbourg dans le secteur étudié. Bigre !

Phases de construction

Au XVème siècle, l’entrée du château est jugée insuffisamment défendue au vu des armes nouvelles.
La porte du haut château est laissée en l’état, mais complétée par une deuxième porte située dans un axe perpendiculaire à la première. Cette porte, le contrefort sur lequel elle s’appuie, le pont-levis et la rampe sont contemporains.
A cette époque, la fosse sous le pont-levis est fermée coté Ouest, un accès aux fausses braies sud étant ménagé. Elle est ouverte coté Est. On retrouve une configuration analogue de fosse ouverte au Birkenfels, si ce n’est que la rampe y est accolée à la chemise du château et non face à la porte.
Les murs dominent la rampe de plus de deux mètres. Les quatre mètres devaient être atteints au niveau de la porte.
Au début du XVème siècle, le château est à la famille de Rathsamhausen, après un long imbroglio juridique avec les Andlau, dont nous avons conservé la trace.( Chartre de Wenceslas en 1392, charte de Ruprecht en 1401 et chartre de Sigismond en 1414 ). Dans le premier texte, le château est qualifié de ‘Burgstal’, il devait être fort endommagé. Ce sont donc les Rathsamhausen qui ont entrepris cette fortification de l’entrée du château. Les fausses braies ont du être construites à la même période.

Au XVIème, la partie haute de la porte a été modifiée. L’idée du pont-levis aurait été abandonnée dès cette époque et la fosse comblée. Pour ce faire, le mur Est qui, à l’origine, s’arrêtait à la fosse, a été prolongé jusqu’au contrefort de la porte. Le poste de tir situé au dessus de la porte a été aménagé. Le dispositif de levage du pont-levis a été démonté.

Postérieurement, la partie sud de la rampe a été reconstruite à plusieurs reprises.
Pour le mur Ouest, pour le moins deux campagnes.
Pour le mur Est, vraisemblablement plus.

Le passage sous la rampe

Le passage sous rampe a été muré, ou plutôt transformé en un petit réduit d’une surface d’environ 5m² 25.
Un dessin de Louis Laurent-Atthalin montre qu’en 1836, une maisonnette avec un toit une pente était adossée à la rampe du Lutzelbourg. Cette bâtisse était toute proche de la maison du Lutzelbourg qui abrite aujourd’hui l’Association. Elle s’ouvrait par une porte et une fenêtre sur l’esplanade du château.

Le passage muré était alors derrière cette maisonnette, sans doute faisait-il office de cave.
Un corbeau est encore présent sur le mur Ouest, à droite du passage. Il est situé légèrement au dessus du niveau de l’arche. Un décrochement est visible, au même niveau, dans le rocher situé plus au sud. Le rocher et le corbeau pouvaient porter une poutre maîtresse de cette maisonnette.

Selon l’inscription présente sur la Maison Forestière de Rathsamhausen, Wolf Christoph de Rathsamhausen fait construire cette dernière en 1733. Selon C.L. Salch, le domaine est alors transformé en ferme , où on élève des chevaux.
La maisonnette dessinée par Laurent-Atthalin serait un des bâtiments de cette ferme, le passage sous voûte serait devenu sa cave. Ce qui nous permet de proposer, sans certitude, la fermeture du passage sous rampe à la moitié du XVIIIème siècle.
Le crépi présent sur la partie sud du mur Ouest peut être contemporain.

Points en suspens

La rampe était-elle couverte ?

Dans son fascicule, Max Herbig écrit en 1903 que la rampe était couverte. Cette affirmation nous étonne autant qu’elle a surpris Thomas Biller. Les éléments encore en place ne permettent pas d’étayer cette thèse, ni de l’infirmer.
Si nous avons retrouvé lors du sondage un élément de chéneau au pied de la rampe, rien n’indique qu’il en provienne. Ceci parait cependant peu vraisemblable. Si la rampe était couverte de tuiles et munie d’un canal de récupération des eaux, on ne voit pas où ces eaux auraient été conservées.

Rôle défensif de la rampe

Nous n’avons pas, à ce jour, trouvé d’éléments d’archères, ni de merlons, au pied de la rampe, les murs semblent avoir été droits et aveugles.
La rampe domine donc la barbacane sans que les défenseurs puissent l’utiliser en cas d’attaque. Ceci peut surprendre.

Les squelettes de chevaux

Pour le moins, les restes d’une dizaine de chevaux sont présents au pied de la rampe du Lutzelbourg.
Lors de la fouille des citernes des châteaux, Charles-Laurent Salch dit avoir retrouvé 18 squelettes d’équidés.
Lors de l’entretien des ruines, après chaque forte pluie, les bénévoles de l’association trouve des os disséminés dans les fossés des châteaux.
L’hypothèse de monsieur Salch d’un élevage dans les ruines semble des plus plausibles. Mais comment expliquer ses os, abandonnés, disséminés, sur le site des châteaux ?

Avant le début du XIXème siècle, la viande de cheval n’était pas consommée. Les chevaux étaient uniquement élevés pour leur force de travail. Le troupeau des Rathsamhausen a pu être éliminé lors d’une épidémie. Autre hypothèse, les Rathsamhausen ont préféré abattre leurs bêtes plutôt que les laisser aux mains des Révolutionnaires lors de leur passage en Allemagne pour rejoindre les troupes royalistes.

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Notre rapport est beaucoup plus fouillé et complet que cette courte présentation : nos jeunes ont beaucoup et bien travaillé. Les personnes qui souhaitent en savoir plus se tourneront vers l’Association des Amis des Châteaux d’Ottrott pour en savoir plus : amchott@orange.fr

Les Amchott souhaitent poursuivre cette étude en l’étendant à la zone située sous la brèche du mur.

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