« Les Portes du Temps » aux châteaux d’Ottrott

L’Alsace est une terre de château-fort, une terre d’Histoire et d’Histoires Médiévales, une Terre de Légendes, qui semble retrouver la lumière après être restée endormie pendant plusieurs siècles, comme si notre belle au bois dormant faisait resurgir son patrimoine séculaire, l’évidence d’un trésor inestimable dont il faut savoir prendre soin.

La campagne de consolidation de nos châteaux d’Ottrott de 1897 et l’opération taupe de la fin du XXe siècle, font partie entre autres, de ces initiatives salvatrices du site que les Amis des Châteaux d’Ottrott (Amchott), perpétuent depuis le 26 Janvier 2017, animés toujours par la même vision qui donne du sens à notre action quotidienne, et qui est le sédiment qui nous unit. Notre action sur le terrain est possible grâce à l’engagement des 37 bénévoles actifs et le support de notre centaine d’adhérents, aux visiteurs qui viennent à notre rencontre aux châteaux et qui nous achètent un livre !

Et elle est également possible grâce au soutient de nos partenaires et notamment le Conseil Général du Bas-Rhin, qui a été présent à nos cotés pour l’opération de consolidation du Bergfried en 2019 et qui l’est encore aujourd’hui dans ce très joli projet « Les Portes du Temps« .

« Ce projet vise à mettre en valeur la vallée Rhénane, et l’Alsace en particulier, en liant l’univers fantastique de John Howe avec nos forteresses et nos légendes ! « Cette saison est pour John Howe l’occasion de raconter le rôle des châteaux aujourd’hui. C’est tout d’abord mêler l’histoire des châteaux et de la vallée rhénane au fantastique afin de faire rêver les gens, les distraire et les informer. Sa source d’inspiration pour ce projet n’est autre que les contes et légendes d’Alsace mettant en lumière le merveilleux et les grands thèmes universels.

C’est également pour lui l’occasion d’écouter la parole de ces passionnés aux connaissances extraordinaires sur le terrain : les veilleurs de châteaux, ces défenseurs et médiateurs bénévoles du patrimoine castral rhénan. Ce projet existe grâce à leur travail, cette saison est donc l’occasion pour lui de leur donner plus de visibilité. « 

RDV est donc pris ce samedi 11 juillet avec l’équipe de tournage : nous recevons John, accompagné de son épouse, Jim le réalisateur et son équipe, et nos amis Guy, des Veilleurs du château de Salm, Nathalie et Guillaume, les compagnons du château du Hohnack.

Nous faisons un tour rapide du site avec nos amis, pour identifier l’endroit où la lumière sera la plus belle, et du coup sans hésiter Jim choisit d’installer son matériel sur le plateau de l’An Mil ! Les interview se feront à coté des ruines du vieux Lutzelbourg avec en toile de fond le Rathsamhausen ! Magnifique.

Le tournage démarre avec MiK et Amélie pour les châteaux d’Ottrott, au menu trois questions :

Question 1 : Quelle est la place du château dans l’univers fantastique alsacien ?

Le château dont les silhouettes se devinent sur les hauteurs de la plaine d’Alsace, représente l’élément central de l’univers fantastique Alsacien. Chaque château a son histoire sa légende qui se propage de bouche à oreille, et qui aiguillonne l’imaginaire de chaque lecteur, visiteur ! Le château que nous voyons aujourd’hui est le point de départ du fantastique qui l’entoure, en fermant les yeux chacun peut vivre des sensations très fortes et très personnelles, qui nous font osciller entre rationnel et irrationnel ! Equilibre perpétuel entre le réel, l’explicable, et le reste ou la phrase commence par « il semblerait que…  » ou  » et si l’on imaginait … ». Nos châteaux d’Ottrott sont un magnifique support à cette chevauchée vers le fantastique, comme le dit Samuel Sadaune, « les châteaux nous permettent de revenir aux sources des forces créatrices de cette époque fascinante, à travers trois thèmes producteurs de  » fantastique  » : l’Au-delà terrifiant, l’Ailleurs inconnu et l’Autre monstrueux. »

Question 2 : Comment le château devient-il un support à l’imaginaire et contribue-t-il à créer des histoires ?

