Posts d’experts

Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous l’ensemble des articles écrits par nos historiens, experts de l’Histoire de France et plus particulièrement de nos Trois Châteaux. Leurs travaux visent à redonner vie, grâce à leurs récits au RATHSAMHAUSEN, LUTZELBOURG, voire au Château de l’An Mil !

Bonnes lectures à vous !

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Découverte de fours à chaux aux Châteaux d’Ottrott

Voici le récit d’une aventure qui se déroule près de chez nous, à quatre cents mètres de nos Châteaux de Rathsamhausen et de Lutzelbourg à Ottrott . Michel, notre ami bénévole, qui a plus d’une corde à son arbalète, chausse, en ce petit matin ses bottes de cueilleur de champignons et se dirige dans les bois d’Ottrott.

Son panier se remplit petit à petit de bolets, avant qu’il ne tombe par hasard sur une structure de pierres, évidemment construite de main d’hommes, de forme ronde, d’une hauteur de 2 mètres dans la partie visible de son élévation et d’un diamètre d’environ 3 mètres, adossée à un talus abrupt.

La découverte du four N°1

Intrigué par cette découverte en plein bois, Michel en informe PiP, président de notre association. En sa compagnie, ils trouvent à fleur de surface des petites pierres blanches bien étranges en ces terres où le grès des Vosges prédomine.

Les AmChOtt se retrouvent autour de ces pierres blanches, que nous identifions rapidement pour du calcaire. Mais que font-elles ici et d’où proviennent-elles? Serait-ce un four à chaux ? Cette chaux qui lie les pierres de nos châteaux en mortier ou qui recouvre les façades des murs en badigeons?

Voici donc une nouvelle énigme à résoudre pour notre fine équipe de limiers. L’enquête commence autour d’une carte géologique du B.R.G.M,  à la recherche d’une zone de calcaire. Nous pensons tout d’abord aux collines pré-vosgiennes de calcaire oolitique d’Obernai Bischoffsheim.

Nos géo-trouve-tout arpentent les affleurements de Bischoffsheim et prélèvent des échantillons que nous comparons à ceux de la structure circulaire. Le résultat nous étonne : la structure en forme d’œuf de poisson du calcaire oolitique ne correspond pas à notre découverte.

Il nous faut chercher ailleurs, mais les roches environnantes sont essentiellement :

  • du grès supérieur dans lequel on taille les pierres des châteaux,
  • du conglomérat (poudingue de Sainte-Odile) sur lequel nos châteaux sont posés,
  • du porphyre aux carrières de Saint-Nabor, dont la dureté fut longtemps exploitée notamment pour le ballast  de nos lignes de chemins de fer.

Nous poursuivons nos recherches et examinons une carte plus ancienne (1950) pour y découvrir au sud-ouest du village d’Ottrott, en forêt, un toponyme qui nous interpelle : « Fr à Chaux »

Bigre ! Comme dirait l’autre. Il y avait une exploitation de chaux à Ottrott ! La forêt environnante fournissait le bois pour chauffer le four à haute température. La source proche fournissait de l’eau pour provoquer le choc thermique nécessaire pour fragmenter la roche en poudre.

Notre calcaire ne doit pas être bien loin de ce toponyme.

Nos arpenteurs repartent sur cette nouvelle piste, gravissent le « Chemin des carrières », qui donne sur l’ancienne voie ferrée des carrières de Saint-Nabor, ils découvrent le bâtiment de l’exploitation en ruines, remontent les anciens sentiers des wagonnets pour arriver jusqu’aux alvéoles d’une carrière de…calcaire !

Hautes de 20 mètres, des falaises taillées par l’homme, non reportées sur les cartes IGN, révèlent un gisement de calcaire à entroques et de dolomies à lingules d’où proviendraient nos roches. Les échantillons sont aussitôt comparés par notre ami géologue Grzegorz et c’est une évidence : les roches sont identiques. Nous tenons le bon filon !

Les fours N°2 et N°3

La carrière est située à 150 mètres au-dessous de nos châteaux, distante d’un kilomètre et demi sur les chemins muletiers. Nous décidons de parcourir cet itinéraire à la recherche d’un chemin « médiéval » .

Certains sentiers sont creusés dans le relief et bordés de murs de soutènement en pierres sèches. Pour conforter notre théorie, s’offrent à nos yeux d’observateurs, un deuxième site circulaire de quatre mètres  de diamètre (Four 3 sur nos schémas), puis un troisième rectangulaire taillé directement dans la roche (Four 2 sur nos schémas).

Ces sites sont aussi parsemés de calcaire en tous points identiques à la découverte de Michel. Il y a bien un lien entre le filon de calcaire, les trois constructions que nous pensons être des fours et les châteaux : un chemin ancien.

Note : Les sites des fours N°2 et N°3 n’ont pas été déblayés des branches mortes et feuilles qui les garnissent.

Examen du four N°1

Retournons explorer plus en détail l’« invention » de Michel : le Four 1

Après un simple dégagement des branchages et feuilles mortes, nous pouvons apprécier la structure et mesurer cette construction: 3 mètres à 3,5 mètres de diamètre, hauteur 2 mètres dans sa partie visible, adossée à  la colline. Épaisseur des murs 1 mètre environ.

Les pierres des murs sont en grès supérieur, visiblement trouvées et taillées sur place, non maçonnées. Les faces intérieures, coté four, sont éclatées par l’action d’un feu. Le sol est jonché de pierres calcaires, et de morceaux de charbon de bois, ce qui nous conforte dans l’idée que ces structures étaient d’anciens fours à chaux !

Nous n’avons pas souhaité chercher plus avant, pour ne pas endommager le site.

Les fours à chaux et les châteaux d’Ottrott

A ce stade de notre étude, sans datation des trois fours retrouvés, il n’est guère possible de se montrer affirmatifs ou précis quant au lien entre nos châteaux et nos fours. Notre conclusion sera faite de conjectures.

  • Les fours découverts par Michel et Etienne sont fort probablement liés aux châteaux. Si ce n’était pas le cas, ils seraient situés plus bas dans la forêt, à proximité de la carrière.
  • Au Moyen-âge , nos châteaux n’étaient pas cernés par la forêt comme de nos jours. L’ensemble de l’éperon rocheux était totalement déboisé. Juste des prairies. Les seigneurs voulaient que l’on voit de loin leurs châteaux, symbole de leur puissance. Ils voulaient aussi assurer leur sécurité et voir s’approcher un ennemi potentiel.  Les fours ont donc été construits, un peu plus loin, un peu plus bas, en alliant au mieux trois nécessités : la proximité de la carrière de calcaire, la présence d’une forêt riche en bois nécessaire à la cuisson de la pierre, et la présence de la source au pied des châteaux pour la production de la chaux.
  • Quant à savoir si ces fours furent contemporains de la construction du donjon palais du Rathsamhausen (~1200), de l’Interrègne qui vit l’érection du deuxième château (~1270), de la grande campagne de reconstruction du Lutzelbourg (~1410), voire plus tardifs …. ceci reste sans réponse aujourd’hui. Peut-être les fours ont-ils servis à chacune de ces périodes. Seule une étude archéologique des fours apporterait des réponses.

Sources

Article  rédigé par Etienne et Michel (AmChOtt)
Photos d’ Etienne et Piotr (AmChOtt)
Expertise géologique Grzegorz
Géotrouvetout : Dorian, Jonathan et Etienne. (AmChOtt)
Sources cartographiques : B.R.G.M. et I.G.N. Géoportail

1625 L’héritage de Hans-Caspar de Rathsamhausen

Le mardi 1 mars de l’an 1625, Johann Georg Kirscher, notaire, termine et signe un document fort épais. Pas loin de 600 pages manuscrites, d’une écriture soignée, détaillent la succession du chevalier Hans-Caspar de Rathsamhausen. Ce document, à notre connaissance inédit à ce jour, est intéressant à plus d’un titre. Laissez-nous vous en dire quelques mots.

Comment le manuscrit de 1625 nous est-il connu ?

Voici quelques mois, les ‘Amis des Châteaux d’Ottrott’ reçoivent un message venant du nord de l’Allemagne, de Hambourg plus précisément. Monsieur Mathias Nagel nous écrit, il vient d’acquérir un manuscrit ancien qui concernerait nos châteaux. Après une première lecture rapide, Monsieur Nagel nous expliquait que le document était un inventaire des biens du chevalier Hans-Caspar de Rathsamhausen, écrit après son décès en 1625, en vue du partage entre ses enfants.

Voici la page de garde du dit document.


Theilbuch, page de garde

Le préambule du texte de 1625

Les trois premiers feuillets du manuscrit nous donnent les noms des cinq héritiers de Hans-Caspar et leurs qualités. En voici la traduction.

Qu’on le sache ! Après le décès de Hans Casper de Rathsamhausen-Ehenweier, chevalier de la noblesse de Basse-Alsace, qui fut en son temps noble, vaillant et fort, les biens de sa succession ont été expertisés, valorisés, inventoriés, estampillés et consignés par un conseil et une commission avisés.

De plus, ont comparu en présence de maître Joachim Zittelin, juré de la Ville de Strasbourg, négociant, et de moi-même Johann Georg Kürschner, notaire, les deux frères Wolff Dieterich et Hans Friederich de Rathsamhausen, également de bonne noblesse et sévères, ainsi que la dame Bersabea, de bonne renommée et fort vertueuse, épouse du junker Hanns Reinhard Wurmser de Vendenheim, membre du conseil princier de Würtemberg, et fonctionnaire en chef du comte et de la seigneurie de Harburg et de Reicheweyher, son représentant, ainsi que la dame Maria Cleophe, épouse du Junker Ludwig de Breüningen zu Buchenbach, ainsi que la demoiselle Judith, assistée par le Junker Christoff de Mülnheim, son curateur. Tous les cinq sont les enfants issus du Junker suscité, bienheureux et honoré, et de la très vertueuse et noble dame Maria Widergrünin de Stauffenberg. A nous tous, il est apparu, selon l’opinion et le projet de l’honorable Junker Hans Caspar de Rathsamhausen, cité plus haut, d’accepter et de prévoir un partage de la succession du père et beau-père des Junkers cités plus haut.

La manière dont le partage doit se passer, ainsi que ce qui revient à chacun, a été décrite précisément, comparée et traitée équitablement, par moi-même, notaire cité en tête et fin de ce document, selon les souhaits formulés. C’est ainsi que ce présent livre de partage a été préparé et rédigé.

Acté, ce mardi  premier du mois de mars dans l’an de notre seigneur 1625.

Johann Georg Kirscher, Notaire’

Transcription Mathias Nagel – Traduction PiP

Hans-Caspar de Rathsamhausen était membre la branche Rathsamhausen – Ehenweier. Son épouse était Maria Wiedergrün de Staufenberg. Hans et Maria laissaient deux fils et trois filles.

  • Wolf-Dietrich
  • Hans-Friedrich
  • Bersabea avait épousé Hans-Reinhard Wurmser de Vendenheim
  • Maria Cleophe avait épousé Ludwig de Breuningen zu Buchenbach
  • Judith n’était pas mariée à la mort de son père et était représentée par son tuteur Christof de Müllenheim.

Visiblement, Hans-Caspar n’avait pas rédigé de testament et c’est le notaire et son équipe qui procèdent au partage à l’aide de l’inventaire (Theilbuch) qui va suivre. Conformément aux us de l’époque, les épouses des deux frères ne sont pas mentionnées, par contre les trois filles sont représentées par leur maris et leur tuteur.


Les Châteaux d’Ottrott

Les biens mobiliers de Hans-Caspar et de son épouse

Le notaire Kirscher et son équipe ont réalisé un travail énorme ! Tous les biens de Hans-Caspar ont été inventoriés. Le niveau de détail explique l’épaisseur du manuscrit et peut surprendre. Sont répertoriés aussi bien les meubles, que le linge de maison, draps, tentures, coussins, les bijoux, l’argenterie, les étains, les cuivres, toute la vaisselle et les couverts, mais aussi les tonneaux… tout les biens immobiliers, en fait.

Voici une page de ce long inventaire.


Page de garde de la section bien mobiliers

Les éléments sont marqués et partagés entre les frères et sœurs, enfants du défunt. Chaque pièce est décrite précisément. Par exemple, pour le linge de maison, notre notaire indique aussi bien la nature du linge (lin, drap ou autre) que sa couleur et le type de décor. Pour les meubles, la nature du bois employé est indiquée.
Une analyse précise du document par un spécialiste permettrait de se faire une idée de la vie de Hans-Caspar et de son épouse Marie au début du XVIIème siècle.

Les biens immobiliers de Hans-Caspar et de son épouse

Pour notre part, nous nous sommes intéressés dans un premier temps aux diverses propriétés bâties que possédait Hans-Caspar. L’inventaire fait état de cinq ‘maisons’.

Les trois maisons de Sélestat

Hans-Caspar possédait trois maisons à Sélestat :

  •  Une première maison à Sélestat, qui revient à son fils Wolf-Dietrich. Voici son descriptif.

une maison noble et sa cour, comprenant une grange et des écuries, ainsi que tous les droits associés et les dépendances. Maison située dans la ville de Sélestat dans la ruelle des Bouchers, derrière l’ancien marché aux bestiaux, avec d’un coté les biens hérités de Bläss Rieser, et de l’autre le mur d’enceinte de la ville. Ce bien est libre de droits, il est estimé à 1000 livres.’

Transcription Mathias Nagel – Traduction PiP

  • Une deuxième maison à Sélestat qui va à son fils Hans Friedrich.

‘Une maison noble, cour, granges et étables et un petit jardin, ainsi que l’ensemble des droits qui lui sont liée et ses dépendances. Maison située dans la ville de Sélestat en face de Saint Jean, sise à côté de chez la veuve vénérable d’Heinrich Sebss, de l’autre coté de chez Marx Haller. Estimée à 750 livres.’

Transcription Mathias Nagel – Traduction PiP

  • Une troisième maison à Sélestat, qui revient à leur sœur Bersabea.

‘Une maison noble, grange et étable, ainsi que ses dépendances, dans la ville de Sélestat , située dans la ruelle des Bouchers, de part et d’autre, à coté de chez la vénérable veuve de Clauss Hammerer et de l’autre côté, près de chez l’abbé Hannss, attaché à Saint-Jean. Estimée à 500 livres.’

Transcription Mathias Nagel – Traduction PiP

La maison de Strasbourg

Une maison à Strasbourg, qui revient aux sœurs Maria-Cleophe et Judith.

‘Une moitié de la maison noble et ses dépendances, situées dans la ville de Strasbourg, derrière le ‘Bruderfoff’, entre l’arrière des ateliers des écrivains et les biens du maire de Strasbourg Junckher Clauss Jacob Wurmsser . Devant, elle donne sur les ruelles, par l’arrière sur une petite ruelle communale. Libre de tout droit. Estimée à 1500 livres.’

Transcription Mathias Nagel – Traduction PiP

Note : Le Bruderhof correspond actuellement au Grand Séminaire. La maison en question semble être l’actuel ‘Hôtel des Dames d’Andlau’ située rue des Ecrivains.

Le logis (Behaussung) situé à Ottrott-le-Bas

Un dernier bien immobilier est cité dans notre ‘Theilbuch’. Dans le texte de notre brave notaire se retrouve nommé à plusieurs reprises ‘die Behaussung’ d’Ottrott-le-Bas. Nous traduirons ce terme par le ‘logis’ en essayant d’en savoir plus. De quel bâtiment parle-t-on ? Pas facile de décrypter le texte. Le lecteur pense d’emblée aux deux fermes possédées par la famille de Rathsamhausen puisque le notaire situe explicitement le bien à Niederottrott.

Le chapitre concernant les biens immobiliers de Hans-Caspar commence par cette phrase :

De ces biens (immobiliers), doit être mis à part le logis de Nieder-Ottrott et ses dépendances, décrites folio 229 de ce manuscrit. Ce bien sera partagé par ailleurs entre les nobles héritiers. Estimation 375 livres.

Voici une demeure estimée à une bien piètre valeur marchande en considération des quatre autres maisons citadines. Par contre la formulation adoptée, le fait qu’elle soit traitée de façon spécifique indiquent qu’ elle semble avoir une certaine importance. Voyons plus avant.

Voilà sa description, telle qu’elle apparaît dans le manuscrit :

La maison, la ferme, ainsi que la cave, le cellier (son pressoir), l’étable et un jardin, ainsi que tous les droits attenants, situés dans le village d’Ottrott-le-Bas, comme indiqué dans l’inventaire en folio 229, est restée telle que dans l’inventaire préliminaire, et de ce fait elle est comptée à chacun des héritiers à hauteur de un cinquième soit 75 livres. Mais celle-ci, tirée au sort entre les Junker héritiers, est revenue à Wolf-Dietrich qui est donc devenu redevable à chacun de ses co-héritiers de 75 livres.

Nota : Le Jüncker Wolf-Dietrich a transmis cette dite-maison à la demoiselle Judith, sa sœur, en remboursement d’une dette de 1000 (Reichstaler) qu’il lui restait à payer pour la ferme de Kühnheim, voir folio 272.

Transcription Mathias Nagel – Traduction PiP

Le texte ne décrit pas précisément les lieux. La ferme, la cave, l’étable, les jardins ne peuvent qu’être les bâtiments situés dans le village, mais la ‘maison’ elle-même ? Il semble au regard de l’indivision puis du tirage au sort entre les héritiers qu’elle ait une valeur certaine, pour le moins symbolique pour la famille. Par contre les 375 livres annoncées la ramène à peu de chose.

Nous serions tentés de penser qu’il puisse s’agir du Château de Rathsamhausen lui-même. Cependant le terme de ‘Behaussung’ semble alors inapproprié. Le notaire aurait utilisé plutôt l’intitulé ‘Veste’, voire ‘Schloss’. Nous avons consulté à ce sujet Bernhard Metz, merci à lui. De nos échanges, il ressort deux points essentiels :

  • Les ‘Theilbücher’ étaient systématiques pour les successions à Strasbourg à cette époque et servaient outre pour à succession à vérifier les déclarations de fortune que le défunt avait faites au fics de son vivant.
  • Les châteaux n’entraient pas en compte dans le partage d’un héritage : ils passaient en tant que fief directement à l’aîné des fils du défunt, ou à un frère à défaut de descendance mâle. Dans notre cas, le château reviendrait à  Wolf-Dietrich.

Le ‘Behaussung’ d’Ottrott-le-Bas serait alors une des deux cours que les Rathsamhausen possédaient dans le village. Voire les deux.

Selon la note sibylline ajoutée par le Notaire, une entente entre les héritiers a lieu et Wolf-Dietrich renonce à ce bien au profit de sa jeune sœur en échange d’une remise de dette. C’est Judith, la cadette, qui devient la maîtresse des lieux

Mais qu’en était-il alors de nos châteaux de Rathsamhausen et de Lutzelbourg ?

Les châteaux d’Ottrott en 1625

Nous sommes alors, en pleine Guerre de Trente Ans. Les troupes de Mansfeld ont pris Obernai et réduit en cendres le village d’Ottrott. Quelques années plus tard, ce seront les Suédois qui occuperont les lieux. Nous avons raconté par ailleurs la canonnade subie par le château de Rathsamhausen lors de cette guerre.

Façade est du donjon-palais du Rathsamhausen .
Les impacts de la canonnade sont indiqués, ainsi que l’arrachement de la toiture inversée, implantée après la Guerre de Trente Ans.

Les Rathsamhausen sont alors en possession des châteaux de Rathsamhausen et de Lutzelbourg et de deux cours franches situées dans le village d’Ottrott-le-Bas. En 1625, après le passage de Mansfeld, il semble que le château de Rathsamhausen soit dévasté : le magnifique donjon-palais a été bombardé, les toitures, les planchers des étages se sont effondrés. Le logis doit, lui-aussi, être détruit. Inhabitable, pour le moins, la forteresse est en piteux état.

Wolf-Dietrich de Rathsamhausen est sans doute à l’origine de la dernière campagne de restauration d’une part du château. Celle-ci verra reconstruire le logis du château de Rathsamhausen dans sa dernière version, en inversant la direction des toitures.

Que savons nous des Rathsamhausen au début du XVIIème siècle ?

Outre le manuscrit découvert par monsieur Mathias Nagel, nous avons quelques éléments permettant d’en dire  plus sur la famille de Rathsamhausen à cette époque.

Hans-Caspar était le fils de Conrad-Dietrich de Rathsamhausen (+1573) et de Katharina de Müllenheim. Il avait un frère du nom de Georg-Melchior (+1613), marié à une Anna Bock. Hans-Caspar est cité pour plusieurs transactions dans les notules 930- 961–1029–1124 du Chartrier de Niedernai.

Son fils Wolf-Dietrich se marie avec Maria d’Andlau. Ils sont cités aux notules 1038-1169 du même chartrier.

En 1621, l’empereur Ferdinand II investit Hans-Caspar de Rathsamhausen, Jacob, son cousin,  et Conrad-Dietrich de Rathsamhausen du fief suivant :

  • le château (vesten) de Lutzelbourg, il s’agit du château appelé aujourd’hui Rathsamhausen. Le Lutzelbourg voisin n’est même pas cité, il devait déjà être abandonné.
  • une partie d’Ottrott ‘zu dem niderndorff’, avec deux cours franches
  • la juridiction sur les gens d’Ottrott,
  • cens et biens à Obernai, Bernardswiller, Meistratzheim et Saint-Nabor,
  • rentes en vin et en argent sur le village de Dangolsheim (Danckersheim)
  • rentes en grain, argent, chapons, poules, à Wasselonne
  • rente de 3 livres au Cronthal (à Wasselonne)
  • la moitié du village de Zeinheim (Zenhaimb), dont l’autre moitié est à l’évêque de Strasbourg
  • le château de Waldsberg (= Hagelschloss) avec ses dépendances
  • le village et la forêt de Hohenburgweiler, aujourd’hui Willerhof
  • le château de Dreistein (zu den dreÿen steinen), avec forêts, pâturages, droit de pêche et de chasse.

