Le Bergfried va-t-il s’effondrer ?

Nos deux châteaux de Rathsamhausen et de Lutzelbourg sont magnifiques. Les premiers efforts des ‘Amis des Châteaux d’Ottrott’ portent leurs fruits. Les ruines redeviennent visibles, accessibles. Ils sont, chaque semaine, une quinzaine de personnes à consacrer leur temps libre à débroussailler les abords des lieux. Peu à peu, nous discernons mieux le sommet des tours… Mais notre projet ne s’arrête pas là ! Il est plus fort, plus ambitieux, et c’est pour cette raison que nous avons besoin de vous !

Les ruines de nos châteaux forts des Vosges subissent les outrages du temps. Pluie et neige s’infiltrent entre les blocs de grès. Le lierre s’insinue entre les pierres. Les arbustes s’installent aux endroits les plus inattendus. Un jour, les murailles les plus solides sont attaquées. Aujourd’hui nous prendrons pour exemple le sommet du Bergfried du Rathsamhausen.


Images anciennes du Bergfried


A Ottrott, nous avons trois donjons ! Bigre ! Un donjon circulaire au Lutzelbourg, certes ! Un donjon-palais au Rathsamhausen, oui ! Et un deuxième donjon circulaire dans la même enceinte. C’est beaucoup ! Nous appellerons Bergfried, cette dernière tour monumentale. Cet élément magnifique de nos ruines a séduit tous les artistes qui se sont rendus à Ottrott. Voyons au travers de leurs images l’évolution du Bergfried de Rathsamhausen !


La lithographie de Silbermann 1781


Notre ami Silbermann a parcouru l’Alsace de longues années à la fin du dix-huitième siècle. Il nous laissait de nombreux documents et des lithographies. Voici le Rathsamhausen !

 

 

Andréas a choisi de se poster à l’entrée actuelle des ruines. La porte de la barbacane est encore présente à cette date. Mais c’est surtout le sommet des deux donjons qui attirent notre attention. Tous deux sont encore pourvus de leurs créneaux, et seuls quelques arbustes dominent les ruines. Nulle trace de fissure ou de faille, après près de 600 ans d’histoire !


L’aquarelle d’Imlin 1815


Emmanuel Frédéric Imlin nous a laissé moult images ‘nach der Natur’ des ruines des Vosges alsaciennes. Pour étayer notre propos, nous avons choisi celle-ci, où le Bergfried apparaît dans sa splendeur. Imlin a posé son chevalet un peu plus haut que Silbermann sur le chemin d’accès.

 

Le rendu est plus fidèle que celui d’Andréas. Les détails du sommet correspondent mieux à ce que nous pouvons voir aujourd’hui. La ligne de corbeaux qui portaient les hourds de bois est bien soulignée. Tous les créneaux sont encore présents. Pas une fissure ! Le Bergfried a fière allure.


Le dessin de Bichebois 1828



Angle un rien différent pour Alphonse Bichebois, qui nous présente le donjon coté sud-ouest. On distingue l’accès surélevé du donjon, les corbeaux des hourds… Mais le sommet semble déjà bien endommagé de ce côté… Une partie des créneaux s’est effondrée, et des arbres semblent vouloir s’installer !

 


L’aquarelle de Louis Laurent-Atthalin 1835



Louis s’est installé dans les fossés au sud-est de la forteresse, là où se trouve aujourd’hui le jardin médiéval créé par l’équipe de C.L. Salch dans les années 1980. Versant est, la tour est entière ! Cependant, remarquez cette longue lézarde au milieu de l’image…. Elle semble légère et pourtant, nous allons vous en reparler plus avant.

 


Une photographie qui serait datée de 1897


 

Plus de 60 ans après la visite de Louis, une photographie nous prouve combien le dessin d’Atthalin était fidèle à la réalité. Le photographe est placé, à peu près, au même endroit que Louis. La tour conserve ses fiers créneaux et notre lézarde inquiétante est bien visible !


Les travaux de consolidation de la fin du XIXème siècle


Dés 1857, le Rathsamhausen, propriété de Madame Scheidecker, voit une première campagne de travaux de consolidation dirigée par Monsieur Ringeisen.

L’état des deux donjons inquiète la Société pour la Conservation des Monuments Historiques. Les débats, les négociations seront longues. Quarante ans !

1897 vit la consolidation du donjon-palais par la société de Monsieur Naegele, maître maçon à Obernai, avec la pose des tirants et des clefs de quatre mètres, encore en place aujourd’hui. Peu esthétique, mais efficace !

En ce qui concerne notre Bergfried, la situation semblait plus difficile.

1898 – Les deux brèches du Bergfried sont réparées.

1899 – Les réparations effectuées sur la brèche ‘est’ qui donne sur la cour intérieure s’effondrent. Le colmatage de la brèche côté fossé semble tenir. On évoque les conséquences du tremblement de terre du 12 février 1899, mais aussi, des malfaçons sur les travaux…. L’architecte Salomon propose d’enfermer dans un cercle de fer le sommet de la tour ! Bigre ! Cette solution est ignorée, et la brèche ‘ouest’ est comblée avec de la bonne chaux d’Ottrott. Elle tient encore aujourd’hui !

Si les deux donjons du Rathsamhausen sont encore en place aujourd’hui nous le devons à nos prédécesseurs ! Voyons comment notre Bergfried a évolué depuis cette campagne de travaux.


L’aquarelle de Fernand de Dartein, 1904


 

Quelques années après les travaux de Salomon, arbres et arbustes ont à nouveau envahi les fossés, mais le sommet du Bergfried est exempt de toute végétation. Mais regardez bien ! Une forte longue lézarde strie à nouveau la muraille. La brèche, côté fossés, menace déjà l’édifice !


Les relevés de JP Frey, 1974


Lors des différentes campagnes de travaux et de fouilles (1967-2001) Charles Laurent Salch a fait effectuer des relevés forts précis des ruines, notamment des élévations très parlantes. Voici les deux images qui montrent le mieux le Bergfried en 1974. La lézarde transcrite par Fernand en 1904 est devenue une large brèche qui descend au dessous de la ronde des corbeaux des anciens hourds.


La situation actuelle, début 2017


Terminons cette visite de notre donjon par quelques images aériennes des lieux.

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Vous le voyez la brèche s’est considérablement élargie, la végétation devient importante au sommet de la tour, les racines des arbustes déchaussent les pierres, les eaux de pluie d’infiltrent….

 

Quelques pierres sont en équilibre instable, un jour ou l’autre, ça va tomber !

A moins que….

 

 

 

L’Association des Amis des Châteaux d’Ottrott a été créée voici quelques semaines.

Son but est la sauvegarde des ruines et leur mise en valeur auprès du public. Sachez que le Bergfried sera une de nos premières interventions d’envergure.

Pour réussir à Ottrott, nous avons besoin de votre soutien !

Aidez- nous, rejoignez-nous !

 

Les Amis des Châteaux d’Ottrott.

Notre adresse : amchott@orange.fr

 


Illustrations


Les références des images anciennes figurent dans le texte de l’article.

Les élévations de JP Frey sont publiées avec l’autorisation de Charles-Laurent Salch.

(Copyright CECF Centre d’Etude des Châteaux-Forts)

Photographies aériennes du bergfried, FrP, ElJ et BrR