« Le fantastique est « comme une rupture de la cohérence universelle » il est d’abord un « jeu » avec la peur. Ce qui est fantastique c’est le moment d’inquiétude, de crise, d’affolement. Ainsi il s’appuie sur l’importance de la vraisemblance du récit fantastique.  »

Le Moyen-Age central est une période ou la peur et l’insécurité sont souvent présentes. L’Homme a peur de la nature, de la colère de Dieu, de l’enfer et le diable, la sorcellerie, l’ennemi, la guerre, les maladies et ne sait pas tout expliquer si ce n’est parfois par « la colère de Dieu ». Le château est le symbole de la cohérence universelle, le vassal, qui sert son suzerain, et protège les villageois. Sauf que la réalité est tout autre dans un système féodal en perpétuel mouvement, et des luttes de pouvoir qui entretiennent et alimentent cette peur. Les châteaux sont attaqués, les courtines sapées, les tour incendiées…

« Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît pas les lois naturelles, face à un évènement en apparence surnaturel ». (Todorov, 1970 : 29). Ainsi le lecteur hésite entre une explication rationnelle et une explication irrationnelle »

Le Château devient donc à lui seul un théâtre aux innombrables histoires d’armes, et/ou de cœur, racontées par tradition orale ou plus rarement écrites. De fait parfois plusieurs évènement sont rapprochés les uns des autres, et l’ignorance de l’époque fait le reste dans l’explication qui peut en être donnée … (exemple : le coffre d’or du Dreistein, la dame Blanche du Hohenbourg, le Chasseur Maudit des châteaux d’Ottrott).

 » L’ambiguïté, est donc le caractère le plus spécifique du genre fantastique, lui seul joue sur le doute et l’hésitation entre l’interprétation rationnelle ou irrationnelle des événements racontés »

Le château est mystérieux pour le commun des mortels, ce qui s’y passe est souvent caché ou méconnu. Le château-fort est impressionnant, imposant, son but est d’imposer la présence féodale, impériale il doit être puissant, menaçant… Le château est sombre, mal-chauffé, il appartient à une famille qui a son histoire ses secrets, ses trésors, ses passages secrets, ses tunnels sous-terrain, ses oubliettes.. Ses fantômes qui hantent les lieux.  C’est par définition un lieu qui questionne, interroge,  alimente les rumeurs et les interprétations rationnelles ou irrationnelles et entretien l’ambiguité !

Question 3 : Pouvez-vous nous raconter un conte, une légende alsacienne qui vous tienne à coeur (lié au château ou locale) ?

 » Doho, Houdada ! Dût cette bête encornée s’aller cacher au septième ciel, ce n’est ni toi, ni ton Dieu qui m’empêcherez de l’atteindre ! « 

A peine eut-il proféré ce blasphème que l’ermite ainsi que la chapelle disparurent soudainement à ses yeux. Il regarda derrière lui : son cortège s’était évanoui également. Le comte se trouvait au milieu d’une clairière où régnait de toutes parts un silence lugubre. Terrifié, il porta son cor à ses lèvres : l’instrument ne rendit aucun son. Il appela : l’écho seul de sa voix lui répondit. Il éperonna son cheval : l’animal resta comme pétrifié. La nuit se mit alors à tomber. Un bruit semblable à celui de la mer en courroux s’éleva dans les airs et une voix puissante comme le tonnerre cria aux oreilles du chasseur.
– Homme sans entrailles, suppôt de l’enfer ! tu as insulté Dieu et sa créature ;l e sang de tes victimes réclame vengeance ! Sois maudit ! au milieu de toutes les horreurs démoniaques, tu continueras ta chasse satanique jusqu’au seuil de l’éternité, pour servir d’exemple aux tyrans, qui comme toi se complaisent dans le crime, et ne songent qu’à assouvir leurs passions. !

Au même instant une main gigantesque sortit de terre et tordit le coup au noble seigneur. Puis des éclairs sillonnèrent la forêt, une mer de feu entoura Eberhard, des milliers de monstres et de molosses furieux s’agitèrent dans les flammes crépitantes, et le comte sauvage, les cheveux hérissés, les yeux lui sortant des orbites, le col disloqué, la face dans la nuque, enfonça ses éperons dans les flancs de son cheval. Le coursier se cabra et partit comme une flèche, entraînant sa suite diabolique qui emplissait au loin les halliers de clameurs et de hurlements lamentables.

Et depuis de moment le Rheingraf mène cette chasse fantastique à travers les siècles, le jour dans les entrailles de la terre, la nuit au milieu des airs, semant la terreur et l’effroi. »

Nous pouvons donc affirmer que le fantastique est présent en permanence dans nos châteaux et à Ottrott, surtout les soirs d’orage ou certains entendent le souffle du vent dans les arbres, et d’autres la complainte du chasseur maudit ….

Sources

Le site « Les portes du Temps du Conseil général »
Samuel SADAUNE : « La fantastique au moyen-âge »
La traduction du « fantastique » : Le Château des Carpathes de Jules Verne
Pierre Parsy : http://www.autour-du-mont-sainte-odile.fr/2017/01/der-wilde-jager-a-ottrott.html

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