Même en ces temps troublés, en pleine Guerre de Trente Ans, Hans-Caspar et les siens avaient à cœur de faire reconnaître leurs biens et droits par l’empereur lui-même. A noter qu’en 1625,  le Dreistein était en ruines et abandonné depuis longtemps, le Hagelschloss rasé depuis 1406,  Hohenburgweiler n’était plus qu’un souvenir : Hans-Caspar ne revendiquait que ses droits sur les forêts et les terres. Les nombreux procès entre la famille et la Ville d’Obernai, cités par Joseph Gyss dans son livre relatant l’histoire de la Ville d’Obernai, en font foi.

Quant à Judith, la cadette des enfants de Hans-Caspar, encore mineure lors du décès de son père, sachez qu’elle se maria par la suite avec Wolf-Wilhelm d’Andlau. Elle fut accusée par ses beaux-frères d’avoir vendu à son profit les meules du moulin castral de Valff. Judith résidait alors avec son mari au château de Valff, sans doute plus confortable que notre cher Rathsamhausen au sortir de la Guerre de Trente Ans.


Château de Rathsamhausen
à gauche le bergfried, restauré en 2019 par les AmChOtt,
à droite le donjon-palais où tout reste à faire.

Sources

Illustrations

  • Photographies du manuscrit, Mathias Nagel
  • Photographies du château de Rathsamhausen, EtF
  • Photographie du blason, PiP
  • La Famille de Hans-Caspar, PiP

Blason des Rathsamhausen, dans une rue du village d’Ottrott-le-bas

Merci à monsieur Mathias Nagel qui a découvert le manuscrit de l’inventaire des biens de Hans-Caspar de Rathsamhausen.

Mille mercis à lui de nous autoriser cette courte publication, fruit de ses recherches. Merci également pour les images du manuscrit.

La grande brèche du Rathsamhausen

Dernièrement, notre ami Patrick, AmChOtt confiné, nous a envoyé une superbe photographie qui semble dater des années 1890. Cette image a été prise par Henri Lanche (1850-1930). Henri était le directeur de la manufacture de colorants de Klingenthal. Cette usine occupait le site actuel des Naïades. Henri a quitté son poste et déménagé à Strasbourg en 1891.

Le mur sud du logis était beaucoup plus haut qu’aujourd’hui. La grande brèche du Rath était encore béante et le mur ‘ouest’ n’avait pas été stabilisé par les énormes tirants toujours en place. Ces travaux datent de 1897. Il est vraisemblable qu’Henri ait pris cette vue vers 1890.

Nous nous intéressons aujourd’hui à la grande brèche et aux travaux qui ont permis de la combler.

Historique iconographique de la brèche

Voici quelques images anciennes de la façade sud du donjon palais du Rathsamhausen.

1814 Aquarelle de Imlin
1828 Lithographie de Bichebois
1836 Dessin de Laurent-Atthalin
1841 Dessin à la plume de Matthis
1850 Muller
1872 Weyser
1880 Winckler
1890 Photographie de Henri Lanche

Imlin est le premier à dessiner cette brèche en 1814, elle est alors déjà bien marquée et mesure environ 3 mètres de hauteur. Bichebois confirme le dessin d’Imlin en 1828 : le mur ouest est alors intact et porte tous ses merlons. En 1836, Louis Laurent-Atthalin montre que la brèche s’est bien élargie. Sur le dessin de Matthis en 1841, l’élargissement est vraiment net, peut-être exagéré. Confirmation par Müller en 1850. Le dessin à la plume Weyser de 1872 montre l’urgence d’une intervention. Le relevé de Winckler en 1880, montre que l’ensemble du mur ouest est sur le point de s’écrouler.

Note : Si le ‘relevé’ de Winckler semble professionnel, l’observateur avisé relèvera plusieurs erreurs. Le second étage est correctement restitué, mais les cinq fenêtres du premier niveau sont pour le moins approximatives. Les fenestrons des greniers sont mal représentés, et le ratio hauteur/largeur du bâtiment n’est pas respecté. Méfions-nous des archéologues ‘amateurs’.

La photographie de Henri Lanche confirme, s’il en était besoin, la nécessité d’intervenir sans délai. 

Terminons notre galerie d’images anciennes par deux aquarelles de Fernand de Dartein, datées de 1860 et 1891. Merci à notre ami Dominique, AmChOtt lui-aussi, de nous autoriser la publication de ces deux images issues de sa collection. La brèche a vraiment impressionné notre Fernand !

1897 – Les travaux de consolidation du donjon-palais du Rathsamhausen

Le mur ouest était sur le point de s’effondrer et nous allions perdre un magnifique élément du patrimoine alsacien. Le devers du mur ouest atteint un mètre au sommet du mur !

La Société pour la Conservation des Monuments Historiques d’Alsace prend alors les choses en main. L’étude est confiée à monsieur Salomon, Architecte des Monuments historiques en 1897. Début des travaux, le 14 septembre, ils sont confiés à monsieur Naegele, maître maçon à Obernai. Ils dureront jusqu’au 7 décembre, avec une interruption lors des vendanges. (Le Rouge d’Ottrott est une merveille !) 

L’échafaudage est posé d’abord à l’intérieur du donjon-palais : 19 mètres de hauteur. Le sommet est alors dé-végétalisé. Monsieur Salomon rapporte que le plus gros arbre était un pin de 43 cm de diamètre à la base du tronc. Les racines descendaient de six mètres dans la muraille.
Ensuite, les arases ont été reprises : le chemin de ronde dallé et les merlons ont été maçonnés.

Le but de l’opération était surtout de stabiliser, autant que faire se pouvait, le mur ouest. Monsieur Salomon a décidé de poser deux immenses tirants pour solidariser le mur ouest avec le reste du donjon. Les tirants traversent le mur et sont posés sur la ligne de corbeaux du sol du deuxième étage du donjon palais. Ils ont une section de 5 cm. A l’extérieur, deux grandes clefs en croix maintiennent le mur : les fers des clefs ont 4 mètres de longueur.

*C Tirants et clefs

La même année, la petite fenêtre romane du deuxième étage du logis (mur est) est également remise en place et consolidée.

Parallèlement, le bergfried (donjon circulaire) du Rathsamhausen connaît deux campagnes de consolidation dont nous avons déjà parlé par ailleurs.

L’ensemble des ces opérations est financé par moitié par la Société pour la Conservation des Monuments historiques d’Alsace et la famille Scheidecker, propriétaire des ruines.

2020 La situation actuelle

Commençons par rendre hommage à nos aînés. Sans eux, le donjon-palais serait à terre. Merci à ceux qui ont œuvré pou sa sauvegarde.

Si l’angle sud-ouest du donjon n’a pas souffert depuis la campagne de 1897, on ne peut pas dire la même chose de l’angle nord-ouest. Les tirants ont certes bien rempli leur rôle : le mur ouest est toujours debout. Mais, au nord, toute la partie haute est tombée : les merlons, ensuite le parement, puis tout l’angle nord est tombé. Nous avons perdu plusieurs mètres de hauteur, et la vaste croix nord est endommagée. De même, avec moins de gravité, le mur ‘est’ du donjon-palais est aujourd’hui menacé.

Chaque hiver, à chaque coup de vent, les AmChOtt ramassent des pierres tombées du haut du donjon jusque derrière la porte de bois du château. Nous ne le dirons jamais assez, les ruines sont encore dangereuses : merci de respecter les consignes de sécurité des AmChOtt.

Pourquoi ne pas intervenir rapidement sur le donjon-palais ?

L’Association des Amis des Châteaux d’Ottrott a aujourd’hui un peu plus de trois ans. Nous sommes tous bénévoles. De simples bénévoles qui donnent leur temps pour votre patrimoine.

Les châteaux d’Ottrott sont ‘inscrits’ à l’inventaire des Monuments Historiques et bénéficient pour les grands travaux d’un taux de subvention d’environ 50 %.

Ainsi, en 2019, les AmChOtt ont du trouver 125,000 euros pour sauver le donjon circulaire du Rathsamhausen. C’est une somme énorme pour une petite association comme la notre. ( Coût Total de l’opération 250.000 euros, subventions Etat-Région-Département 125.000 euros, reste à financer 125.000 euros).

Notre prochain défi est de sauver le Palais 1400 du château de Lutzelbourg. Cet édifice, fragile, élégant, est unique en Alsace. Ce sera difficile, surtout dans les circonstances actuelles. Les AmChOtt espèrent néanmoins intervenir en 2021.

Une intervention sur le donjon-palais serait plus onéreuse  encore. Elle n’est pas, pour l’instant, envisagée par le Bureau de l’association, faute de financement.
Nos bénévoles interviennent dans les parties basses des châteaux où ils accomplissent des prouesses. Nos châteaux sont magnifiques, venez les voir (après la levée du confinement, bien entendu).

Les AmChOtt travaillent pour vos châteaux !

Aidez-les ! Rejoignez-les !

Site informatique : www.amchott.fr

Sources

Bulletin de la Société pour la Conservation des Monuments historiques d’Alsace – 1899 et 1902

– Séance du comité du 14 octobre 1897 

– Séance du comité du 22 décembre 1897 :

– Séance du comité du 3 mai 1898 :

– Assemblée générale du 12 juillet 1899 :

Illustrations

Photographies par drone, EtF et Piotr

Illustrations anciennes, auteurs et dates cités dans le texte

Lutzelbourg, le premier Logis Nord

Lors de leur campagne de travaux 2019, les AmChOtt ont sauvé le donjon circulaire du château de Rathsamhausen.
Le prochain objectif de l’association concerne le château de Lutzelbourg. Il s’agit de sauver le palais nord édifié au début du 15ème siècle par la famille de Rathsamhausen. Ce bâtiment de toute beauté est très fragilisé, la façade sud menace de s’effondrer. Nous perdrions alors un des rares corps de logis alsaciens de cette époque encore debout dans sa totalité.

Aujourd’hui, nous nous intéressons au premier logis nord du Lutzelbourg. Celui qui a précédé le Palais 1400. Les AmChOtt ont réalisé une étude archéologique, cet article en est un bref résumé. Les personnes intéressées peuvent se procurer l’étude complète auprès de l’association : amchott@orange.fr.

Le Lutzelbourg dans sa forme initiale ~ 1270

Dans la deuxième moitié du 13ème siècle, pendant les luttes du Grand Interrègne, le site des châteaux d’Ottrott a été divisé en deux parties. Face au Rathsamhausen situé à l’ouest du site, une deuxième forteresse voit le jour le Lutzelbourg. A l’époque les deux châteaux étaient respectivement nommés HinterLützelburg et VorderLützelburg. Les profonds fossés sont creusés sur le plateau qui est alors divisé en trois parties. A l’ouest, les châtelains du Rathsamhausen édifient le grand donjon circulaire qui fait face à la deuxième forteresse.

A l’ouest, côté Lutzelbourg, face au burg voisin, le fort donjon circulaire est érigé. Il est flanqué de deux murs boucliers crénelés qui accentuent la force de la nouvelle place.
A l’abri du donjon et des murs boucliers, l’enceinte est complétée vers l’est par deux longs murs. L’extrémité orientale est fermée par une cinquième muraille. C’est là que se situe la porte, protégée par une tour. A l’intérieur de l’enceinte, un premier logis est adossé au mur sud. Il ne subsiste que quelques éléments de cette demeure. Les encadrements de deux magnifiques baies romanes occupent l’angle sud est du bâtiment.

Côté nord se dresse aujourd’hui l’élégant Palais 1400 déjà cité. Nous cherchons aujourd’hui la trace du ou des bâtiments qui l’ont précédé. La zone concernée par cette étude est encadrée en bleu sur le schéma présenté sur cette page.

Analyse rapide de la cour nord

L’espace est aujourd’hui occupé par les vestiges de plusieurs bâtiments qui l’ont occupé au cours des siècles. Dans l’angle nord-est, le palais 1400 occupe environ les deux tiers de l’espace. Nous l’étudierons en détail dans un prochain article. Voyons tout d’abord les deux autres bâtiments :

Bâtiment L-Bât1

A l’angle nord-ouest, ne subsistent que quelques traces d’un bâtiment appuyé sur le mur bouclier et sur la base du donjon. Le bâtiment L-Bât1 a été conçu et bâti tardivement, à une période où l’archère L-MN-archère1  n’était plus guère utilisée. Le bâtiment avait un seul étage surmonté par une toiture à pente unique. Il n’était éclairé qu’à l’est, donc côté cour. On peut penser à une dépendance à colombages. L’évier peut faire penser à une cuisine.

Bâtiment L-Bât2

Le deuxième bâtiment est de dimensions plus modestes. Il n’est aujourd’hui décelable que par les deux solins encore bien visibles. Il possédait un toit à une pente et ne recevait qu’une faible lumière côté cour. Il devait s’agir d’un simple appentis, d’une remise. Nous écarterons l’hypothèse d’une écurie, vue la proximité immédiate de la citerne.

Citerne L-Citerne

Selon René Kill, la citerne du Lutzelbourg est une citerne à filtration. Elle a été mise à jour par les équipes de Charles-Laurent Salch en 1989. Cette citerne n’était peut-être pas présente lors de la construction du burg. En effet, l’alignement de ses parois sur celui des murs du Bât-1 et du Palais 1400 lui donne une forme pentagonale inattendue et amène plutôt à songer à un creusement postérieur à l’édification de ces deux bâtiments.

Mur Nord du Lutzelbourg (L-MN)

Le château de Lutzelbourg est limité au nord par un long mur ( ~24m40) conservé sur une hauteur moyenne de 14m50. Très impressionnant ! Ce mur a une épaisseur moyenne de 1m25, à comparer avec celle du mur bouclier : ~2m10.

 Commençons par un rapide examen de la face extérieure du mur

– Le mur est construit en blocs de grès de tailles très variables selon les sections. Les pierres sont planes, exceptées celles posées à l’extrémité ouest qui présentent un bossage.
– Le mur porte à sa base, au rez de chaussée,  trois archères.
– Au dessus de l’archère occidentale (L-MN-archère1), une étroite fenêtre ogivale a été murée.
– Une corniche horizontale en saillie court sur la presque totalité du mur.
– Au dessus de la corniche, huit trous de boulins de grandes dimensions ont été ménagés.
– La partie supérieure, hachurée sur la photographie, est une surélévation liée à la construction du Palais 1400. Elle présente une fenêtre murée et est ornée de la belle frise sur arcatures composée de dix-huit arceaux.

Voici la partie ouest du même mur, située dans la cour du château.

Sur la partie ouest, côté cour, nous retrouvons les éléments cités à l’extérieur et :

 – une rangée de forts corbeaux située entre l’archère et la fenêtre
– la trace d’un emmarchement partant de la corniche pour rejoindre le mur bouclier.

Les archères LN-archère 1, 2 et 3

Les trois archères du mur nord sont de même conception, même forme, mêmes dimensions. La fente de tir est verticale, s’évasant dans sa partie basse. L’ensemble est adapté au tir à l’arc, bien que les faibles dimensions de la niche n’apportassent pas un réel confort de tir.

La fenêtre L-MN-fenêtre1

A mi hauteur du mur nord, côté ouest, juste au dessus de l’archère L-MN-archère1, se trouve une fenêtre. Sur le versant extérieur du mur, on trouve une simple baie ogivale, élégante et étroite, murée. Dans l’épaisseur du mur d’enceinte, côté cour, on découvre une vaste niche munie de deux coussièges. Cette fenêtre située plein nord ne devait apporter que peu de lumière dans la pièce qu’elle éclairait.

La ligne de corbeaux

Une ligne de corbeaux court tout au long du mur nord. Sept corbeaux sont aujourd’hui dans la cour à l’ouest du palais 1400, douze sont dans le palais lui même.

*7 ligne de corbeaux

Toutes ces pierres sont situées à environ 1 m 80 au dessus du niveau de la base des archères, soit à un peu plus de deux mètres du sol initial probable. Les corbeaux situés à l’intérieur du logis sont alignés sur la même horizontale que ceux de la cour. Lors de l’édification du mur nord, un bâtiment ( L-Logis Nord) était adossé à celui-ci. Il courait sur toute la longueur du château, excepté, semble-t-il à l’extrémité ouest. Là, entre ce logis et le mur bouclier, un petit réduit avait été ménagé. Cette disposition, toute en longueur, est similaire à ce que nous trouvons sur le versant sud du château.

La corniche L-MN-Corniche

La corniche se développe à environ 10 mètres du niveau du sol initial sur le mur nord du Lutzelbourg. La corniche s’interrompt à proximité du mur bouclier, là où commence un emmarchement étudié plus avant dans notre texte.

8 corniche

La corniche est constituée de larges dalles plates, qui dépassent d’une dizaine de centimètres de chaque côté de l’aplomb du mur nord. Les dalles font en moyenne une quinzaine de centimètres d’épaisseur.

Les trous de boulin

Juste au dessus de la corniche, lorsque le mur a été surélevé, les maçons ont ménagé huit trous de boulins.

*9 trous de boulins

Ainsi, alors que le mur sud du Lutzelbourg était simplement crénelé, le mur nord portait lors de sa construction pendant le Grand Interrègne des hourds. Ce système de défense a été abandonné avant ou lors de la construction du Palais 1400.

* 10 hourds

Le parapet du mur nord était crénelé. Il portait six merlons. Les créneaux ont été comblés lors de la construction du Palais 1400. Le troisième créneau a alors été utilisé pour y insérer la fenêtre nord du palais.

*11 créneaux

L’ emmarchement

A l’angle supérieur ouest du mur nord, se trouve un emmarchement. Cinq marches pour une hauteur d’ 1m30 environ et une profondeur de 1m80.

Cet emmarchement est la trace d’un escalier qui menait des hourds au chemin de ronde du mur bouclier.

* 12 escalier

Le premier logis nord du Lutzelbourg

Après avoir étudié tous les éléments des murs nord et est, ainsi que les vestiges encore présents dans la cour, nous allons tenter d’imaginer le premier logis nord du Lutzelbourg. Les seuls éléments de cette construction encore présents sont la ligne de corbeaux étudiée ci-avant, la fenêtre et les trois archères.

La fenêtre superposée au dessus de l’archère laisse supposer un bâtiment avec un étage dans la partie occidentale. Pour les parties médianes et orientales, seules les deux archères et les corbeaux subsistent, on pense alors à un bâtiment à un seul niveau.

Il semble bien que le premier logis n’ait connu qu’un seul niveau sur sa plus grande partie (est), avec une surélévation d’un étage seulement dans la partie occidentale à hauteur de la fenêtre encore en place.

* 13 le premier logis nord plan

Pour la partie à un seul niveau (à l’est), la présence des corbeaux permet d’imaginer facilement la structure du bâtiment : communs ou écuries éclairés par les archères au nord et les portes au sud. Le niveau bas est juste surmonté par une toiture à pente unique qui abrite des greniers.

Cette petite pièce au nord, de dimensions réduites, mal éclairée, à proximité des communs, pouvait être le logis du chef de la garnison ou de l’intendant, d’une personne certes importante, mais pas suffisamment pour être logée avec le seigneur. Il peut également s’agir d’un logis provisoire du seigneur pendant la construction du logis sud.

Sur ce schéma, nous n’avons pas représenté les hourds pour gagner en lisibilité.

Les deux tiers du logis à l’est sont sur un seul niveau, éclairé au sud par les portes, voire fenêtres et au nord par les archères.
Le bâtiment à étage est limité au dernier tiers. La pièce d’habitation est éclairée par des fenêtres en façade sud et la fenêtre à coussièges au nord du bâtiment.  Pour l’accès à l’étage, nous avons opté pour un escalier extérieur situé dans le petit réduit sous le mur bouclier. Nous avons supposé que cet escalier donnait également accès à l’arbalétrière du mur bouclier.

Conclusion

La cour nord du château de Lutzelbourg est aujourd’hui essentiellement occupée par le Palais 1400. Lors de l’édification du château pendant le Grand Interrègne, le maître d’œuvre lui avait donné un aspect bien différent. Un premier logis était appuyé sur la presque totalité du mur nord. A l’est, ce logis n’avait vraisemblablement qu’un seul niveau. A l’ouest, le bâtiment comportait un étage.

Le mur nord du château est resté un temps aveugle, juste couronné par une corniche. Il a par la suite  été mieux protégé par un système de hourds.

Au début du XVème siècle, les travaux entrepris par les frères Egenolf et Johan de Rathsamhausen vont modifier totalement l’agencement de la partie nord du château. Nous étudierons ces transformations dans un prochain article.

Sources

  • Thomas Biller, die Ottrotter Schloesser Band 1, 1973
  • Thomas Biller, Bernard Metz, Die Burgen des Elsass, Architektur und Geschichte, tome III, 1995
  • Charles Laurent Salch, La clef des châteaux Forts d’Alsace, 1995
  • Pierre Parsy, Châteaux d’Ottrott, leur histoire, leur devenir, 2018
  • Georges Bischoff, Jean-Michel Rudrauf, Les Châteaux Forts autour du Mont Sainte-Odile, 2019
  • André Lerch, Le Château de Lutzebourg, à paraître fin 2020

Illustrations

Les relevés utilisés et présentés dans ce document sont de deux types:

  • Relevés par laser de la topologie du château
    Mise en œuvre : Pascal Kuntz et Etienne Fritsch
  • Relevés photographiques par drone
    Mise en œuvre : Piotr  Klimczyk et Etienne Fritsch

Restitution du logis : Etienne Fritsch

Remerciements

 à nos amis Mathias Heissler et André Lerch
pour les nombreuses heures passées
avec Etienne et moi
dans le château du Lutzelbourg.

Merci à eux pour leur complicité, leurs avis, leurs conseils et leur aide.

PiP

« Le vent qui souffle à travers la montagne, m’a rendu fou. »      G. Brassens

1392 – 1414 Imbroglio entre les Rathsamhausen et les Andlau au Lutzelbourg

Avant la fin du 14ème siècle, les archives ne nous disent que peu de choses sur l’histoire des châteaux qui protègent les couvents du Mont Sainte-Odile. Cependant, à partir de 1350, les textes se font plus nombreux et citent les différentes familles qui possèdent les lieux. Peu à peu, les Rathsamhausen, lignée originaire des environs de Sélestat,  vont devenir une famille influente sur le Mont. Ils sont d’abord cités au Château de La Roche, puis leur nom apparaît aux Châteaux d’ Ottrott, au Waldsberg ( aujourd’hui nommé Hagelschloss ) et enfin aux Dreistein. Nous nous intéresserons ici à un conflit avec la famille d’ Andlau pour la possession du ‘Vorderlützelburg’, appelé  aujourd’hui Lutzelbourg.

Le Vorderlutzelbourg

La famille de Rathsamhausen à la fin du 14ème siècle

Les membres de la famille sont nombreux. Sur les 69 textes que nous avons recensés à ce jour et citant ce nom de Rathsamhausen, nous avons trouvé une trentaine de prénoms différents. Les plus courants sont Dietrich, Gérothée, Johann et Lutelmann. Il n’est pas aisé de savoir si le même prénom désigne la même personne dans deux textes différents. Il peut s’agir d’homonymes : cousins, père et fils, oncle et neveu… Les textes étudiés peuvent être des lettres d’investiture concernant les châteaux ou les villages, des accords de partage entre les membres de la famille lors d’une succession, les traces d’un litige avec la Ville d’Obernai… L’étude, certes encore fort incomplète, permet néanmoins de se faire une idée de la famille, sans prétendre à la représenter précisément.

Waldsberg : à Johann de Rathsamhausen de Triberg avant 1390

Voici sous forme de deux tableaux la synthèse de ce que nous croyons savoir. Le premier présente la famille dans son ensemble de 1350 à 1450. Le second détaille autant que nous avons pu le faire la branche de Rathsamhausen zum Stein, il cite les également les personnes que nous n’avons pas su rattacher à une branche ou à une autre. Les dates indiquées sous chaque prénom correspondent à l’année où le nom est cité. Nous indiquons également les noms des châteaux proches du Mont en rapport avec les personnes avec les dates de citation. Les différents villages où sont possessionnés les Rathsamhausen ne sont pas mentionnés.

Sur la première ligne sont cités les cinq Rathsamhausen qui se répartissent en 1367 les droits de la famille sur le château d’Ehnwihr près de Sélestat et les villages de Muttersholtz, d’Eschau et Wibolsheim, ainsi que d’autres droits. ( Chartrier de Niedernai, réf 100)

  • Les frères Hartmann et Diebold, qui possédaient le Lutzelbourg dès 1367.
  • Johann, qui  fut investi du fief des chaudronniers en 1361. Les chaudronniers lui devaient 28 journées de travail chaque année, et ils devaient de plus le fournir en chaudrons et en poêles. Il est appelé Johan de Rathsamhausen de Triberg. Il possède une part du Waldsberg.
  • Les frères Lutelmann et Dietrich, qui sont appelés Rathsamhausen zum Stein. Cette lignée détient le château de la Roche dans la vallée de la Bruche depuis 1180.
Dreistein à Hans et Heinrich de Rathsamhasuen dès 1435

A la génération suivante, les fils de Johann dit de Triberg seront investis de droits sur plusieurs châteaux du Mont : le Waldsberg (Hagelschloss) dès 1390, le Hinterlützelburg (Rathsamhausen) dès 1390, le Dreistein à partir de 1435.
Pour le Vorderlützelburg (Lutzelbourg), la transmission ne sera pas vraiment simple, nous l’allons voir tout à l’heure….

Les Rathsamhausen zum Stein sont, en autres, les seigneurs de la Roche. Ils détiendront le château jusqu’à sa destruction pour brigandage en 1469. Leur fief est en limite des forêts de la Ville d’Obernai, ils possèdent des cours à Ottrott et  une maison à Obernai ( maison romane, rue de la Dîme) : les démêlés entre la Ville et les zum Stein sont nombreux.  Les archives de la Ville en témoignent.

Entre 1350 et 1450, les Rathsamhausen sont donc présents dans cinq des châteaux du Mont. Cette famille donne également trois abbesses à l’abbaye de Niedermunster : Suzanne 1411, Anna 1424 et Ursule 1446.

Litige au Vorderlützelburg

Le conflit entre des Andlau et les Rathsamhausen pour la possession du Lutzelbourg se situe au changement de siècle vers 1400.

La succession de Hartmann et Diebold de Rathsamhausen

  • Une charte du fond Landsberg nous dit que les frères Hartmann et Diebold de Rathsamhausen sont propriétaires du Lutzelbourg en 1367. (ABR J Landsberg).
  • En 1387, une autre charte nous apprend que Hartmann est décédé et qu’il laisse un fils prénommé Hanemann (Chartrier de Niedernai, réf 136).
  • Selon l’étude de Monique Fave (p.36) Hartmann était marié à Elisabeth d’Andlau.
  • Une troisième charte nous dit que Diebold est décédé avant 1392 et que ses biens resteront en indivision entre Lutelmann et les fils de Jean de Triberg, ses cousins. (Chartrier de Niedernai, réf 142). Hanemann n’est pas cité, il doit être décédé. Le Lutzelbourg serait alors bien commun de  Lutelmann, Hartmann, Egenolf et Hans de Rathsamhausen. C’est du moins ce que pensent les Rathsamhausen.

1392 : la lettre l’empereur Wenzel au prévôt

La même année, cependant, l’empereur Wenzel prend la peine d’écrire à Endolff abbé de Morbach, prévôt d’Alsace. Il lui dit avoir donné le Lutzelbourg en fief à Rudolf et Heinrich d’ Andlau ! (Nous n’avons pas retrouvé la trace de cette investiture.) De plus, l’empereur dit savoir les prétentions d’ Egenolf et Hans de Rathsamhausen. Wenzel commande donc au prévôt d’étudier la question, il termine en demandant au prévôt de protéger les Andlau. (AMS AA 114/7)

Il ressort de ce document qu’à la mort de Diebold, l’empereur n’a pas su ou pas reconnu l’accord entre les Rathsamhausen et qu’il a considéré le Lutzelbourg comme revenant à l’Empire. Il aurait alors décidé de le donner aux deux Andlau. Hartmann  n’était-il pas marié à Elisabeth d’Andlau, leur soeur (Fave, p36) ? Sans doute prévenu par une requête des Andlau, surpris par les prétentions des Rathsamhausen, l’empereur demande à son prévôt de clarifier la situation.

1393 L’investiture des Rathsamhausen par Wenzel

L’année suivante, sans doute, Wenzel a-t-il reçu la réponse de son prévôt en Alsace. Il rédige alors une lettre d’investiture concernant le Lutzelbourg. L’empereur a tranché en faveur des Rathsamhausen. La lettre de Wenzel donne le château aux frères Rathsamhausen : Hartmann, Egenolf et Johann. Il leur reconnaît également une part d’ Ottrott-le-bas et un cinquième du village de  Mundolsheim. (ABR 76 J 223 et RIplus Regg Wenzel N°2275).

Lutzelbourg – logis nord…

En fait, Hartmann est l’enfant du premier mariage de Johann de Triberg avec Margarethe de Müllenheim ( Fave, p36, à confirmer). Ses deux demi-frères sont les enfants de la deuxième épouse de Johann : Lucia de Hohenstein.

Note : le troisième fils de Johann est appelé Johann dans certains textes, Hans dans d’autres. L’utilisation du  diminutif évite de le confondre avec son père.

1401 L’investiture des Andlau par Ruprecht

Huit années plus tard, on aurait pu croire la querelle terminée. Pourtant, vraisemblablement à la demande des Andlau, le nouvel empereur Ruprecht fait rédiger une nouvelle lettre d’investiture aux deux frères d’Andlau. Rudolf et Heinrich se voient confirmer, comme il s’entend, le château du Haut-Andlau, Andlau, son ban ainsi que Mittelbergheim., mais aussi, en fin de liste le ‘Linzelburg by Ottenrode’, le Lutzelbourg à Ottrott. (Regestra Imperi, Ruprecht, 1193).

Voici la traduction de la partie du texte qui nous concerne :

« ( nous donnons en fief)  à lui ,Schwarz-Rudolf et à son frère, en commun, le Linzelburg à Ottrott et les biens qui en dépendent, vin, blé, taxes, prés,comme on peut les définir comme ayant appartenu à Hartmann de Rathsamhausen et à son fils le bienheureux Hanneman, et à Diebold, frère du précédant, à Ottrott, biens qu’ils tenaient de l’empire ».

Les Andlau étaient habiles et la chancellerie de Ruprecht ne semble pas avoir vérifié les décisions antérieures de Wenzel.

Château du Haut Andlau

1414 La nouvelle investiture des Rathsamhausen par Sigmund

Les Rathsamhausen ne désarment pas. Quelque treize années plus tard, retournement de situation, ils obtiennent de l’empereur Sigmund une lettre d’investiture en leur faveur. Le Vorderlützelburg est reconnu aux frères Egenolf et Hans de Rathsamhausen. (ABR Q 5680)

Il semble que leur demi-frère Hartmann ait été décédé à cette date.

Selon Schoepflin (Alsatia Illustrata, T4, para 477), repris par Grandidier, (OI, T6,p.46), une paix castrale aurait été signée en 1417 par les Rathsamhausen et Engelhard  de Nyperg. Nous ne l’avons pas retrouvée. C’est fort dommage, ce texte nous eût apporté des détails intéressants.

Cet accord a été reconduit en 1466 et 1470 par les Rathsamhausen avec Jacques de Hohenstein, alors propriétaire de l’Hinterlützelburg (Rathsamhausen). (ABR 76 J N°37 et N°38)

La querelle entre les Andlau et les Rathsamhausen ne semble pas s’être poursuivie. Les lettres d’investitures suivantes de 1435, 1442, 1538 et 1550 confirment  le château aux Rathsamhausen.

  • 1435 : Sigmund – ABR 76 J 3
  • 1442 : Frederic III – ABR G 779
  • 1538 : Charles Quint – AMO DD 11
  • 1550 : Charles Quint – Gyss, HVO, T1, 403)
Sceau des Rathsamhausen

Le Lutzelbourg lors du conflit Rathsamhausen-Andlau

Pendant plus de vingt ans, les deux familles se sont donc querellées pour obtenir ou confirmer leurs droits sur le Vorderlützelburg à Ottrott. Et les Rathsamhausen sortent vainqueurs du conflit.

Mais qu’était-ce que le Lutzelbourg à cette époque ? Seule la lettre de Wenzel au prévôt d’Alsace nous donne une indication: ‘ Wir haben vormals Rudoffen und Heinrichen von Andelow uns und des Reichs lieben getrewen das Burgstal die vorderluzelburg mit iren zugehorungen gnediclichen gelihen…’. Le Lutzelbourg est alors qualifié de ‘Burgstal’ : il s’agit d’un château abandonné, un château en ruines ! Les deux familles se sont donc affrontées deux décennies pour une ruine et ses dépendances. Bigre !

Pourquoi le château de Lutzelbourg était-il ruiné en 1392 ? L’histoire de sa destruction par les Grandes Compagnies du roi de France a souvent été citée, dite par tradition orale, reprise par des historiens plus ou moins anciens (Herbig 1903, Rapp 1968). Pourtant, aucun document ne vient corroborer ces dires. Certes, les supplétifs des armées du roi de France ont bien envahi l’Alsace à deux reprises, menées en 1365 par Arnault de Cervole, dit l’Archiprêtre, puis quelques années plus tard, en 1372 par Enguerrand de Coucy. Mais aucun écrit ne permet d’affirmer que l’un ou l’autre n’ait voué le Lutzelbourg aux flammes. Les  ‘Engländer’ si bien décrits par Specklin ( Les Collectanées, notules 1621-28 ) sont probablement restés dans la plaine et se sont attaqués à des villages, à des couvents, cibles faciles, plutôt qu’à des châteaux de montagne. C’est ce que disent les chroniques de l’époque.

Lisons, relisons Koenigshoven qui écrit quelques années après les faits.

« On les aurait pris pour les bandits ou des meurtriers, et c’est ce qu’ils étaient ! Ils assassinaient tous les gens qui étaient pris et qui n’avaient rien à leur donner. Parfois, ils laissaient partir des gens, puis ensuite, ils les rattrapaient et les étranglaient. Leurs vêtements étaient longs et précieux. Leurs chapeaux ronds portaient comme un bouton et ils avaient de grandes capuches à pointe qui étaient bien larges. Leur vaisselle et leurs gobelets étaient en argent. Mais les pauvres, eux, ils allaient pieds nus et mal vêtus . Et quand ils attrapaient de jeunes garçons, ils les gardaient auprès d’eux pour les servir. »

Koenigshoven, Chroniques, ~1390

Quoiqu’il en soit, nous décelons, encore aujourd’hui, les traces d’un incendie sur le mur sud du Lutzelbourg. Datent-elles de cette époque ? Nos chroniqueurs anciens auraient-ils lu des textes qui se seraient perdus ?

Pierre d’angle du Logis Nord

La reconstruction du Lutzelbourg au début du quinzième siècle

Enfin vainqueurs, enfin reconnus, certains de leur droit de propriété, les frères Rathsamhausen se sont lancés dans une vaste campagne de restauration du château.

  • Le nouveau logis Nord date de cette période. Sur cette belle demeure seigneuriale, Egenolf et Hans ont fait sculpter leurs armoiries à l’angle de la frise de faux-machicouis.
  • A l’intérieur de ce logis, plusieurs corbeaux portent leurs armes et celles de leur mère Lucia de Hohenstein.
  • Les deux frères ont également adapté leur château aux armes nouvelles. Les courtines de l’Interrègne ont été doublées par des fausses-braies et par des lices, dotées de canonnières.
  • L’entrée du château s’est vue dotée d’une nouvelle porte, appuyée sur un beau contrefort et précédée d’un petit pont-levis.

La décision de 1414 de l’empereur Sigmund a redonné vie et splendeur au château de Lutzelbourg !

Illustrations

  • Photographies du Lutzelbourg par drone, Tomasini
  • Lithographie du Hagelschloss, Simon
  • Généalogie Rathsamhausen, PiP
  • Sceau des Rathsamhausen, Archives Municipales Obernai, photo PiP
  • Dreistein, restitution romantique de J.Schmitt
  • La Roche, copie d’une peinture disparue de l’église de Fouday
    AMS, Fonds Oberlin, MS197/II
  • La lettre de Wenzel au prévôt d’Alsace, 1393, AMS-AA-114/7, photo MaL
  • Haut-Andlau, dessin de Imlin, 1816
  • Schéma de localisation des châteaux, PiP
Lutzelbourg : porte du XVe

Sources

  • J. Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866
  • M. Chave-Schwartz, les Rathsamhausen…, Revue d’Alsace, 1983
  • B. Metz, die Burgen des Elsass, T3, 1995
  • J.M.Rudrauf, Les Châteaux Forts autour du Mont Sainte-Odile, 2019
  • Archives du Bas-Rhin, Archives de Strasbourg, Archives d’Obernai, Chartrier de Niedernai
    Les références sont précisées dans le texte de l’article.
Plan des châteaux des Rathsamhausen

Le Petit Interrègne

1197-1208 Le Petit Interrègne et les châteaux d’Ottrott

Nous avons parlé précédemment du règne de l’empereur Henri VI, dit le Cruel. Sa mort subite le 28 septembre 1197 près de Messine va être à l’origine d’une longue période d’instabilité dans l’Empire : le Petit Interrègne. Dans cet article, nous donnerons les grandes lignes de ce conflit dans l’Empire, puis nous nous pencherons sur la situation dans le nord de l’Alsace avant de revenir sur le Mont Sainte-Odile et au château qui domine alors Ottrott : le Vieux Lutzelbourg.

Les conséquences immédiates de la mort d’ Henri VI

Nous l’avons dit, la mort de l’empereur est inattendue et inexpliquée ( voir notre article dédié au règne d’Henri VI ). Elle survient à un moment que nous qualifierons de délicat :

  • L’essentiel de la noblesse et des troupes germaniques est en Palestine pour la croisade lancée par Henri VI. Henri s’apprêtait à rejoindre l’armée pour la conduire à Jérusalem.
  • Henri n’a pas réussi à rendre la couronne impériale héréditaire. Son fils Frédéric n’a que trois ans. Il a été confié par sa mère Constance à la duchesse de Salerne. Son oncle Philippe de Souabe traverse les Alpes pour le ramener en Allemagne, où l’enfant doit résider le temps de la croisade. Philippe est en chemin.
  • La situation en Sicile, dite ‘pacifiée’, reste pour le moins tendue.
Henri VI à Palerme

La nouvelle de la mort d’Henri va mettre à bas le projet politique du souverain. Les premières décisions seront primordiales pour la suite des évènements.

  • Constance, épouse d’Henri, craint pour sa couronne de Sicile. Elle fait revenir le petit Frédéric à Palerme. L’héritier se doit d’être auprès de sa mère.
  • Philippe de Souabe apprend le départ de l’enfant. Préoccupé par la situation en Allemagne, il se hâte de repasser les Alpes, seul.
  • Le nouveau pape Innocent III reprend la politique traditionnelle de Rome. Opposant aux Hohenstaufen, il conforte Constance dans l’idée de ne voir en Frédéric que le Roi de Sicile D’autre part, il encourage la parti Guelfe à convoiter la couronne impériale, si longtemps aux mains des Hohenstaufen.

Deux familles vont, comme par le passé, se présenter à l’élection impériale.

Sceau de Philippe

Les Hohenstaufen et les Guelfes

Tout le siècle précédent, les Guelfes soutenus par la Papauté s’étaient opposés aux Staufen. La mort d’Henri le Lion, chef de ce parti, et la politique rigoureuse de Henri avaient un temps ‘tempéré’ la lutte entre les deux familles. La mort d’Henri et les encouragements du Pape raniment le conflit.

Situation des Hohenstaufen

Le fils d’Henri, le petit Frédéric, est donc resté en Sicile. Même couronné Roi des Romains, trop jeune, absent, il ne saurait être candidat.

Des six fils de Frédéric Barberousse, seuls deux sont encore en vie : Otton, le duc de Bourgogne et Philippe de Souabe. Otton est l’aîné, il serait le candidat naturel. Mais Otton  est en Terre Sainte à guerroyer et il n’est pas question d’attendre son retour hypothétique en laissant le champ libre aux Guelfes. C’est donc Philippe de Souabe qui sera candidat. Un candidat par défaut…

Philippe de Souabe né en 1177 est le plus jeune des fils de Barberousse et de Béatrice de Bourgogne. Benjamin de la lignée, il était appelé à suivre une carrière ecclésiastique. A douze ans,  on parlait de lui comme du prochain évêque de Würzburg. Pourtant en 1193, il délaisse sa vocation. Deux de ses frères sont décédés et l’empereur Henri n’a toujours pas d’enfant. Il devient un héritier ‘possible’. La naissance de futur Frédéric II avait certes changé la donne, mais  Philippe devient alors duc de Toscane (1195) pour représenter les Hohenstaufen en Italie. La même année, il se fiance à la princesse Irène, fille de l’empereur byzantin.

Poème de Hertzog 1592

Après l’assassinat de son frère Conrad (1196), Philippe devient duc de Souabe. Il est désigné pour représenter l’empereur Henri en Allemagne lors de la croisade vers Jérusalem, c’est lui qui doit assurer la garde du fils d’Henri. La mort inopinée de Henri VI change tout. Malgré l’absence du petit Frédéric, Philippe défend d’abord les intérêts de son neveu. Les adversaires des Staufen relèvent la tête et cherchent un prétendant sous la conduite de l’évêque de Cologne, Adolf. Philippe doit alors se décider à poser à candidature à la couronne avant que le clan adverse ne s’organise. Il le fait, le 8 mars 1198, à Mulhouse.

Situation des Guelfes

Comme dans le camp adverse, le prétendant naturel des Guelfes est en Terre Sainte. Henri, comte palatin, fils d’Henri le Lion, ne pourra défendre ses chances à l’élection. On se tourne alors vers son jeune frère, Otton qui est comte de Poitou. Otton, après la chute d’Henri le Lion, a vécu à la cour de son grand-père le roi Henri II en Angleterre et en France. Son oncle Richard Cœur-de-Lion l’a fait comte de Poitou. Otto lutte depuis des années aux côtés de Richard contre le roi Philippe Auguste, dont il est un ennemi déclaré.
Le 9 juin 1198, le comte Otton de Poitou, fils du duc Henri le Lion, est désigné candidat des Guelfes à Aix la Chapelle. Revenu en Allemagne, il prend le nom d’ Otton de Brunswick.

Otton de Brunswick

A la mi 1198, les soutiens étrangers de part et d’autre sont clairs :

  • Otto de Brunswick est le candidat du pape Innocent III et du roi d’Angleterre. Richard Cœur de Lion, autrefois détenu au Trifels par Henri VI, voue une haine tenace aux Hohenstaufen. 

(La mort de Richard Cœur de Lion, 6 avril 1199, devant le château de Châlus ne changera pas la donne. Son successeur Jean-sans-Terre mène la même politique, plus prudemment toutefois.)

  • Philippe de Souabe est soutenu par Philippe Auguste, qui ne veut à aucun prix d’un empereur germanique allié aux Anglais.

En septembre 1198, Philippe de Souabe se fait couronner à Mayence. Ce sacre n’est que formel, les deux parties vont longuement s’affronter sur le terrain. Voici les grandes lignes de ce conflit, confus, qui va durer onze ans.

Les premières années sont indécises : succès de Philippe près de Cologne, puis dans la vallée de la Moselle, la Thuringe, la Hesse. Mais rien de décisif. En 1200, mort d’Otton de Bourgogne, dernier frère de Philippe de Souabe. Échec au siège de Spire en 1201 et à Erfurt en 1203. Philippe échappe à une première tentative d’assassinat en 1202.

Par la suite, la capacité de Philippe à négocier va lui gagner de nombreux alliés. En 1204, Philippe réussit à signer un accord avec le frère d’Otton, Henri, le comte palatin. Philippe remporte alors succès sur succès. Philippe se rapproche des Zaehringen et d’autres électeurs importants.
En 1205, revirement du pape qui lève l’interdit qui pesait sur Philippe. 1207, un cessez-le-feu est même conclu entre les deux adversaires, Philippe semble avoir gagné la partie. Et pourtant, Philippe ne connaîtra pas le succès tant attendu.

21 juin 1208   Assassinat de Philippe de Souabe à Bamberg. Ce meurtre fut vraisemblablement commandité par son rival. Nous avons raconté les détails de cette fin tragique dans un article publié voici quelques mois : L’assassinat de Philippe de Souabe. Nous y soulignons la personnalité intéressante et attachante de Philippe.

Avec Philippe, c’est le dernier des fils de Frédéric Barberousse qui disparaît. Le seul Hohenstaufen est alors le petit Frédéric, roi de Sicile, il a alors quatorze ans, il vit en Italie depuis sa naissance.

Malgré les efforts de Philippe Auguste, pour trouver un adversaire à Otton de Brunswick, celui-ci est rejoint par les électeurs allemands. Otton se marie avec Béatrice, fille de son ennemi d’hier. Il est couronné empereur en 1209 à Rome par le pape Innocent. C’est la fin de l’Interrègne. Le règne d’Otton ne durera que cinq ans, il se terminera par la bataille de Bouvines le 27-7-1214. La victoire écrasante de Philippe Auguste sur Otton réduit à néant les ambitions de celui-ci. Otton est déchu de ses titres. Le petit Frédéric de Hohenstaufen a grandi, il devient à vingt ans l’empereur Frédéric II, qui étonnera le monde.

Bataille de Bouvines

Le Petit Interrègne en Alsace

En Alsace, en cette fin du XIIème siècle, l’homme fort se nomme Conrad de Hunebourg. Il est l’évêque de Strasbourg. C’est une très forte personnalité, guerrière comme beaucoup d’ évêques de l’époque, qui va s’opposer frontalement à Philippe de Souabe et soutenir ainsi les intérêts de la papauté.

Dès 1196, Conrad avait publié l’excommunication prononcée contre Henri VI par le pape Célestin. Il appelait les Alsaciens à refuser toute obéissance aux Staufen. Philippe de Souabe avait du intervenir à Strasbourg même pour ramener un semblant d’ordre.

Lorsque la lutte pour la couronne est réellement lancée, l’évêque Conrad n’hésite pas un instant et assiège le château d’ Estuphin situé au dessus de Sélestat. Ce château construit par Frédéric de Büren, premier des Staufen possessionné en Alsace, se dressait à proximité du Haut-Koenigsbourg, plus tardif. Conrad s’empare de la place et démantèle la forteresse des Staufen. Bigre !

Otton de Bourgogne, frère de Philippe, assiège alors le château familial des Hunebourg, tenu par Eberhardt, le frère de l’évêque de Strasbourg. Le château sera pris et Eberhardt périra de la main d’Otton. La violence d’Otton se s’arrête pas là : assassinat du comte de Ferrette, du comte de Montbéliard, interventions violentes dans toute l’Alsace…

De leur coté les troupes de l’évêque s’emparent dans un premier temps de Colmar, Sélestat, Obernai, Rosheim et de villages relevant de l’empereur.

Conrad

Après la maladie et la mort d’Otton de Bourgogne (1201), Philippe intervient lui-même en Alsace à la tête d’une forte armée. Il regagne les places cédées à ses opposants, avant de s’attaquer aux possessions de l’évêque : Molsheim, Epfig, Rouffach. Sans aller jusqu’à assiéger Strasbourg, il met le siège et s’emparerait des châteaux qui entourent la Ville : Kronenbourg , Haldenbourg et Weickersheim.

Comme nous le dit Specklin : ‘er verheerte viele flecken, Schlösser und dörffer, wähl und wasser’. Collectanées, nodule 832

Même commentaires de Herzog dans ses Chroniques:

‘ Lorsque Philippe appris que Conrad avait pris le parti d’Otton, il rassembla une armée imposante et entra en Alsace. Il s’empara de Molsheim et d’Epfig, il détruisit et voua aux flammes tout l’évêché de façon pitoyable’.

L’assassinat de Philippe à Bamberg et l’élection d’Otton de Brunswick mit fin à ces luttes continuelles.

Le Petit Interrègne avait été rude et violent, pour toute l’Alsace.

Le Mont Sainte-Odile pendant le Petit Interrègne

Sans que ce soit mentionné dans les textes en notre possession, il semble vraisemblable que le climat de violence n’ait pas épargné le Mont et les couvents dont les Hohenstaufen étaient les avoués.

Avant

Au début de l’Interrègne, Herrade, dite de Landsberg est l’abbesse de Hohenbourg. Elle termine la rédaction de l’Hortus Deliciarum. La reine Sybille de Sicile et ses filles, enfermées par Henri VI, sont les ‘hôtes’ d’Herrade.
A Niedermunster, Edelinde termine la magnifique église abbatiale, dont les ruines ont été remises en valeur cet été par la Communauté de Communes.
Pour protéger les couvents, les Hohenstaufen disposent alors de deux châteaux : le premier château de Stein ( Dreistein, aujourd’hui) et le château du Vieux-Lutzelbourg au dessus d’Ottrott.

Pendant l’Interrègne, deux nouvelles forteresses sont construites. Philippe de Souabe tient visiblement à assurer la sécurité du Mont. Conformément à la directive du pape Léon IX déjà ancienne (1045), les deux burgs sont situés à distance de Hohenbourg, à l’extérieur du Mur Païen. Ils font face au nord au Guirbaden et au sud au Bernstein, deux possessions de l’évêque Conrad:

  • au nord du Mont, le Waldsberg, aujourd’hui Hagelschloss,
  • au sud, le Landsberg
Après

Nous avons raconté par ailleurs la construction de ces deux châteaux. Si Philippe de Souabe a dévasté les possessions de l’évêque dans la plaine, il a cherché à assurer la sécurité des couvents du Mont Sainte-Odile.

Le Vieux Lutzelbourg à Ottrott

Au dessus d’Ottrott, au début du Petit Interrègne, il n’y a qu’un seul château : celui que nous appelons aujourd’hui, le Vieux Lutzelbourg. Le site n’a pas encore été partagé en trois par les profonds fossés, et le petit château se dresse sur la bordure nord du plateau. Voici quelques images des vestiges du Vieux Lutzelbourg :

Vieux Lutzelbourg

Le Vieux Lutzelbourg a été mis à jour par les fouilles de Charles-Laurent Salch. Danielle Fèvre a rédigé le rapport des fouilles menées de 1981 à 1985 : Ottrott, château de bois, château de pierre. (Ce petit livre fourmille de renseignements et devrait être lu et relu par toute personne intéressée par l’archéologie de nos châteaux ( message subliminal)).

Plan Danielle Fevre

Danielle Fèvre distingue quatre périodes d’occupation du site d’Ottrott allant du XIème siècle au Petit Interrègne. Celle qui nous intéresse aujourd’hui est la troisième période que Danielle Fèvre situe au milieu du siècle, vers 1150. Frédéric Barberousse est alors empereur.
Les structures mises à jour pour ce Vieux Lutzelbourg par l’équipe de Charles-Laurent Salch sont les suivantes :

  • le donjon circulaire
  • la poterne septentrionale
  • le palais seigneurial

Le donjon semble le plus ancien donjon circulaire bâti en Alsace. Il est construit sur un bâtiment plus ancien et empiète sur le rempart nord. Plusieurs pierres à bosse de grandes dimensions sont en place ( h : 45 cm, l : 50 à 70 cm, p : 50 cm ). Leur poids peut dépasser les 300 kilogrammes. Diamètre du donjon, huit mètres.

Deux monnaies ont été retrouvées lors des fouilles, elles appuient les conclusions de Charles-Laurent Salch concernant la construction du donjon et du palais. En voici le relevé publié par Danielle Fèvre dans un article publié en 1988.

A l’ouest, directement au pied du donjon, une poterne est ouverte dans le rempart nord. Elle était fort étroite et permettait une entrée supplémentaire et discrète au logis seigneurial.

Le logis, selon C.L. Salch, mesurait environ de 8 mètres sur 12. Les murs ont une épaisseur de 60 cm. Plusieurs pierres provenant des encadrements ont été trouvées lors des fouilles, ainsi qu »un fragment de colonnette avec un chapiteau cubique avec son astragale, que D. Fèvre compare à ceux retrouvés à Eschau et à Epfig, bâtiments datés de la même époque.

Sur ces indications, notre ami Raoul a tenté une restitution du Vieux Lutzelbourg du milieu du XIIème siècle. La voici !

Vieux Lutzelbourg : aquarelle de Raoul

La fin du Vieux Lutzelbourg

Nous ne disposons pas de textes anciens concernant le Vieux Lutzelbourg, ses occupants et son histoire. Tout au plus pouvons nous mentionner :

  • en 1196 : le texte signé Herrade, abbesse de Hohenbourg, qui conclut ses démêlés avec Conrad de Lutzelbourg. Nous l’avons étudié en détail dans un article précédent. Conrad devait être à cette date le seigneur du Vieux Lutzelbourg.
  • en 1227 : la chartre signée par Eberhard d’Andlau et Gertrud de Rathsamhausen concernant la chapelle Saint Nicolas à Ottrott-le-bas. Nous l’avons détaillée dans un article précédent. Gertrud, mariée à un Rathsamhausen, puis à un Andlau, pouvait être la fille de Conrad et de son épouse Tuda, ce serait la dernière représentante de la famille de Lutzelbourg.

L’étude de Danielle Fèvre nous apprend que le Vieux Lutzelbourg est détruit et subit un incendie à la fin du XIIème siècle. C’est également la période donnée par les spécialistes pour la construction de la partie romane du Rathsamhausen voisin de quelques dizaines de mètres seulement.

Le Vieux Lutzelbourg semble donc être abandonné au profit de son voisin pendant le Petit Interrègne. A-t-il brûlé lors de la campagne de l’évêque Conrad de Hunebourg (1197-98) pour avoir soutenu le parti des Hohenstaufen ? Ou bien lors de la campagne punitive de Philippe de Souabe  en Alsace (1201-02) pour être passé à l’évêque ? Nous n’en savons rien. L’incendie a également pu être accidentel et purement domestique. Les trois hypothèses sont plausibles.

Toujours est-il que le seigneur de Lutzelbourg décide de se lancer dans la construction d’un nouveau château, plus grand, plus puissant et d’une forme totalement différente, le Rathsamhausen. Ce nouveau chantier d’importance à Ottrott à quelques décamètres du Vieux Lutzelbourg a vraisemblablement encouragé le réemploi de certaines pierres. Examinez avec attention la partie romane du Rathsamhausen…

Les fenestrons romans des caves présentent pour la plupart un bel arc en plein cintre. Pourtant, plusieurs d’entre eux ( un sur le mur sud du logis, trois sur le mur est, deux sur le mur nord ) ont une allure plus archaïque avec leur linteau monolithe et triangulaire. Notre ami Conrad de Lutzelbourg a pu réemployer les pierres taillées des fenêtres du Vieux Lutzelbourg.

De même, à l’intérieur de la cave du donjon-palais, plusieurs pierres portent une frise romane ancienne : motifs géométriques en quinconce. Elle peuvent également provenir du vieux château.

Dernier emplacement du Rathsamhausen où le réemploi est visible : les fausses-braies du fossé sud, à son angle-est. D’énormes blocs ont été utilisés, ces pierres à bosse ont un bossage très différent de celui du donjon-palais, mur ouest. Elles sont de tailles bien supérieures, présentent un liseré fin et des bosses peu saillantes. Il semble que lors de l’apparition de l’artillerie au début du XVème siècle, lorsque le seigneur a construit les braies, il ait réutilisé ces pierres qui provenaient sans doute du Vieux Lutzelbourg.

Sources

  • H. Jericke, Kaiser Heinrich VI. der unbekannte Staufer, 2008
  • P. Csendes, Die Doppelwahl von 1198 und ihre europaïschen Dimensionen, 2009
  • Specklin, les Collectanées, 1580
  • Bernhart Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592
  • D. Fèvre, Ottrott, château de bois, château de pierre, 1988
  • D. Fèvre, C.L. Salch, Fouilles des châteaux d’Ottrott, un quatrième donjon circulaire, SHABDO 1988

Illustrations

  • Photographies, EtF et PiP
  • Schémas du Mont avant et après l’interrègne, PiP
  • Plan du donjon du Vieux Lutzelbourg, Danielle Fèvre, 1988
  • Relevé des monnaies retrouvées au Vieux Lutzelbourg, Danielle Fèvre, 1988
  • Restitution du Vieux Lutzelbourg, Raoul Geib

En haut du donjon du Rathsamhausen

Depuis quelques mois, le bergfried du Rathsamhausen est cerné d’un immense échafaudage et les équipes de la société Chanzy-Pardoux travaillent sur la tour. Dans quelques semaines, les travaux seront terminés et le donjon sera débarrassé de son carcan de métal. C’est le moment de vous dire quelques mots de cette belle aventure.

Etat des lieux au début du mois de juin 2019

Lorsque nous sommes montés pour la première fois sur le bergfried, nous ne savions pas vraiment ce que nous allions trouver. Les images prises par drone nous avaient convaincus de l’urgence d’une intervention, mais nous ne mesurions pas l’ampleur des dégâts du temps. Voici quelques images prises avant toute intervention.

Personne n’était plus monté sur le bergfried depuis l’équipe de cordistes envoyée par Monsieur Salch dans les années quatre-vingt. En une quarantaine d’années, la terre et les feuilles apportées par le vent, les graines, les premières herbes avaient créé un terreau suffisant pour accueillir un véritable bosquet tout en haut de la tour. Sur les quelques 225 m² de la couronne, nous avons du évacuer environ 8 m³ de terre !

Les racines des véritables arbres, sapins, bouleaux, avaient soulevé les pierres, les derniers merlons s’étaient effondrés,  le petit escalier était inaccessible. Le grande brèche présentait des pierres en équilibre très instable. Il était grand temps d’agir.

Le couronnement du donjon

Une fois la végétation ôtée, il nous fut possible d’analyser le haut de la tour. Lors de sa construction au XIIIème siècle, le sommet portait merlons et créneaux. Les images anciennes, dessin de Silbermann (1780) et l’aquarelle de Louis Laurent-Atthalin (1835) montrent le sommet du bergfried et ses créneaux. Sur l’aquarelle, Louis, toujours précis, indique les différentes lignes de pierre qui dépassent du parement en pierres à bosse. Il s’agit des supports qui portaient les hourds, chemin de ronde en bois qui couronnait la tour.

En 1898-9, une campagne de travaux avait été entreprise pour stabiliser le donjon. Les règles de restauration étaient bien différentes à cette époque. Nos prédécesseurs ont pris quelques libertés mais ont respecté autant que possible la position des corbeaux et crochets.

Voici le détail des lignes de pierres encore en place :

  • le larmier (Réf.1) ( situé à 1m90 du sommet de la tour ). Une couronne est placée en saillie du parement. Le larmier protégeait le sommet de la toiture des hourds, celle-ci devait être de bardeaux. De place en place, le larmier fait place à de petites consoles (Réf.4) qui portaient la structure supérieure, également de bois. Aujourd’hui, 22 consoles sont encore en place. Elles devaient être 25 à l’origine. Trois manquent au niveau de la grande brèche.
  • Les crochets (Réf.2) (situés à 2m45 du sommet) portaient les poutres de la toiture des hourds. Ils sont situés, comme il se doit, juste au dessous du larmier. Aujourd’hui, seuls deux crochets sont d’origine. Lors des travaux de 1898-9, les autres crochets ont été simulés par de petites consoles. Ils devaient être au nombre de 18 pour ceindre l’ensemble de la tour.
  • Les grandes consoles et corbeaux (Réf.3) (situés à 4m65 du sommet) portaient le sol du chemin de ronde. Aujourd’hui, 20 ensembles console+corbeau sont encore en place. Trois manquent au niveau de la brèche. Parmi les 20 ensembles présents, quatre d’entre eux sont dans la configuration d’origine : ils sont surmontés par un ope, orifice où était logée la poutre porteuse des hourds. Les autres opes ont été murés lors de la réfection de 1898-9.

Vous pouvez retrouver le détail de ces pierres et leur localisation sur le schéma suivant.

S’il est aisé de se représenter le chemin de ronde qui ceinturait le donjon quelques mètres au dessous des créneaux, la structure supérieure n’est pas si facile à imaginer. Nous ne disposons que des petites consoles et des opes qui traversaient les merlons. Voici ce que nous propose, Thomas Biller dans son étude du donjon datée de 1975.

Et voici l’explication proposée :

‘Le point le plus intéressant sont les détails du couronnement de la tour, qui est déjà tombé à plusieurs reprises mais a été correctement remis en place. Là-haut, tout autour et superposés, on peut voir les aménagement suivants : des corbeaux doubles avec au dessus un ope de boulin., puis environ 2 m au dessus, des corbeaux en crochet, puis la corniche du raccord d’un toit, dans celle-ci, de nouveau des corbeaux avec opes de boulins, et enfin les vestiges de hauts merlons d’environ 2 m. On comprend que la partie basse de cet ensemble indique clairement un chemin de ronde en bois posé sur les corbeaux. (Il devait restreindre l’utilité des créneaux !). Mais pourquoi les corbeaux du haut ? Un deuxième chemin de ronde n’aurait pas de sens, de plus, les corbeaux sont simples et ne portaient qu’une construction plus légère, devant les créneaux. Après arbitrage entre les diverses possibilités, on peut proposer ce qu’on appelle, en allemand, un ‘Wehrgangschirm’, dont le plus ancien exemple encore en place ne date que du 15ème siècle (L’expression ‘Wehrgangschirm’ est apparue pour la première fois chez R. Schlegel, la forteresse de Hohensalzburg, 1952. Puis Piper 1967). Il s’agit d’un mur de fortes poutres ou de madriers, qui se trouve devant les merlons, il possède des petites ouvertures, genre d’archères, et offre une bien meilleure protection pour les défenseurs sans les gêner pour autant. Le chemin de ronde inférieur, en bois, était accessible par une porte, dont il manque aujourd’hui la partie supérieure et dont le seuil est légèrement au dessus du chemin de ronde, sans doute qu’on y accédait par un escalier à partir de la plate-forme sommitale.’

Thomas Biller, die Ottrotter Schloesser, Teil 2, 1975 Notre artiste Raoul Geib s’est également essayé à la restitution du sommet du donjon. Merci Raoul !

Aquarelle de Raoul pour les Amis des Châteaux d’Ottrott

Le dernier merlon et l’escalier des hourds

Au début de cet article, nous vous avons montré le haut du donjon tel que nous l’avons trouvé début juin. Voici maintenant des images qui vous présentent les restaurations en cours d’achèvement.

Il s’agit du petit escalier qui permettait de rejoindre le chemin de ronde à partir du sommet de la tour : six marches de hauteurs inégales ( 23 à 30 cm) pour une largeur de 60 cm. C’est la seul escalier de pierre de la tour. Le passage entre les différents niveaux de plancher du donjon se faisait sur des escaliers de bois, voire des échelles, situées à l’intérieur de la tour.

Voilà le merlon datant de l’Interrègne, remis en place par nos soins. On remarque les deux opes où étaient logées les poutres portant le ‘Wehrgangschirm’ de Thomas Biller.  Nos amis de Chanzy-Pardoux ont fait du bon travail, merci Julien !

Hommage à nos anciens

Nous l’avons dit plus haut, une campagne de restauration du donjon a eu lieu en 1898-9. Je ne sais pas comment la tour avait été échafaudée, quoique… et nous n’avons que peu de documents explicitant le détail des travaux effectués alors. Deux brèches menaçaient la tour, une située dans la cour sur le versant ouest et la deuxième coté sud-est.

Il semble que les travaux aient été confiés par la famille Scheidecker (propriétaires) et la Société pour la Conservation des Monuments Historiques d’Alsace à la société Naegele. En 1898, les deux brèches sont comblées et le couronnement ‘restauré’.

Une chape a été coulée en haut de la tour avec deux évacuations des eaux de pluie à l’est et à l’ouest, ouvertes sous le larmier et constituées de deux chéneaux récupérés dans les ruines. Les ouvriers ont gravé leurs noms dans le ciment de la chape, voici quelques uns des fragments retrouvés.

Malheureusement, à la suite du tremblement de terre du 12 février 1899, la brèche ouest s’effondre et les travaux doivent être repris l’été suivant. Cette deuxième campagne semble menée avec moins de soins que la première. C’est à cette occasion que sont posés les fers en bordure de la brèche. Ces ferrures sont ‘épinglées’ dans la maçonnerie de blocage. Sur l’un des fers, on peut lire ‘ Charpentier Ottrott’. Il s’agit d’un artisan qui travaillait à la forge des Carrières de Saint-Nabor à cette époque. Il était aussi actif au couvent du Mont Sainte-Odile.

Il y a peu, j’ai eu le plaisir de recevoir aux châteaux, monsieur Hubert Schreiber qui m’a parlé de son grand-père Karl Sutter qui aurait participé à ces travaux de 1898-99. Hubert a eu la gentillesse de me confier deux photos, prises quelques années plus tard. Karl avait alors quitté Naegele pour créer sa propre entreprise de maçonnerie. On le voit sur une échelle devant un petit échafaudage avec son équipe en 1906, puis quelques années plus tard en 1914. Merci Hubert !

Bravo et merci à nos prédécesseurs ! Sans eux, nous n’aurions plus notre bergfried, le donjon circulaire du château de Rathsamhausen.

Illustrations

Photographies, EtF
Schéma du sommet du donjon, PiP. Relevé des côtes, EtF
Aquarelle de Louis Laurent-Atthalin, 1835
Restitution du donjon, aquarelle de Raoul Geib, 2018

Nous avions consacré un autre article à la porte d’accès à l’intérieur du bergfried. (cliquez sur le lien).

1285 – Sceau de Hartmann de Rathsamhausen

En illustration de son article consacré à la famille de Rathsamhausen, Monique Fave-Schwartz publie en 1983 l’image d’un sceau qui attire l’attention de toute personne intéressée par les Châteaux d’Ottrott. ‘D’argent à fasce de sinople, à la bordure de gueules’ dirait un spécialiste des armoiries. C’est bien le sceau d’un Rathsamhausen.

Charles Haridot, sigillographe de la Ville de Strasbourg, a identifié ce sceau comme étant celui de Hartmann de Rathsamhausen. Il est apposé à une charte de 1285, conservée aux Archives Municipales de Strasbourg (AMS 471). Sur le bord du sceau, on peut lire ‘Racenhusen Hartmann’

Qui était Hartmann de Rathsamhausen ?

Ce prénom apparaît dans la chartre de donation de la chapelle de Saint-Nicolas à Ottrott le bas en 1227. Eberhard d’Andlau, son épouse Gertrud de Rathsamhausen et son fils Hartmann remettent leurs droits sur chapelle à Niedermunster. Hartmann est le fils d’un premier mariage entre Gertrud qui devait être une Lutzelbourg et un Rathsamhausen dont on n’a pas gardé le nom. Hartmann devait être alors un enfant. Il est vraisemblable que la famille habite alors dans le village, là où se trouvent les ruines de l’Altkeller, ou bien dans le château dit Hinter Lutzelburg, aujourd’hui Rathsamhausen. (Voir notre article consacré à l’Altkeller )

Nous retrouvons un Hartmann de Rathsamhausen en 1284 dans la chartre d’un accord entre les Rathsamhausen et les Andlau. Il s’agit alors de partager un bien commun situé à Saint-Blaise-la-Roche dans la vallée de la Bruche. Hartmann semble alors propriétaire du Château de la Roche. Selon Nicolas Mengus, il s’agirait du même personnage. Il serait alors âgé d’une soixantaine d’années pour le moins.

En 1286, Hartmann et Egenolf de Rathsamhausen sont inféodés pour la moitié du château de Kintzheim

Le sceau présenté ci-dessus pourrait bien être celui de ce personnage.

Sceau d’Ulrich de Rathsamhausen

Un deuxième sceau agrémente le texte de Monique Fave-Schwartz. Il s’agit selon Charles Haudot de celui d’un ‘Ulrich de Rathsamhausen’. Il est porté par une chartre de 1260. Nous déchiffrons : ‘Razenhusen Ulrict’

Nous n’avons pas retrouvé la trace d’Ulrich, ni à Ottrott, ni à La Roche.

Sources

Charte de donation de Saint Nicolas ADBR G 3070/2, 1227

Max Herbig, Ottrotter Schlösser, 1903

Monique Fave-Schwartz, Les Rathsamhausen, 1215-1450, 1983

Nicolas Mengus, Un repaire de seigneurs brigands, le château de la Roche, 2001

Illustrations

Sceaux d’Hartmann et Ulrich, tels que publiés dans le texte de Monique Fave, 1983

Plan de situation, PiP

Château de la Roche, Lithographie

Chevalier de Rathsamhausen, fresque de Léo Schnug au Haut-Koenigsbourg

Dans le donjon de Rathsamhausen

Les travaux sont lancés depuis plusieurs semaines sur le bergfried du Rathsamhausen. Notre donjon circulaire est aujourd’hui équipé d’un immense échafaudage et l’équipe de la société Chanzy-Pardoux travaille à 35 mètres au-dessus des fossés. La végétation a été éliminée. Il y avait plus de 6 mètres cube de terre végétale au sommet de la tour ! Les pierres branlantes ont été déposées. Les archéologues d’Archéologie-Alsace ont posé leur diagnostic. Nous avançons !

Dans cet article, nous nous intéresserons à l’accès au donjon.

Rappel : Le chantier du donjon est interdit au public. Danger. Chute de pierres.

Comment les Rathsamhausen montaient-ils en haut du bergfried ?

Lorsque le donjon circulaire a été érigé, au début de l’Interrègne, vers 1250, il était isolé du château roman. La deuxième enceinte ne fut édifiée qu’un peu plus tard, vers 1300. Voici un plan qui présente la situation de l’époque. En rouge, le château initial (~1200), en bleu le bergfried.

Le donjon étant une tour défensive, l’accès ne se faisait pas au niveau du sol. Pour trouver l’unique porte du bergfried, il faut lever les yeux ! Elle est située versant sud à une dizaine de mètres du sol. Voici un plan de coupe qui indique comment on accédait à la tour.

A partir du château, il fallait monter sur le chemin de ronde du logis roman, et puis, par un escalier de bois, un rien vertigineux, on accédait directement à la porte, sans passer par une bretèche. Notez que l’accès au deuxième étage du donjon-palais n’était guère plus aisé !

Dans le donjon de Rathsamhausen

La porte est plutôt étroite : 67 centimètres. On ne se croisait pas sur le seuil ! Elle est élégante, le linteau est posé sur coussinets, comme aux donjons de Kintzheim et de Frankenbourg. Elle donne accès à un étroit couloir ménagé dans l’épaisseur du mur (3,10 mètres). Celui-ci débouchait sur le plancher du premier niveau de la tour : une pièce circulaire de trois mètres de diamètre environ.

En dessous se trouvaient les oubliettes du château, où selon Silbermann, on aurait retrouvé un squelette enchaîné. Au dessus, se trouvent un étage intermédiaire et le plateau sommital de la tour. Nous décrirons le sommet dans un prochain article. Les niveaux du donjon étaient des pièces où on stockait munitions et réserves. Ils n’étaient pas habités. Chaque niveau n’est éclairé que par une fente d’éclairage, fort étroite, qui apportait peu de lumière. Le passage entre les niveaux devaient se faire par des échelles de bois. Pas de trace d’escalier, comme on peut en trouver dans le donjon du Dreistein Occidental.

Fermeture de la porte
Trappe de poutre

La porte du bergfried était fermée par un vantail de bois qui pouvait se verrouiller fortement. Une trappe ménagée dans le mur permettait d’effacer la poutre qui faisait office de verrou.

Architecture de la porte

Curieusement, il semble que la porte du donjon ait été pensée indépendamment de celui-ci. Voici le relevé exact de la porte et du couloir effectué par Etienne et Sébastien, deux bénévoles de l’association.

Les discontinuités dans les rangées d’assises sont nombreuses autour la porte. Celle-ci a été dessinée indépendamment du reste de la tour, les pierres en ont été taillées et puis, il a fallu encastrer cette porte sur la tour elle-même. Voyez sur le schéma suivant.

Les assises du donjon sont représentées en noir, les pierres de la porte en bleu. Il a fallu tailler treize pierres de formes baroques et réaliser une sorte de puzzle pour poser la porte sur le donjon. L’architecte eût pu faire plus simple, non ?

Voici quelques éléments du puzzle.

Pendant ce temps-là au Lutzelbourg…

Pendant ce temps-là, les châtelains voisins construisaient eux aussi un donjon circulaire. Voyons la méthode qu’ils ont adoptée pour l’entrée au donjon.

La porte est située environ à la même hauteur vis à vis du sol de la cour~(~10m). Elle était précédée d’une bretèche, posée sur deux fortes consoles et deux corbeaux. La porte possède des dimensions comparables à celle du Rathsamhausen :  environ 60 cm de large pour une hauteur de 1, 75 mètre. Au lieu des coussinets, on a préféré l’arc en plein cintre.

Voici le schéma de la porte du Lutzelbourg :

Les assises de la tour correspondent exactement aux dimensions des pierres de la porte : l’architecte du Lutzelbourg a grandement simplifié la tâche des tailleurs de pierres. L’ensemble est cohérent.

On remarque que de nombreuses pierres portent un trou de levage. Les bâtisseurs du Lutzelbourg devaient disposer d’un treuil et d’une pince pour soulever les blocs. Ceux du Rathsamhausen semblent avoir préféré l’utilisation d’une rampe. ( Voir à ce sujet le livre de C.L. Salch, La clef des Châteaux Forts d’Alsace, p.133-135 et p.342-343).

NB : au Lutzelbourg, seules les parties hautes du donjon et des murs boucliers portent des trous de levage. Pour les parties basses, ils utilisaient, comme leurs voisins, une rampe pour monter les pierres.

Les graffitis du couloir du bergfried

Portés en creux sur les parois du couloir, plusieurs graffitis ornent les murs. Nous avons relevé :

ICKW, HIN, IH.AKM…

Il s’agit sans doute des initiales de soldats ou de visiteurs de notre donjon. Tout proche de la porte, une inscription a attiré notre attention. Soignée, de facture ancienne, elle est datée !

WCVR 1738

Il s’agit, vraisemblablement, des initiales de Wolf Christof de Rathsamhausen, Rappelez-vous l’inscription qui orne la porte cochère de la Maison Forestière ru Rathsamhausen.

WOLF CHRISTOF VON RATHSAMHAUSEN HOFF – 1733

Wolf Christof est le seigneur qui, au début du XVIIIème siècle, voulut quitter les châteaux devenus trop incommodes et leur préféra une maison plus confortable et moderne. Elle est devenue ensuite  Maison Forestière. C’est lui aussi qui transforma le site en une ferme où il élevait des chevaux. Quelques années après son déménagement, Wolf Christof fit marquer la porter de son donjon par ses initiales.

Illustrations

Photographies, EtF

Relevé de la porte et du couloir, EtF et SeE

Schémas, PiP

Merci à Etienne et Sébastien !

1340 Paix castrale à Andlau

Le travail des bénévoles des ‘Amis des Châteaux d’Ottrott’ est varié. Nos lecteurs connaissent leur investissement physique aux châteaux : entretien du site, mise en plantation des jardins, travaux de maçonnerie, accueil des randonneurs… Nos visiteurs apprécient les maquettes d’Etienne et les aquarelles de Raoul. Ils savent notre implication pour la sauvegarde de la biodiversité avec nos amis de la Société Botanique et la Ligue de Protection des Oiseaux.

Dans notre article précédent, nous avons attiré l’attention sur le volet ‘Archéologie’ de l’association. Aujourd’hui, nous parlerons de nos ‘recherches historiques’ !

Les seigneurs d’Andlau au XIVème siècle (en deux mots)

Nous avons déjà écrit plusieurs articles sur les Andlau, présents à Ottrott dés les XIIIème siècle, à propos de la chapelle Saint Nicolas d’Ottrott.

1227 Eberhard d’Andlau nous écrit

La Chapelle Saint Nicolas d’Ottrott

Le château du Haut Andlau a été édifié par Eberhard d’Andlau (1250-1264) Mais aussi, et c’est moins connu, le château de Valff, dans la plaine. (fin XIIIème).
Le château d’ Andlau-le-Bas (1334-1340) est édifié dans la ville même. Il est la propriété du vidame Rodolphe d’Andlau, qui en fait don à l’évêché de Strasbourg.
Le château de Spesbourg ne revient aux Andlau qu’en 1386, à la mort du dernier von Dicke. (voir notre article : L’étrange mort de Walther von Dicke à la bataille de Sempach.)

A la même période, à Ottrott, les Andlau et les Rathsamhausen semblent se disputer la propriété du château de Lutzelbourg.

Le lecteur intéressé se reportera pour plus de détail à l’ excellent article de Nicolas Mengus, cité dans nos sources.

La paix castrale de 1340

Il semble qu’en 1340, les Andlau aient décidé d’habiter le château d’Andlau-le-Bas, tout juste terminé. Comme les Landsberg à Niedernai, les seigneurs d’Andlau préfèrent leur résidence de plaine aux châteaux de montagne, moins commodes et éloignées des centres de pouvoirs que sont devenus les Villes. Ils confient alors leurs forteresses vosgiennes à des commensaux, des nobles de moindre lignée, qui les représenteront et régiront les châteaux en leur noms et places.

Pour ce faire, ils rédigent alors un règlement de la place forte, la ‘Burgfriede’ qui nous traduisons aujourd’hui ‘paix castrale’. Voici la paix castrale d’Andlau datée de 1340.

CHARTE PLIEE

Visite aux Archives Départementales

Accéder à un tel document n’est pas des plus aisés. Il faut tout d’abord savoir qu’il existe, ce qui implique une lecture attentive de nombreux livres d’histoires. Ensuite, il faut trouver où il est entreposé, puis trouver sa référence. Dans notre cas, nous avons été conseillés efficacement par Jean-Michel Rudrauf, et nous avions la référence : ADBR série 39 J n° 32.

Il nous a suffi alors de gagner le magnifique bâtiment des Archives Départementales à Strasbourg. Quelques minutes après notre demande, l’employé nous remet le document en question.

Ouvrons donc cette liasse…

CHARTE DEPLIEE

Le document comporte deux parchemins. En fait ce sont deux versions du même texte. Quelques détails d’orthographe diffèrent ainsi que l’orthographe de plusieurs noms propres. En bas de chaque document de nombreux sceaux de cire jaune ont été apposés.

On peut lire ceci :

TEXTE VUE D’ENSEMBLE

Reconnaissons-le, l’accès n’est pas immédiat. C’est écrit en caractères gothiques, c’est en vieil allemand…Alors, il nous faut photographier, avec minutie, les deux documents, ainsi que les sceaux pour pouvoir les étudier à loisir, lorsque nous serons de retour à Ottrott. Merci à Sandrine et Etienne pour leur patience !

Le début du texte

‘Alle den disen brief sehent oder hoerent lesen dir sollent wissen das wir Heinrich von Andelahe ein ritter und mine sunes Heinrich Friederich und Rudolf Rudolf der Vitztum ein ritter und mine sunes Eberlin Rudolf und Heinrich Rudolf der junge et mine bruder Heinrich und Peterman auch von Andelahe uber ein komen sint der dinge so hie noch geschriben…’

Le texte se poursuit de la sorte sans ponctuation sur l’ensemble du parchemin.

Cette introduction nous donne les noms des décisionnaires de cette paix castrale, ainsi que leurs liens de parenté.

‘ Que tous ceux qui voient cette lettre ou bien l’entendent lire sachent que, nous, Heinrich d’Andlau, chevalier, et mes fils Heinrich, Friederich et Rudolf, que Rudolf le Vidame, chevalier, et ses fils Eberlin, Rudolf et Henrich, que Rudolph le Jeune et ses frères Heinrich et Peterman, de la famille d’Andlau, se sont réunis et ont fait écrire les points suivants.’

Dans le paragraphe suivant, nous apprenons les lieux concernés par cette paix castrale.

‘Cette paix concerne le château d’Andlau (das Huss) ainsi que la montagne qui en dépend, ainsi que la vallée de l’Andlau comprise dans le ban. La paix castrale vaut également pour Valff, le château de Valff et le ban de Valff.’

Château d’Andlau

Plus loin, on trouve les noms des commensaux qui auront la responsabilité de faire respecter les termes de la chartre.

Le burgrave de Doroltzheim, chevalier, et Heinrich Kresser de Kogenheim, d’une part
Wilhelm de Griffenstein, chevalier, et Johannes Botzheim, bourgeois de Sélestat, d’autre part
( Note : le dernier nom diffère sur le second document où on déchiffre difficilement Johansen Maczheim )
Hartung de Wangen, chevalier, est lui nommé commandant du château.

Ces cinq personnes (Ratleute) forment le conseil qui régira la place. S’ensuivent les règles de prises de décision, de changements éventuels du texte, de règlement des différents conflits qui adviendraient. Les délais des plaintes et des règlements des conflits sont précisés. Ces règles s’appliquent aux deux châteaux qui doivent rester liés aux biens du vidame Rudolf (Andlau-le-Bas).

Les sceaux qui ornent les parchemins

Le premier document porte vingt six sceaux, le second vingt et un. Les sceaux manquant ont pu être perdus. On y retrouve bien entendu les marques des onze membres de la famille d’Andlau qui font rédiger la paix castrale.

Voici parmi les sceaux les mieux conservés, les plus marquants :

On retrouve également les sceaux des cinq bénéficiaires, et aussi ceux des différents témoins et garants de la paix castrale. En voici quelques uns.

  • Très cher PiP, tout ceci est fort intéressant. Mais d’habitude, tu nous parles plutôt des châteaux d’Ottrott. Alors pourquoi le Haut-Andlau aujourd’hui ?
  • J’y viens, j’y viens… En fait, nous sommes toujours à la recherche du pourquoi de l’écusson mystérieux qui orne un des corbeaux du logis du Lutzelbourg. Nos lecteurs les plus attentifs s’en souviennent, nous étions sur la piste de liens entre les Rathsamhausen du Lutzelbourg et la famille des Stange d’Obernai. ( voir les chapitres précédents.)

Cuntze Stange von Ehenheim

Et bien, un membre des Stange d’Obernai est cité par deux fois dans cette paix castrale. Cette partie du texte est confuse et donc pas totalement claire à mes yeux, je vous livre ce que j’ai compris.

Les Andlau forment une alliance en cas de conflit avec d’une part les Landsberg, Beger et Weppermann, d’autre part les Murnhart. En cas d’incompréhension, on échangera des messages et des lettres, tout sera fait pour désamorcer une crise.

Dans ce paragraphe, Cuntze Stange von Ehenheim est cité en tant que garant des Andlau.

‘Moi, Heinrich et mes fils Heinrich, Friederich et Rudolf, Rudolf le Jeune et ses frères Heinrich et Peterman, héritiers du jeune seigneur Heinrich de Dicke, Cunrat Rausern de Landsberg, Johannes de Scharrach, Johannes Brunschen, Jacob Schoeken, chevalier, et Cuntze Stange d’Obernai, écuyer, ainsi que le vidame Rudolf et ces fils, nos garants…..’

Voici le texte exact :

Bigre ! Nous étions à la recherche de liens de parenté pour cette famille, et nous ne trouvons que six mots perdus dans une longue phrase sans rapport avec nos châteaux. La seconde citation est encore plus brève.
Certes, nous apprenons que Cuntze n’était alors qu’écuyer.

Pour nous mettre un peu de baume au cœur, nous avons retrouvé le sceau des Stange au bas du document. Il nous avait été décrit dans plusieurs armoriaux, mais nous ne l’avions jamais vu.

Le voici, on déchiffre difficilement le nom des Stange, par contre on retrouve bien le pal vertical de notre mystérieux écusson du Lutzelbourg. C’est un petit pas vers la solution de notre énigme.

Les Stange sont bel et bien, dès 1340, des écuyers dignes de figurer sur une paix castrale. Mais nous n’avons toujours pas de preuve de leur lien avec les Rathsamhausen, totalement absents de cette paix de 1340 à Andlau.

Nous continuons nos recherches, nous vous tiendrons informés.

Prochaine piste : les registres obituaires d’Obernai.

La ‘Burgfriedebrief’ se termine ainsi :

‘an dem nahesten fritage noch sankt Jacobes tage des zwolfbotten do man zalte von Gotz geburte druzehen hundert und vierzig jar’

C’était le vendredi qui suivait la saint Jacques l’évangéliste, alors on comptait treize cents et quarante années depuis la naissance de Dieu.

Note : Un siècle plus tard, c’est Antoine Lamprecht, écuyer, qui est le bailli du château de Haut-Andlau. C’est à cette occasion que le château est enlevé de nuit par les soldats de la Ville d’Obernai. Episode amusant que vous pouvez retrouver dans notre article ‘Attaque de nuit du château d’Andlau’.

Illustrations

Lithographie du Haut Andlau, Rothmüller, 1839
Note : sur cette lithographie, remarquez la porte à pont-levis précédée d’un longue rampe d’accès. A rapprocher de l’entrée de notre Lutzelbourg.

Plan de situation, PiP
Photographies des textes et sceaux, SaB et EtF
Lithographie d’après Imlin, 1816
Le château d’Andlau vu du ciel

Sources

N. Mengus, Les Sires d’Andlau au temps des châteaux forts, 2016
J.M. Rudrauf, L’histoire du château du Haut Andlau, 2016
J.M. Rudrauf, Les Châteaux Forts autour du Mont Sainte-Odile, 2018
*11 litho selon imlin
Merci à Sandrine et Etienne pour leur méticulosité.
Merci à Jean Michel Rudrauf pour ses conseils.
Merci à Nicolas Mengus pour son aide.


Nous sommes à la recherche d’un étudiant en Histoire Médiévale pour renforcer notre équipe !
Contactez nous !

Archéologie au Lutzelbourg

Nos fidèles le savent, les Amchott remontent un mur de la rampe d’entrée du Lutzelbourg, afin de pouvoir l’an prochain effectuer des travaux à l’intérieur du château. Ce qu’ils ne savent peut-être pas, c’est que la Direction régionale des Affaires Culturelles nous a demandé d’effectuer une étude archéologique de la rampe avant tout travaux.

Nous avons donc ouvert une tranchée et effectué un sondage et analysé les résultats. Nous remettons, ce mois, le rapport de notre activité archéologique. Cet article vous donne, en primeur, les grandes lignes de ce rapport. Nous tenions à ce que nos Amis des Châteaux d’Ottrott soient les premiers informés.

Sondage Archéologique

Rampe d’accès au Château de Lutzelbourg
Date d’intervention : juin 2018
Arrété SRA N°2018/A 168

Au mois, de juin, nos bénévoles ont donc laissé les pelles et pioches pour le râteau et la truelle. Il ne fallait pas détruire les éléments du site avant leur relevé. Merci à tous ceux qui ont patiemment travaillé au sondage.

Ensuite, nous avons formé une petite équipe Sandrine, Mathilde, Aurélien, Dorian, Etienne et PiP, qui a analysé les résultats. Nos étudiants ont effectué les relevés au 1/20 de la rampe : les dessins mesurent plus d’un mètre de longueur ! bravo à eux ! Puis, nous avons tous les cinq, trié et analysé les tessons, objets ferreux et morceaux de verre. Nous avons lu les textes de nos prédécesseurs, recherché les images anciennes de la rampe. Nous avons réfléchi (sic) et enfin écrit le fruit de nos réflexions.

Observation du Bâti

La rampe d’accès au château de Lutzelbourg mesure près de 22 mètres de longueur, pour une largeur moyenne de 3,5 mètres. Elle mène de la barbacane du château, en contrebas, à la porte à pont-levis : le dénivelé est de 5 mètres 20.

La rampe est enserrée de deux murs. Si, par endroit, le mur Ouest domine encore de plus de deux mètres le chemin de la rampe, le mur Est est aujourd’hui beaucoup plus bas. Au sud, il ne surplombe le chemin que de quelques dizaines de centimètres. Au nord, une vaste brèche s’est ouverte. Un cône de déjection s’est formé en contrebas dans la barbacane.

Sous la rampe, un passage souterrain permettait de passer de la barbacane à l’esplanade sud du château. Il est aujourd’hui partiellement muré.

Nous avons étudié :

  • Le mur Est de la rampe
  • Le mur Ouest de la rampe
  • Le passage sous rampe
  • La coupe stratigraphique du cône de déjection
  • Le cheminement sur la rampe
  • La porte au pont-levis.

Il n’est pas question de donner ici l’ensemble du rapport. En voici quelques éléments.

Mur Est de la rampe

Au nord, un contrefort muni d’un parement en pierres à bosse. C’est sur ce contrefort que s’appuie la porte au pont-levis qui domine la rampe. La porte au pont-levis était précédée d’une fosse aujourd’hui comblée. Un mur délimite cette fosse à l’est. Petit appareil, peu soigné. La section suivante est effondrée, couverte de végétation. Un vaste cône de déjection couvre sa base. Seules deux à quatre assises sont visibles.

Cette section ne fait pas partie de notre étude. Elles seront relevées lors de la prochaine campagne de travaux.
La section étudiée s’étend du passage souterrain sous rampe jusqu’à l’extrémité sud de celle-ci.
Le mur a été réalisé en totalité en grès de type poudingue de Sainte-Odile.
Cette construction prend appui sur le socle rocheux.

Mur Ouest de la rampe

Contrairement au mur opposé, le mur Ouest de la rampe du Lutzelbourg est conservé en élévation une bonne partie de sa longueur. Il est appuyé au nord sur le rocher qui porte les fausses braies du château. La hauteur maximum relevée est de 2.30m au dessus du cheminement. Le mur a été réalisé en totalité en grès de type poudingue de Sainte-Odile. Cette construction prend appui  sur le socle rocheux.

Coupe stratigraphique du cône est de la rampe

Le sondage a été effectué, conformément aux indications de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, de façon à dégager la partie gauche de l’arche du passage sous rampe. L’ arche a été étayée. La profondeur indiquée a permis d’atteindre le niveau estimé du seuil du passage.
Le cône de déjection comporte de nombreux blocs de pierres, de nombreuses tuiles, des tessons de poteries en grand nombre et des ossements de cheval.
Au fond de la tranchée, coté nord, nous avons dégagé la base d’un muret.

Porte dominant la rampe

La porte au pont-levis domine la rampe d’accès.
Cette porte et la rampe d’accès forment un tout : lors de l’extension du château du Lutzelbourg après l’apparition des premières armes à feu, le cheminement d’accès a été remodelé pour améliorer la défense du château en s’adaptant au nouvel armement. Le dispositif de défense et le décorum de la porte permettent de dater cet ensemble de la fin du XVème siècle avec réaménagement de l’ensemble au siècle suivant.

Inventaire du mobilier trouvé lors du sondage

Lors du sondage effectué en juin 2018, ont été mis à jour les éléments suivants.

D’une part des pierres et tuiles :

  • Trois pierres taillées
  • Des pierres de parement du mur est de la rampe
  • De nombreuses pierres sans forme, éléments de blocage du mur
  • De nombreux fragments de tuiles

D’autre part, du mobilier archéologique :

  • De nombreux tessons de céramique
  • Quelques objets ferreux
  • Des fragments d’objets en verre

Et enfin, des ossements en grand nombre

Mobilier Archéologique

Le mobilier recueilli lors du sondage semble dense. Nous avons dénombré 1286 tessons de poteries diverses, 43 objets ferreux, 66 fragments de verre pour un volume excavé d’environ 11m3.

Inventaire tessons

Les tessons retrouvés sont pour la plupart de petites dimensions. Nous ne proposons ici que les photographies des éléments les plus marquants.

Les objets sont essentiellement des pièces de vaisselle : pot, cruche, assiette, jatte, cruchon, gobelet, coupelle, caquelon tripode, albarelle…. De prime abord et dans leur grande majorité, les fragments décorés semblent tardifs : XVII et XVIIIème siècles. Les fragments de kachelofe vernissés verts, peu nombreux, sont plus anciens (XV ou XVIème).

La pièce la plus intéressante est cet angelot situé dans un écoinçon d’un carreau de Kachelofe.
Le décor est identique à celui du carreau de poêle exposé au Musée Historique de Strasbourg, représentant saint Pierre, datée de la fin du XVIIème siècle.
Il est aussi à rapprocher de plusieurs pièces exposées au musée d’Haguenau (série des apôtres ), fin XVIIème siècle

Inventaire objets ferreux

Nous avons trouvé vingt clous forgés, deux anneaux, une faucille, un couteau, un fragment de serrure et une vingtaine d’autres objets en fer.

Inventaire objets en verre

Si les fragments de verre plats sont les plus nombreux (56), le sol recelait des cols et des fonds de flacons et de coupelles. Nous avons également trouvé un fragment d’aquamanile.

Inventaire ossements – sondage Mur Est rampe du Lutzelbourg –
N° Op. 017064

Nous avons recueilli de nombreux os de chevaux lors du sondage. Le dénombrement indique que pour le moins dix équidés dorment au pied de la rampe du Lutzelbourg dans le secteur étudié. Bigre !

Phases de construction

Au XVème siècle, l’entrée du château est jugée insuffisamment défendue au vu des armes nouvelles.
La porte du haut château est laissée en l’état, mais complétée par une deuxième porte située dans un axe perpendiculaire à la première. Cette porte, le contrefort sur lequel elle s’appuie, le pont-levis et la rampe sont contemporains.
A cette époque, la fosse sous le pont-levis est fermée coté Ouest, un accès aux fausses braies sud étant ménagé. Elle est ouverte coté Est. On retrouve une configuration analogue de fosse ouverte au Birkenfels, si ce n’est que la rampe y est accolée à la chemise du château et non face à la porte.
Les murs dominent la rampe de plus de deux mètres. Les quatre mètres devaient être atteints au niveau de la porte.
Au début du XVème siècle, le château est à la famille de Rathsamhausen, après un long imbroglio juridique avec les Andlau, dont nous avons conservé la trace.( Chartre de Wenceslas en 1392, charte de Ruprecht en 1401 et chartre de Sigismond en 1414 ). Dans le premier texte, le château est qualifié de ‘Burgstal’, il devait être fort endommagé. Ce sont donc les Rathsamhausen qui ont entrepris cette fortification de l’entrée du château. Les fausses braies ont du être construites à la même période.

Au XVIème, la partie haute de la porte a été modifiée. L’idée du pont-levis aurait été abandonnée dès cette époque et la fosse comblée. Pour ce faire, le mur Est qui, à l’origine, s’arrêtait à la fosse, a été prolongé jusqu’au contrefort de la porte. Le poste de tir situé au dessus de la porte a été aménagé. Le dispositif de levage du pont-levis a été démonté.

Postérieurement, la partie sud de la rampe a été reconstruite à plusieurs reprises.
Pour le mur Ouest, pour le moins deux campagnes.
Pour le mur Est, vraisemblablement plus.

Le passage sous la rampe

Le passage sous rampe a été muré, ou plutôt transformé en un petit réduit d’une surface d’environ 5m² 25.
Un dessin de Louis Laurent-Atthalin montre qu’en 1836, une maisonnette avec un toit une pente était adossée à la rampe du Lutzelbourg. Cette bâtisse était toute proche de la maison du Lutzelbourg qui abrite aujourd’hui l’Association. Elle s’ouvrait par une porte et une fenêtre sur l’esplanade du château.

Le passage muré était alors derrière cette maisonnette, sans doute faisait-il office de cave.
Un corbeau est encore présent sur le mur Ouest, à droite du passage. Il est situé légèrement au dessus du niveau de l’arche. Un décrochement est visible, au même niveau, dans le rocher situé plus au sud. Le rocher et le corbeau pouvaient porter une poutre maîtresse de cette maisonnette.

Selon l’inscription présente sur la Maison Forestière de Rathsamhausen, Wolf Christoph de Rathsamhausen fait construire cette dernière en 1733. Selon C.L. Salch, le domaine est alors transformé en ferme , où on élève des chevaux.
La maisonnette dessinée par Laurent-Atthalin serait un des bâtiments de cette ferme, le passage sous voûte serait devenu sa cave. Ce qui nous permet de proposer, sans certitude, la fermeture du passage sous rampe à la moitié du XVIIIème siècle.
Le crépi présent sur la partie sud du mur Ouest peut être contemporain.

Points en suspens

La rampe était-elle couverte ?

Dans son fascicule, Max Herbig écrit en 1903 que la rampe était couverte. Cette affirmation nous étonne autant qu’elle a surpris Thomas Biller. Les éléments encore en place ne permettent pas d’étayer cette thèse, ni de l’infirmer.
Si nous avons retrouvé lors du sondage un élément de chéneau au pied de la rampe, rien n’indique qu’il en provienne. Ceci parait cependant peu vraisemblable. Si la rampe était couverte de tuiles et munie d’un canal de récupération des eaux, on ne voit pas où ces eaux auraient été conservées.

Rôle défensif de la rampe

Nous n’avons pas, à ce jour, trouvé d’éléments d’archères, ni de merlons, au pied de la rampe, les murs semblent avoir été droits et aveugles.
La rampe domine donc la barbacane sans que les défenseurs puissent l’utiliser en cas d’attaque. Ceci peut surprendre.

Les squelettes de chevaux

Pour le moins, les restes d’une dizaine de chevaux sont présents au pied de la rampe du Lutzelbourg.
Lors de la fouille des citernes des châteaux, Charles-Laurent Salch dit avoir retrouvé 18 squelettes d’équidés.
Lors de l’entretien des ruines, après chaque forte pluie, les bénévoles de l’association trouve des os disséminés dans les fossés des châteaux.
L’hypothèse de monsieur Salch d’un élevage dans les ruines semble des plus plausibles. Mais comment expliquer ses os, abandonnés, disséminés, sur le site des châteaux ?

Avant le début du XIXème siècle, la viande de cheval n’était pas consommée. Les chevaux étaient uniquement élevés pour leur force de travail. Le troupeau des Rathsamhausen a pu être éliminé lors d’une épidémie. Autre hypothèse, les Rathsamhausen ont préféré abattre leurs bêtes plutôt que les laisser aux mains des Révolutionnaires lors de leur passage en Allemagne pour rejoindre les troupes royalistes.

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Notre rapport est beaucoup plus fouillé et complet que cette courte présentation : nos jeunes ont beaucoup et bien travaillé. Les personnes qui souhaitent en savoir plus se tourneront vers l’Association des Amis des Châteaux d’Ottrott pour en savoir plus : amchott@orange.fr

Les Amchott souhaitent poursuivre cette étude en l’étendant à la zone située sous la brèche du mur.

La porte insolite du donjon-palais du Rathsamhausen

L’an passé, nous vous avions proposé une ‘visite’ du second étage du donjon-palais du Rathsamhausen. Les deux cheminées romanes, la porte ouvragée, les baies romanes y sont toujours en place, somptueuses, à plus de seize mètres du sol. (pour en savoir plus, cliquez sur le lien).
Aujourd’hui, nous nous intéressons au premier étage de ce même donjon carré. Plus précisément, nous nous finirons par la porte de la bretèche nord, pour le moins étonnante.

Vue d’ensemble du premier étage

Voici un plan schématique de ce niveau.

Si le second niveau a peu évolué au cours des siècles, le premier étage a subi de nombreuses modifications. Nous avons représenté en bleu foncé le projet initial.

Mur Nord

L’accès se faisait à partir de la cour romane. Un escalier de bois montait à une petite bretèche (9). La porte (1) est située dans l’angle nord ouest du donjon.
Une vaste cheminée romane occupe une bonne part du mur.
Un dispositif de chauffage (2) est inclus dans l’épaisseur de la muraille. Il s’agissait d’un brasero chauffant la pièce et alimenté de l’extérieur sur une petite bretèche (8). Ce dispositif existe également au deuxième étage, nous l’avons décrit dans l’article cité ci-dessus.
Une double baie romane éclaire la pièce (3). (voir notre article dédié à cette fenêtre)

Mur Est

Deux fenêtres identiques à celle du mur Nord (3 et 4) s’ouvraient au dessus du toit du logis roman.

Mur Sud

La porte (5) donne accès à la petite bretèche sud (8), qui devait porter des latrines.
Deux baies romanes identiques aux précédentes (3) sont toujours présentes. Une troisième a été démontée lorsque fut créée la baie renaissance (6).

Mur Ouest

Situé du côté prévisible de l’attaque, le mur est complètement aveugle.
Sur notre schéma, les extensions (1260-1350) ont été figurées en bleu ciel. A l’est, on double le mur du logis jugé trop faible. A l’ouest, la deuxième enceinte vient s’adosser au donjon-palais.

Les corbeaux à liserets

Les Travaux des Müllenheim

Les transformations les plus importantes ont lieu au XVIème siècle. (elles sont figurées en couleur rose sur le plan).
En 1477, conséquence probable du complot avorté de Jacques de Hohenstein, le château passe à Daniel de Müllenheim, son gendre. De 1521 à 1540 , les fils de ce dernier, Christoph et Caspar effectuent des travaux parfois qualifiés ‘d’embellissement’. Jugeons en !

Sur le mur sud, deux vastes fenêtres, en arcs surbaissés, sont ouvertes.
Sur le mur est, une des doubles fenêtres est murée, la seconde est transformée en porte qui permet de rejoindre l’étage du logis, qui a gagné un étage entre-temps.
Nous étudierons plus avant les modifications apportées au mur nord.

Sur la moitié est de la tour, les Müllenheim décident de partager l’espace également en hauteur. En effet, la hauteur de la salle primitive était de 4 mètres 90 ! Un plafond intermédiaire est posé à 2 m 60 du plancher. Plusieurs corbeaux ont été ajoutés sur les murs nord et sud, juste au dessus des fenêtres romanes. L’ensemble devait être couvert d’un genre de toiture, comme l’indique l’arrachement bien visible sur le mur nord.

En fait ‘d’embellissement’, il semble que les Müllenheim aient plutôt effectués des travaux de confort en réduisant la hauteur sous plafond, en créant une porte de communication avec le logis et en ouvrant des baies plus lumineuses sur la façade sud.

Au demi étage supérieur, deux nouvelles fenêtres ont été ouvertes à l’est.

Selon l’étude de Thomas Biller, il semble que l’espace ait également été cloisonné en plusieurs pièces. Nous avons reporté en rouge sur notre schéma l’emplacement des cloisons proposées par Thomas.

Modifications sur le mur Nord

Sur le mur nord, une nouvelle porte a été créée. Bizarrement, celle-ci chevauche d’un bon tiers la cheminée romane. Bigre !

L’esthétisme est discutable. De prime abord, on comprend mal le besoin d’un tel saccage… Tentons une explication ! Initialement, le dispositif de chauffage par brasero (2) était alimenté à partir de la bretèche (8). On devait atteindre celle-ci à partir de la cour par une échelle, ou un escalier de bois. La cour romane a du être jugée trop exiguë, ou bien l’accès au brasero trop difficile. On a prolongé la bretèche vers l’ouest, d’où les corbeaux ajoutés. On a ouvert cette porte, condamnant ainsi la cheminée, ou tout du moins en réduisant son efficacité. Les Müllenheim devaient résider dans la moitié est du donjon-palais et avaient délaissé cette cheminée à feu ouvert. Les cloisons décelées par Thomas Biller étaient bien réelles et bien utiles !

Une question reste posée… Si les Müllenheim délaissent cette cheminée, pourquoi gardent-ils le dispositif à base de brasero ? Celui-ci ne devait pas apporter un réel confort. On comprendrait plus facilement une préférence pour les bons gros kachelofe, ces poêles de faïence alsaciens, beaucoup plus efficaces. (voir notre article sur le kachelofe aux armes des Müllenheim). Au deuxième étage du donjon carré, le dispositif a été muré… pas au niveau étudié aujourd’hui. C’est étonnant.

La porte de la bretèche

La porte ainsi créée était donc purement utilitaire… Juste utilisée par les valets pour desservir le brasero, on comprend mieux le peu de soin apporté à sa réalisation. Voici quelques photographies de cette porte.

Coté intérieur : aucune pierre taillée, juste des moellons équarris.

Coté extérieur : le tour de la porte de forme ogivale est constitué de pierres taillées. Sans être parfaite, l’apparence est plus soignée qu’à l’intérieur.

Voûte : seuls les premiers claveaux sont taillés. Le reste de la voûte est constitué de moellons.

Fin du fin, une des pierres du montant de l’encadrement est un réemploi étonnant. Jugez par vous même ! Il s’agit d’une base de colonne. Les Müllenheim ont vraisemblablement réutilisé le pied d’une colonnette de leur magnifique cheminée romane, ainsi mutilée.

Les frères Christoph et Caspar de Müllenheim ont construit à l’économie sans respect pour le travail d’artistes des créateurs du donjon-palais !

Leurs travaux n’étaient qu’utilitaires… Pfff ! …

Sources

T. Biller, Ottrotter Schloesser, Band 2, 1975

G.Bischoff, J.M. Rudrauf, Les châteaux forts autour du Mont Sainte-Odile, 2019

Illustrations

Dessin de l’intérieur du Rathsamhausen, Louis Laurent-Atthalin, 1836

Photographies, EtF et PiP

Schéma des lieux, élévation du mur nord, relevé de la porte, PiP

Un grand Merci à Etienne qui m’a bien motivé et aidé pour cet article.

Le Blason mystérieux du Lutzelbourg (suite)

Voici quelques semaines, nous publiions un article concernant le mystérieux blason du Lutzelbourg.
Ce blason se trouve par deux fois dans le logis nord du Lutzelbourg. Il fait partie des neuf écus sculptés sur les cinq corbeaux armoriés de la salle d’apparat du logis.

Blason des Rathsamhausen : cinq occurrences. (1,2,2,3,5)
Blason des Hohenstein : deux occurrences. (1,2)
Blason non identifié : deux occurrences. (1,4)

Les armes des Hohenstein et des Rathsamhausen s’expliquent aisément : Lucia de Hohenstein était la mère des trois frères Hartmann, Egelolf et Johann de Rathsamhausen, seigneurs des lieux de 1393 à 1414.
C’est sous leur autorité que fut édifié le logis nord du château où se trouvent les corbeaux armoriés.

Résumé des épisodes précédents

Nous ne connaissons malheureusement pas les couleurs des armoiries représentées, mais juste cette forme en pal sur fond uni. Dans l’article sus cité, nous avions évoqué quelques familles alsaciennes, palatines ou badoises dont les armoiries correspondent à cette forme.

  • famille de Leyen
  • famille de Kettenheim
  • famille Hase de Dienlich
  • famille d’Epfich

Nous avions écarté les Leyen pour des raisons de dates, les Kettenheim et les Hase pour des raisons de distance et leur manque de lien avec les alentours d’Obernai. L’hypothèse de la famille d’Epfich semblait la plus séduisante.

Monsieur Rudrauf, historien reconnu et membre des Amis des Châteaux d’Ottrott, nous a mis sur une autre piste : la famille des Stange d’Ehenheim.

Nous tentons aujourd’hui de mieux connaître les Epfich et les Stange afin d’identifier notre mystérieux blason du Lutzelbourg.

Famille Stange d’Obernai

Selon Joseph Gyss, historien de la Ville d’Obernai, les Stange apparaissent dès le 13ème siècle parmi les familles nobles de la ville. Ils sont cités dans plusieurs chartres qui concernent les abbayes de Hohenburg et de Niedermunster.

C’est ainsi qu’un Fridericus Stangerus assista comme témoin à la transaction conclue en 1232 entre l’abbaye de Hohenburg et la Ville de Rosheim. Le même Fridericus Stangen, chevalier, signa aussi la transaction conclue en 1237 par l’abbaye de Niedermunster avec le chevalier Louis de Rodesheim. Enfin Waltherus et Fridericus Stangen, fils, figurent comme arbitres dans une autre transaction conclue en 1262 entre l’abbaye de Hohenburg et la ville de Rosheim.

Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai

Le nom des Stange pourrait provenir d’un lieu-dit du même nom, situé à l’ouest d’Obernai, à l’écart du faubourg de la Merzgasse, au delà du pont sur le canal des moulins. A cet endroit se dressait une petite chapelle dédiée à la Vierge : on la surnommait la ‘Stangenkapelle’. ‘zur Stangen vor Mertzgasse der obern Brücke gelegen’.

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Au quatorzième siècle, les Stangen faisaient toujours partie des familles nobles de la Ville. Un certain Cunon, conseiller de la Ville, en fut même expulsé en 1339.

Une chartre datée de 1340 confirme une paix castrale entre Heinrich d’Andlau et Rudolf le Jeune ( thèse de Nicolas Mengus). Cette chartre est cosignée par Cuntz Stange von Ehenheim. (On trouve le prénom Conrad chez Kindler von Knobloch, ainsi que dans le registre des fondations obituaires d’Obernai).

Selon le dessin de Kindler, les armoiries des Stange d’Obernai étaient un pal vertical, similaire à celui de notre blason mystérieux. ‘Eine Stange’ signifie une barre, il s’agit donc d’armes parlantes. Kindler n’indique malheureusement pas les couleurs du blason.

Note : On trouve également des Stange à Rosheim, Marmoutier, Strasbourg et à Haguenau. Il s’agit peut-être de la même famille, mais selon Kindler, les armoiries seraient différentes.

Famille d’Epfich

Epfig est un gros bourg situé à quelques kilomètres au sud d’Obernai. Une famille de ministériels a porté ce nom au moyen âge.

Nous avions cité quelques membres de cette famille dans notre précédent article. (Source B. Herzog)

  • Peter von Epfich, féal des Lichtenberg en 1361.
  • Walter von Epfich, soldat en1377.
  • Friedrich von Epfich en 1381 et 1408.
  • Jakob von Epfich en1332.

K. J. Smith apporte quelques éléments :

Jean d’Epfich aurait été conseiller à Strasbourg en 1243. Thierry en 1286, Frédéric en 1408.

Il cite également un Frédéric, chanoine de la Collégiale de Saint-Michel à Rhinau en 1381.

Plus précis, Kindler von Knobloch nous en dit plus :

  • Dietrich marie sa fille Hedwig à Truchsterheim, 1226
  • Conrad est prêtre à Dorlisheim, 1332, puis à Rhinau, 1341, enfin à Colmar 1336-37-42
  • Clara est prieure à Sainte-Elisabeth, 1346-59
  • Creda est prieure à Saint-Marc, 1367, puis abbesse à Sainte-Claire,1381-87
  • Friedrich est cité à Remagen, 1381
  • Lückelina est prieure à Sainte-Marguerite, 1414
  • Peter est doyen à Saint-Pierre le Vieux en 1447

Les Epfich siègent au conseil de Strasbourg de 1296 à 1418. Ils sont également présents à Colmar, Guebwiller, Sélestat, Molsheim et Obernai.

Lisons maintenant que nous dit Josef Gyss à propos des Epfich qui résidaient à Obernai.

‘Les nobles d’Epfich séjournaient aussi dans la Ville (d’Obernai) au quatorzième siècle, en qualité de bourgeois indigènes. L’écuyer Döldelin d’Epfich fut du nombreux des conseillers expulsés en 1339. Mais en 1348, il siégea à nouveau parmi les membres du conseil. Nous avons déjà parlé de George (Gerige) d’Epfich, membre du conseil qui subit la peine de bannissement en 1391, mais qui quatre ans après figure de nouveau parmi les notabilités de la Ville. En 1386, l’écuyer Antoine d’Epfich et son épouse Enneline de Lupfenstein achetèrent des Pilgrin des rentes sur des maisons situées dans le Pilgrinsgasse. Le registre des fondations obitulaires marque aussi le décès des deux époux, avec l’observation qu’Enneline avait été veuve de Cunon de Mittelhus.’

Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai

Conclusion

Voilà deux familles nobles installées comme des Rathsamhausen à Obernai et dans les environs. Les Epfich et les Stange côtoient les Rathsamhausen au sein des mêmes conseils, ils les connaissent. Les Epfich comme les Stange ont pu être reçus au château de Lutzelbourg, tout proche. Ces familles nobles avaient des intérêts communs. Un mariage avec les Rathsamhausen devait être recherché…

Kindler von Knobloch cite dans son Livre d’Or de Strasbourg les alliances connues entre les familles.

  • Pour les Epfig : Kindler cite une trentaine d’alliances, dont les Balbronn, les Guirbaden, les Schenck d’Obernai, les Steinhaus de Dambach, les Zorn…. Pas de Rathsamhausen…
  • Pour les Stange, seules deux familles citées : les Bach et les Burggraf de Dorlisheim.
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Nous n’avons rien trouvé de plus…

Lequel des frères Hartmann, Egelolf ou Johann de Rathsamhausen est marié à une demoiselle d’Epfich ou une demoiselle Stange von Ehenheim ? Nous n’avons pas de réponse à ce jour.

Si ces deux familles, Epfich et Stange, semblent des pistes fort crédibles, nous n’avons toujours pas de certitude, nous n’avons percé le secret de notre blason mystérieux du château de Lutzelbourg.

Les recherches se poursuivent.

Sources

Registre des Fondations Obituaires, Archives Municipales Obernai, GG14

B. Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592

Bucelinus, Germania topo-chrono-stemmatographica sacra et profana opera, 1670

O. Lorenz, Geschichte des Elsasses, 1871

J. Kindler von Knobloch, Das goldene Buch von Strassburg, 1884-85

J. Gyss , Histoire de la Ville d’Obernai, , 1866

M. Herbig, Ottrotter Schlösser, 1903

K. J. Smith, Nobiliaire d’Alsace, 2018

Illustrations

Photographies, FrP et PiP

Dessins des blasons anciens sauf Leyen, B. Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592

Relevé des blasons du Lutzelbourg, AlP

Un grand merci à Jean-Michel Rudrauf pour son aide précieuse et ses conseils judicieux !

Hum, hum…. Scorpion ou dragon ?

Voilà quelques semaines, je vous présentais ce fragment de carreau de Kachelofe. (poêle de faïence)

Fort doctement, je vous expliquais qu’il devait s’agir d’une représentation de scorpion. Je prenais à témoin le zodiaque d’ Herrade de Landsberg, où le scorpion possède une morphologie étonnante… Les exemples de ce type ne manquent pas : dessins, sculptures, vitraux.. ( Cf. notre article : Le scorpion du Château de Rathsamhausen à Ottrott.

J’étais dans l’erreur ! ‘Mea culpa, mea maxima culpa.’

Plusieurs lecteurs m’avaient fait part de leurs doutes et optaient pour le dragon. Mais je persistais dans mon erreur. ‘Errare humanum est, perseverare diabolicum’, disait Sénèque et plusieurs autres…. Bigre !

J’ai eu récemment le bonheur de rencontrer monsieur Salch, fin connaisseur des châteaux d’Ottrott. Lors des longues années de travail à Ottrott, l’équipe de bénévoles a trouvé un carreau de faïence présentant le même motif. Ce carreau est complet, il doit provenir du même poêle. En voici le relevé.

Il s’agit d’un magnifique dragon ailé crachant le feu.

Mille excuses pour cette erreur et merci aux lecteurs attentifs qui m’avaient repris. Ils avaient bien raison.

Pour me faire pardonner, voici quelques images des kachelofen présentés au Château du Haut-Koenigsbourg. Nos anciens avaient bien du talent, ces poêles sont magnifiques.

Promenons-nous aux châteaux d’Ottrott vers 1830

Qui sont ces promeneurs endimanchés ? et où leur promenade les a-t-elle menés ? Trois messieurs en redingote, coiffés de chapeaux haut-de-forme, munis de cannes.

Deux dames vêtues de longues robes, chapeaux à fleurs et à rubans, les épaules couvertes de vastes châles. Ce doit être le printemps, il fait encore frais. Dans la prairie un pâtre surveille quelques vaches et une chèvre.

Les châteaux d’Ottrott au début du 19ème siècle

Voici l’ensemble du tableau duquel nous avions tirés nos cinq personnages.

Nos promeneurs sont venus faire quelques pas devant les châteaux d’Ottrott. En fait, ils sont sur le sentier qui mène de la Maison Forestière vers l’Elsberg. Ils doivent être devant le petit kiosque aujourd’hui disparu que les Ottrottois appelaient le ‘Lusthiesel’.

Les habitués des lieux reconnaissent à gauche la Maison Forestière et le château de Rathsamhausen, au centre le château de Lutzelbourg, et puis, tout à droite la vue sur la plaine d’Alsace. Outre le pâtre et son petit troupeau déjà mentionnés, deux paysannes marchent dans le verger sur la gauche du tableau.

La vue est large, aérée. Au début du 19ème siècle, la Maison Forestière était encore une véritable petite exploitation agricole avec des animaux, des près, un vaste verger, et même des cultures. Aujourd’hui, la forêt occupe un espace beaucoup plus important, elle est descendue vers la plaine, les ruines sont cernées de grands arbres.

Le Rathsamhausen

Intéressons nous à la façon dont est représenté le Rathsamhausen.

Si les abords du château sont bien dégagés, le sommet des tours et des murailles est déjà envahi de végétation. Il en va de même des braies. Certains arbres ont une taille appréciable.

Le sommet du donjon-palais présente ses merlons toujours en place côté ouest. Les baies des deux étages d’habitation semblent positionnées un peu trop bas, alors que l’étage abritant les greniers est surdimensionné, ainsi que les fenestrons qui l’éclairent. Curieusement, l’énorme brèche de l’angle sud-ouest, n’est pas représentée, alors qu’elle figure sur nombre de dessins et lithographies de la même époque.

Dissimulé par la végétation sommitale, on devine le sommet du donjon circulaire.

La représentation du logis montre combien cette partie du château a souffert depuis 1830. Plusieurs mètres de muraille se sont effondrés, le conduit de cheminée, bien visible sur le dessin, est aujourd’hui réduit à quelques pierres.

A l’ouest du donjon-palais, les bâtiments situés dans le cour, forge et annexe sont visibles. La tour de flanquement nord-ouest est perdue sous la verdure.

Le Lutzelbourg

Voyons maintenant le château voisin, le Lutzelbourg. Là encore, les murailles sont envahies d’arbustes, voire d’arbres. Les volumes sont respectés. Notre Lutz n’a guère changé.

Le donjon semble encore en excellent état, alors que de nos jours, une large brèche s’est ouverte sur son versant ouest. Les braies et lices ne sont pas visibles.

Un détail amusant attire l’attention, l’artiste a dessiné une porte ogivale à la base du donjon. Liberté du créateur sans doute : les donjons médiévaux ne s’ouvraient pas au niveau du sol mais bien plus haut, et jamais à l’extérieur du château. C’eût été en affaiblir considérablement la défense.

La Maison Forestière

Visiblement, notre Maison Forestière a bien évolué depuis 1830. Certes, la vaste porte de la grange est bien en place. Elle porte toujours la date de 1733 et le nom du possesseur des lieux peu avant la Révolution : Wolf-Christof von Rathsamhausen. Le nombre de fenêtres de la façade est resté le même. Par contre, la toiture actuelle ne présente plus de chiens-assis.

Un deuxième bâtiment, moins élevé, jouxtait l’habitat principal à l’est. Il a aujourd’hui disparu.

La petite maison du Lutzelbourg

A l’autre extrémité de l’image, parmi les arbres, se dresse la maison du Lutzelbourg. Celle-ci fut édifiée peu avant la Révolution, lorsque Wolf Christof a transformé son domaine en une vaste ferme où il élevait des chevaux. Réhabilitée dans les années soixante par l’association de monsieur Salch, la petite maison du Lutzelbourg abrite aujourd’hui les bénévoles de l’association ‘Les Amis des Châteaux d’Ottrott’ qui veille sur le site. Seule la toiture est apparente.

Détail intéressant, une seconde maison construite perpendiculairement à la première est bien visible. Ce bâtiment faisait vraisemblablement partie des bâtiments de la ferme de Wolf-Christof, il était adossé à la rampe d’accès du haut château de Lutzelbourg. Les traces de cette construction, aujourd’hui disparue, sont encore visibles sur la mur de la rampe.

Le tableau du Cabinet des Estampes

L’image que vous venons de vous détailler est une gouache sur papier, référencée CE-XXXIII-116 au Cabinet des Estampes à Strasbourg. Nous remercions les responsables de nous avoir autorisé cette publication.

Cette gouache ne porte pas de date et n’est pas signée.

Elle est cependant attribuée à Valentin Schneegans (1786-1848).

Outre sa qualité artistique, cette image de la première partie du 19ème siècle nous montre nos châteaux d’Ottrott sous un angle parfois oublié. Les Ottrottois d’hier montaient se promener et se détendre aux châteaux. Aujourd’hui les bénévoles ouvrent les ruines tous les mardis (matin) et tous les samedis (journée entière). Ils vous accueillent ! Venez les rencontrer et partager leur passion. Ils vous diront leurs efforts, leurs projets. Vous verrez les progrès déjà accomplis pour sauver les Châteaux d’Ottrott.

Terminons cet article par trois images datant également de la première moitié du 19ème siècle. Les personnes intéressées chercheront les différences entre les diverses interprétations.

Illustrations

Gouache CE-XXXIII-116 du Cabinet des Estampes, Musées de Strasbourg, photographie de monsieur Mathieu Bertola.

Dessin de Louis Laurent –Atthalin, détail

Dessin de E. Matthis

Lavis de Eck

Un Homme Sauvage aux châteaux d’Ottrott !

L’image et le mythe de l’Homme Sauvage figurent parmi les sujets de prédilection des auteurs et des artistes du Moyen Age. Toute l’Europe médiévale connaît cette figure mythique. On la retrouve aussi bien dans les légendes des pays du Nord que dans les romans anglais, bretons ou même italiens. Ce personnage, situé à mi-chemin entre les elfes et les hommes civilisés, est particulièrement représenté dans les contrées germaniques. Le mythe de l’homme vivant seul dans la forêt, loin de la civilisation, se rencontre dans les mythologies les plus anciennes. On le trouve aussi bien dans l’Épopée de Gilgamesh, que dans les légendes grecques sous la forme des silènes et des faunes. Dans la Bible, Nabuchodonosor, roi de Babylone, est puni par Dieu de son orgueil et de sa vanité. « C’est ce qui arrive aussitôt à Nabuchodonosor : les hommes le chassent. Il mange de l’herbe avec les bœufs, son corps est trempé par la rosée du ciel jusqu’à ce que ses cheveux poussent comme des plumes d’aigle, ses ongles comme des griffes d’oiseau » La Bible, Livre de Daniel, 4-30

Les gravures

Les dessinateurs allemands sont nombreux à s’être intéressé à ce thème. Nous avons choisi deux gravures pour illustrer notre propos. La première a été réalisée par Hans Burkmair en début du XVIème siècle. L’Homme Sauvage est un géant couvert de poils. Armé d’un gourdin, il combat avec succès un groupe de soldats bien armés.

Dans un style analogue, voici l’œuvre de Martin Schongauer (~1490). L’Homme Sauvage, pieds nus, velu, nous présente un écu orné d’un lévrier. On peut penser aux armes des Wintzenheim. Il est, lui aussi, armé d’un simple gourdin.

Les tapisseries

Le thème se retrouve dans plusieurs tapisseries de la même époque. Au Musée de l’ Œuvre Notre Dame à Strasbourg, une tapisserie datée de 1420 nous propose plusieurs exemples. Un Homme Sauvage est endormi sous une tente, un autre fait rôtir une volaille. Une Femme Sauvage dresse la table. (sic !)

Dans notre deuxième exemple, une dame de jadis semble chercher à apprivoiser un Homme Sauvage qu’elle tient enchaîné.

Nous avons, dans un autre article, présenté la Tapisserie de Sainte Attale. Lors de sa dernière restauration (1950) un fragment a été détaché de la tapisserie : il représentait un Homme Sauvage entouré d’un faucon et d’une licorne. Voici une image de cet homme, publiée dans le livre de monsieur Ohresser.

Autres représentations

Les sculpteurs de nos cathédrales se sont également saisis du thème. Témoin cette gargouille de la cathédrale de Moulins.

Plus étonnant, plusieurs villes et régions allemandes ont frappé des monnaies où sont figurés des Hommes Sauvages. Voici quelques exemples de thalers de la région de Brunswick.

Le Bal des Ardents

Cette vogue de l’Homme Sauvage eut le 28 janvier 1393 une conséquence inattendue dans le Royaume de France. Nous sommes à Paris, dans l’Hôtel Saint-Pol. La reine Isabeau de Bavière a organisée une fête pour le mariage de sa suivante Catherine. La cour s’amuse, la journée n’est que fêtes et banquet. Le soir venu, vient le bal. Les musiciens emplissent la salle de musique et de chants. Six Hommes Sauvages apparaissent soudain. Ils marchent et crient comme des bêtes. Vêtus de collants, couverts de poils et d’étoupe, ils portent des masques de bêtes. L’effet est saisissant, le succès complet. La cour s’amuse. Bigre ! On connaîtra par la suite les noms des grands personnages qui se sont ainsi costumés : le comte de Joigny, le sire de Nantouillet, Yvain fils de Gaston Phébus, Charles de Poitiers, Hugues de Guisay et le roi de France lui-même Charles VI. Charles a, alors 25 ans. La fête ne durera pas longtemps. On n’y voit guère, le soir tombé, dans l’Hôtel Saint-Pol. Par prudence, on avait fait éloigner les candélabres. Le duc Louis d’Orléans souhaite cependant reconnaître les joyeux danseurs. Il se saisit d’une torche et s’approche de la sarabande. Les costumes s’embrasent instantanément. Poix, poils, étoupe, étoffes fines, les six jeunes hommes sont en feu ! Quatre vont y laisser la vie ! Seuls le sire de Nantouillet et le Roi de France survivront. Nantouillet a pu se jeter dans un chaudron, dans la cuisine toute proche, et le Roi a été sauvé par la présence d’esprit de sa tante, la Duchesse de Berry qui l’a promptement enveloppé dans la longue traîne de sa robe de bal et a ainsi étouffé les flammes.

La santé mentale de Charles VI était chancelante avant ce bal… Le jeune roi est fortement ébranlé par la mort horrible de ses amis. Le duc d’Orléans, responsable de l’accident est son propre frère, éventuel successeur à la couronne. Etait-ce bien un accident ? N’en voulait-on pas à sa personne ? Charles VI régnera encore 29 ans. Il est connu dans nos manuels d’histoire sous le nom de Charles le Fou.

L’Homme Sauvage du Rathsamhausen à Ottrott

Mais pourquoi nous racontes-tu cette histoire, PiP ? Et quel rapport avec nos châteaux ? J’y viens, nous y voilà. Récemment, nous, Amis des Châteaux d’Ottrott, avons nettoyé l’annexe de la forge du Rathsamhausen. Cette pièce où Jacques de Hohenstein et les siens faisaient couler des colifichets en laiton. (cf. notre article ‘La forge du Rathsamhausen). Et bien, Amélie a trouvé un fragment de carreau de poêle. En voici une photographie :

Certes, l’objet a subi les outrages des temps. Mais observez bien. Même longs poils couvrant le corps, même pied humain, nu. Dommage que nous n’ayons pas trouvé l’ensemble du personnage. Le fragment mesure 13 cm de hauteur. La demeure des Hohenstein possédait dans une des salles du Rathsamhausen un kachelofe décoré d’Hommes Sauvages.

Illustrations

La plupart des illustrations proviennent de plusieurs sites Internet. Signalons le site de madame Michèle Aquaron, très complet, bien documenté. Le lecteur intéressé s’y reportera avec bonheur. (www.michele-aquaron.com ) Bal des Ardents, miniature de Philippe de Mazerolles, 15ème siècle Gravure du géant sauvage, Hans Burkmair, XVIème siècle Homme Sauvage à l’écu, Martin Schongauer, ~1490 Photographie du carreau de kachelofe, PiP

Source

H. Haug, L’Art en Alsace, 1962 X. Ohresser, Les tapisseries de l’église Saint-Étienne de Strasbourg, 1968 F. Autrand, Charles VI, 1986

Le logis des seigneurs de l’Hinterlützelburg

Avez-vous remarqué ces deux ouvertures sur le mur est du logis de notre château de Rathsamhausen ?

Côté extérieur, le visiteur pense à des archères. A l’intérieur, elles sont aménagées comme des fenêtres. Elles sont pourtant bien étroites. Alors quoi ? Archères ou fenêtres ?

Nous allons tenter de répondre à cette question. Et plus largement nous vous conterons les évolutions architecturales du logis de la famille de Lutzelbourg, puis des Rathsamhausen au XIIème siècle.


Le logis initial (~1200)


Suite à l’incendie du Vieux Lutzelbourg, Conrad, à moins que ce ne fut son fils Walther, édifie cette immense tour romane qui sera le joyau du futur château de Rathsamhausen. Rapidement, le donjon-palais est complété par la cour romane et un premier logis. C’est à lui que nous nous intéressons aujourd’hui.

Le premier logis devait être fort simple. S’il fut surélevé à plusieurs reprises, il ne comportait à l’origine que deux niveaux. La partie basse est aujourd’hui encombrée des gravats générés par l’effondrement des étages supérieurs. Elle était éclairée par des fenestrons romans de petites dimensions, semblables à ceux du donjon-palais. Cette salle devait servir de salle des gardes et contenir quelques réserves.

Intéressons-nous plutôt au premier étage, qui était l’habitation. Cette vaste pièce était couverte d’une toiture une pente, qui dirigeait les eaux de pluie vers la citerne située dans la cour du château. ( cf. notre article : Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott ). Le sommet des murailles sud, est et nord portait un chemin de ronde dallé et des hourds complétaient le dispositif de défense. Les murs du logis sont adossés, sans ancrage, à ceux du donjon palais. Ceci tend à montrer que le logis est postérieur au donjon-palais, néanmoins la similitude de style des portes et des fenestrons montrent que le délai entre les deux campagnes fut bien faible.


Le premier étage du logis en 1200


Voici le relevé du premier étage. L’accès se faisait au nord à partir de la cour par une porte romane, de même facture que celles du donjon-palais : arc de décharge en plein cintre, linteau monolithe, devant une niche surbaissée. La porte devait être précédée d’un balcon de bois muni d’un escalier, les corbeaux sont encore en place.

Le mur est était éclairé par six fenestrons romans (N° 1 à 6), de même facture que ceux de l’étage inférieur mais de dimensions plus importantes.

Le mur sud en comportait trois ( N° 7 –8 et 9) ainsi que l’accès à une petite bretèche (N° 10) qui portait les latrines du logis, au dessus des fossés.

Il n’y avait pas de communication directe entre le logis et le donjon-palais. On devait passer par la cour pour rejoindre le premier étage de celui ci. L’accès au deuxième étage du donjon est encore plus malaisé : il fallait monter sur le rempart hourdé au nord et accéder à la porte ouvragée en damier par la passerelle de bois située au dessus du toit du logis. Bigre !

Aujourd’hui, on ne distingue pas de partage de la surface en plusieurs pièces. Thomas Biller, dans son étude du château, note cependant la présence vraisemblable d’une cloison de bois est-ouest qui partagerait la surface en deux pièces de dimensions à peu près égales. Il en aurait détecté les traces.


Les modifications de la fin du 13ème siècle


Quelques cinquante années plus tard, la famille de Lutzelbourg s’est éteinte et le château est dans les mains des Rathsamhausen. Les conditions politiques ont changé : à la mort de Frédéric II de Hohenstaufen en 1250, la lutte pour la couronne impériale fait rage entre les tenants du Pape et ceux des Hohenstaufen. C’est le Grand Interrègne.

La situation à Ottrott n’est pas décrite dans les textes, mais à l’est de notre forteresse, une chose est certaine : le château de Lutzelbourg est construit. Il semble menacer le château des Rathsamhausen qui se protègent en creusant les larges fossés et en érigeant le donjon circulaire (Bergfried). A cette occasion de cette campagne, le logis est largement modifié. Renforcé. Voyez vous-même !


Modifications militaires


Le Rathsamhausen primitif attendait plutôt une attaque sur son versant ouest, côté montagne. L’apparition du Lutzelbourg à l’est change totalement la donne. Le logis avec ses murailles d’un petit mètre d’épaisseur, semble bien fragile face à la menace du donjon et aux murs crénelés de son nouveau voisin distant de 70 mètres tout au plus ! On creuse les fossés, certes, on construit le bergfried, oui, mais l’adaptation du logis est aussi une nécessité.

Il est décidé de renforcer les murailles face à la menace voisine : un second mur construit à l’intérieur du logis va faire plus que doubler l’épaisseur existante. On perd en surface habitable, on gagne en sécurité. Coté sud (N°8-9) et à l’angle sud est (N°1), les fenestrons seront murés pour gagner en solidité. La bretèche sud (N° 10) a été condamnée pour les mêmes raisons.

Parallèlement, la famille de Rathsamhausen a du s’accroître… en effet, un étage supplémentaire a été ajouté au logis. C’est celui avec les doubles baies gothiques décrites dans un article précédant. ( cf. La baie gothique du logis du Rathsamhausen à Ottrott ).


Modifications de confort


Quitte à rénover le logis, les seigneurs de Rathsamhausen ont voulu le rendre plus confortable.

  • Une vaste cheminée a été ajoutée, adossée au mur sud. Les deux colonnes sont encore en place. Le linteau est malheureusement manquant. Il devait être supporté par deux immenses consoles si on en juge par les deux opes encore bien visibles.
  • Des latrines ont été aménagées pour remplacer celles de la bretèche. Elles sont situées à l’intérieur de la muraille et accessibles par un étroit couloir à la forme alambiquée. Discrétion oblige ! Le couloir et les latrines sont aujourd’hui encombrés de gravas. Prochainement, les bénévoles nettoieront les lieux et étaieront le plafond qui menace de s’effondrer.

  • La seule ouverture conservée versant sud (7) a conservé son fenestron roman. Celui-ci s’ouvre maintenant sur une large niche agrémentée d’un coussiège. A déblayer et renforcer prochainement.

  • Les baies du versant est ont été considérablement modifiées pour tenir compte de la menace du château voisin. (voir plus avant )
  • Un étage a été ajouté au logis, nous l’avons déjà mentionné.Dans son livre ‘Ottrotter Schlösser’, Max Herbig nous apporte quelques détails sur le logis qu’il décrit en 1903.Louis Levrault (1856) parle également de traces de peintures murales, mais il parle alors des salles du donjon palais.
  • Les murs des pièces étaient recouverts de crépi. Les traces en sont encore nombreuses aujourd’hui. Le logis était paré de riches sculptures (schönen Skulpturarbeiten) et les niches des fenêtres portaient des peintures (Reste von Malereien)…. Aujourd’hui, nous n’avons plus de traces de ces éléments.

 


Modifications des baies Est


Le versant est se trouve protégé par le vase fossé, mais les fenestrons romans semblent bien larges et se révèlent des cibles faciles pour les archers adverses. Les ouvertures conservées vont être modifiées pour assurer la sécurité côté extérieur et le confort à l’intérieur du logis. Voyez d’abord le versant extérieur !

La largueur est divisée par trois. Par contre, on gagne en longueur par ne pas trop perdre de luminosité dans la pièce. Nous possédons l’image des deux temps de la construction puisque la baie N°1 a été murée, et les baies N°2 et 3 modifiées.

Coté intérieur, une large niche surbaissée est aménagée dans l’épaisseur du mur de renfort. Deux coussièges permettent alors de s’asseoir et de profiter de la maigre lumière. Les ouvertures étaient munies de petits volets, un barreau de fer a été posé verticalement à une période difficile à préciser.

Ces modifications ont été apportées de façon toujours visibles aujourd’hui sur les baies N°2 et 3.

Voici le relevé précis de la baie N°2.

Il ne semble pas que les baies N°4 et N°6 aient été modifiées. La partie nord de la muraille étant effondrée, difficile d’être plus affirmatif. En ce qui concerne la baie N°5, nous avons la chance d’avoir un dessin de Louis Laurent-Atthalin, croquis daté de 1836, qui offre une vue de l’intérieur du logis. Selon notre ami Louis, il y avait bien une troisième baie avec niche et coussièges à cet endroit.

Le dessin de Louis fait plus que nous confirmer l’existence de la baie N°5…. L’étage supérieur est bien représenté avec ses deux doubles baies gothiques. Le troisième étage avec ses fenêtres rectangulaires. Et enfin, un quatrième étage déjà ruine en 1836. Le logis des Rathsamhausen a connu encore bien des modifications après celles du 13ème siècle que nous avons tenté d’analyser.

Terminons, par un deuxième dessin de Louis. Notre Ottrottois de cœur est assis dans la baie N°5. Il dessine avec précision les contours de cette baie. Vous pouvez remarquer que le remplage extérieur est déjà manquant à cette date. Le fond de l’image représente le donjon du Lutzelbourg et les murs crénelés. La menace semble plus réelle, non ? On comprend mieux les travaux des seigneurs de Rathsamhausen ! Nos baies étaient bien, un peu des fenêtres, un peu des meurtrières….

 

Le scorpion du Château de Rathsamhausen à Ottrott

Les ruines des châteaux d’Ottrott sont aujourd’hui peuplées de bon nombre d’animaux. Les sangliers viennent retourner la terre des fossés du Rathsamhausen. Les biches se délectent de nos plantations au jardin médiéval. La salamandre et le crapaud s’amusent dans le bassin du jardin Renaissance. Les chants des oiseaux résonnent toute la journée. Du haut du donjon-palais, le faucon pèlerin surveille les travaux des bénévoles.

Mais saviez-vous que nous avons aussi un scorpion ? Certes, il est de faïence, mais bon, c’est un scorpion !

Les Kachelofe des châteaux d’Ottrott

Le visiteur est toujours surpris par le nombre restreint des cheminées dans nos ruines. Si le donjon-palais du Rathsamhausen renferme trois cheminées magnifiques, le château voisin de Lutzelbourg semble en être totalement dépourvu. Comment donc les Hohenstein se chauffaient-ils ? Les hivers pouvaient être rigoureux.

Dès le haut moyen âge, les habitants des lieux avaient recours aux poêles, plus performant que les cheminées à feu ouvert. Ce furent d’abord les poêles à pots, puis ces magnifiques poêles de faïence que l’on trouve encore bien souvent en Alsace : les kachelofe.

 

Voici une photographie d’un kachelofe exposé au Haut-Koenigsbourg. Chaque pièce importante du château était équipé du poêle de ce type, qui répandait une douce chaleur alentour. (toute relative)

Les travaux d’entretien des ruines

Lorsque les châteaux ont été abandonnés, les kachelofe n’étaient guère facile à déplacer. Ils ont été détruits et les fragments laissés sur place. Les ‘Amis des Châteaux d’Ottrott’ œuvrent à la sauvegarde et la mise en valeur des ruines. Les bénévoles armés de force outils, et d’un beau courage, débroussaillent, retirent le lierre. Petit à petit, avec prudence, pour ne pas endommager les ruines. C’est un long travail, difficile. Parfois, simple hasard, ils trouvent au sol un fragment de poterie vernissée. Ces petites découvertes sont nettoyées et gardées précieusement par les membres de l’association.

Le Kachelofe au scorpion

Dernièrement, Dorian et Aurélien (2 bénévoles très actifs des Amchott)  ont découvert un fragment de kachelofe, haut de 7 cm, large de 10 cm. C’était dans les braies du Rathsamhausen. En voici une photographie !

Quel curieux animal !

Nous n’avons que la partie postérieure, mais il ne ressemble à rien de connu. Les deux pattes portent chacune trois griffes. La longue queue semble couverte d’écailles, le dos est protégé par une carapace striée. Etonnant ?

Il ne ressemble guère à un animal réel… Qui est-il ? Cherchons !

L’image du scorpion au moyen age

En fait, pour identifier la bête, il nous suffira de parcourir le bestiaire des nos cathédrales. Commençons par les sculptures romanes d’Autun et d’Issoire.

 

 

Ces deux cathédrales, comme beaucoup, présentent des représentations de pierre des signes du zodiaque. Les scorpions d’Autun et d’Issoire ont bien des pattes avec trois griffes, la queue est analogue à celle représentée sur notre kachel !

Quelques dizaines d’années plus tard, on retrouve des zodiaques figurés dans les vitraux de Chartres et de Notre Dame de Paris. Si le scorpion parisien est bien différent du notre, celui de Chartres peut être comparé : queue et carapace….

 

 

Nous sommes peut-être sur la voie….

Le scorpion dans l’Hortus Deliciarum

Toujours se tourner vers l’Hortus ! Tout y est !

Bien entendu, notre chère Herrade de Landsberg a dessiné les signes du zodiaque pour illustrer l’Hortus Deliciarum. Dans son précieux codex, destiné à l’éducation des novices du couvent du Mont Sainte Odile, Hohenbourg, Herrade nous propose ce dessin du scorpion.

Les similitudes sont marquantes ! Même longue queue striée, pattes griffues similaires, présence de cette carapace dorsale… Notre kachel représente bien un scorpion ! Du moins, un scorpion tel que se l’imaginait Herrade de Landsberg qui n’en avait, visiblement , jamais vu. Les scorpions sont rarissimes sur le Mont et dans nos châteaux. Bigre !

Voilà notre petite énigme résolue. Le château de Rathsamhausen possédait sans doute un poêle de faïence illustré des signes du zodiaque. Les seigneurs Jacques de Hohenstein, puis Daniel de Mullenheim, se chauffaient en admirant ses sculptures vernissées. Il nous reste à souhaiter que nos bénévoles après un bel orage découvrent sur le sol mouillé un autre fragment de ce kachelofe. Sera-ce une balance ou un sagittaire ?

 

Note : nous vous avons proposé voici quelques mois un autre article consacré aux Kachelofe des Châteaux : les Müllenheim  au château de Rathsamhausen

 

Démonstration d’arbalète aux Châteaux !


HISTOIRE CHRONOLOGIQUE DES ARBALETES


De toutes les recherches entreprises, on peut, semble-t-il, conclure que l’arbalète est une invention chinoise. En Chine, l’arbalète est connue depuis la dynastie CHANG ( XVIII – XIe siècles avant J.C.). Elle est mentionnée au VIe siècle avant notre ère, ainsi qu’à la bataille de Ma-Ling (-341). Son invention serait à attribuer à HOUANG-TI, un des premiers souverains légendaires d’un immense pays dont la tradition fixe le règne au milieu du troisième millénaire avant l’ère chrétienne. C’est à cette époque que son usage semble se généraliser, notamment pour la sécurisation du pays.
Arbalète à tiroir à coulisse à répétition

 

Inventée en Chine, au troisième siècle , elle aurait été conçue par l’ingénieur ZHUGE LIANG (181-234 ) C’est le seul type d’arbalète dont la cadence de tir est supérieure à l’arc, soit dix traits en quinze secondes.

Gastraphète Grecque

 

Héron d’Alexandrie estime que cette invention date d’avant 421 av. J.-C. en s’appuyant sur la description du célèbre ingénieur grec Ctésibios.

Manubaliste Romaine inspirée de la Gastraphète, ce modèle aurait subsisté jusqu’au Xe siècle.

 


MOYEN AGE


L’arbalète apparaît sous sa forme moderne en Italie au milieu de Xe siècle et est utilisée lors des premières croisades au XIe siècle. En Europe chrétienne son usage est interdit au concile du Latran en 1139 pour un usage entre chrétiens, les fabricants et utilisateurs de cette arme sont menacés d’excommunication. Confirmée en 1143 par le pape Innocent II et réaffirmée en 1205 par le pape Innocent III, cette interdiction est peu respectée par les princes d’Occident à tel point que Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste vont même constituer des unités d’arbalétriers très bien payés. Ironie du sort, Richard Cœur de Lion est mortellement blessé par un tir d’arbalète lors du siège du château de Châlus en 1199.

Quelques exemples d’arbalètes dont les modèles montent en puissance depuis les arcs en bois du XIIe siècle en passant par des arcs composites (bois, tendons, corne) puis en métal du milieu du XIVe siècle jusqu’à la fin du XVIe siècle qui nécessitaient des mécanismes sophistiqués pour charger l’arme ( Cry, pied de biche, moufle).

Détail d’une arbalète :

 

Détail de la noix :

 

Arbalètes à main et à pied de biche.

Arbalètes à main et à moufles ( systèmes de cordes et poulies actionnées par des manivelles placées au bout de l’arbrier).

Arbalètes à «cry» («cric») (système à crémaillère actionné par une manivelle, ensemble placé sur le côté de l’arbrier) dont l’invention serait attribuée à Léonard de Vinci.


PERFORMANCES DES ARBALETES


Au XVe et XVIe siècle les armes les plus performantes ne dépassaient pas 400m à la volée, 200m en efficacité et 100m pour un tir ajusté pouvant percer une armure en acier trempé.

Les arbalètes du XIIIe avaient une force de traction d’environ 120 livres, une portée utile d’environ 200m même si elles pouvaient atteindre 400m et une précision de plus ou moins 50m.

Au XVIe siècle des tirs sur cible ont été pratiqués à Malines en Belgique pour comparer les arcs en bois et les arcs en métal, 33m pour le bois et 80m pour le métal.

En 1575 Charles IX supprime par décret l’usage des arcs et des arbalètes.


LES PROJECTILES


Sont appelés généralement carreaux bien qu’il s’agisse de traits, l’appellation carreaux désigne les fers de section carrée probablement inventés par les romains.

Il y a eu deux types de traits, les premiers mesuraient environ une trentaine de cm et équipés d’ailerons, les seconds ne mesuraient plus qu’une quinzaine de cm dépourvus d’empennage.

Leur forme était très variable en fonction de l’usage souhaité, en voici quelques modèles :

 

Les traits étaient portés à la ceinture dans un carquois.

L’arbalétrier était équipé d’un capel en fer, d’une cote de maille et portait aussi une épée pour le combat rapproché, enfin un pavois complétait sa panoplie, il lui servait à se protéger des tirs ennemis notamment pendant les sièges de châteaux.

 

 

Auteur : Michel Landmann

La baie gothique du logis du Rathsamhausen à Ottrott

Le mois dernier nous avons consacré un petit article aux baies romanes du donjon-palais du château de Rathsamhausen. Cette partie du château bâtie vers l’an 1200 a été peu remaniée et l’essentiel du bâtiment date de la première campagne de construction du château. Il n’en est pas de même pour le logis attenant. Nous allons décrire aujourd’hui une particularité du logis du Rathsamhausen : la baie gothique de la façade sud.


Le logis du Rathsamhausen


Regardons l’aquarelle tirée de Bellifortis de Colmar (Ms 491). C’est la représentation la plus ancienne du Rathsamhausen que nous connaissions. Elle fut peinte vers 1460, alors que Jacques de Hohenstein habitait le château.

Le logis est représenté à droite du donjon palais, au dessus des braies crénelées. L’orientation nord-sud des toitures correspond à ce que nous constatons aujourd’hui sur le site. La position de la bretèche, sur le mur des braies, semble incorrecte : celle-ci est située un peu plus haut, sur la façade, elle abritait les latrines du logis. Malheureusement, l’artiste n’a pas représenté les fenêtres de la façade.

Observons maintenant une photographie récente de la façade du logis.

Tout en bas, les deux fenestrons romans éclairaient les caves du logis.
Le rez-de-chaussée possédait au moins deux fenêtres romanes. L’une est murée, ainsi que l’accès à la bretèche déjà citée.
Le premier étage s’ouvrait sur ce versant par deux larges double-baies gothiques. Seul le remplage de la baie située à l’est est encore présent.
L’étage supérieur était doté de deux fenêtres rectangulaires, une seule reste en place.

Cette diversité des styles montre combien le logis du Rathsamhausen a été remanié. La partie basse est contemporaine du donjon-palais voisin et construite dans le même style. Au fil des années, les habitants du château ont été plus nombreux, ou bien ont préféré habiter le logis plutôt que les immenses salles du donjon-palais. Les Hohenstein, puis les Müllenheim, ont rehaussé le logis d’un premier, puis d’un second étage. Les modes et les techniques avaient évolué. Les ouvertures de la façade sud du logis ont fait de même.

Note : Après la Guerre de Trente Ans et la canonnade subie par le château (voir notre article sur ce sujet) le logis fut totalement remanié. Les toitures furent alors orientées est-ouest, perpendiculaires aux toits qui les ont précédés.


La baie gothique du logis du Rathsamhausen


L’accès à notre fenêtre gothique n’est pas des plus aisés, mais nous tenions à effectuer un relevé précis de la dernière baie de ce type présente sur le sites des châteaux d’Ottrott. La vue sur la plaine d’Alsace est magnifique, le regard plongeant sur la barbacane est saisissant. Bigre !

Outre le relevé de la baie, nous avons profité de notre visite pour éliminer la végétation envahissante et nettoyer le sol de la baie et les coussièges.

La niche présente un arc légèrement surbaissé. Son sol est fait de larges dalles de grès. Deux coussièges permettent de s’asseoir confortablement pour admirer le paysage.

Le remplage des deux ouvertures en ogive est également de grès fin. Seul le meneau est manquant, il a été remplacé, sans doute par l’équipe de monsieur Salch, par un meneau de bois qui a évité l’effondrement de l’ensemble de la baie. Merci !

Mesures prises, on note que la baie n’est pas symétrique comme on pouvait s’y attendre. Coussièges et remplage ne sont pas centrés. Il est vraisemblable que la baie d’origine l’ait été, mais que lors d’une rénovation après un conflit, la baie ait été remontée à l’économie, sans se soucier de la symétrie de l’ouvrage.


Illustrations


Photographies, PiG et PiP

Relevés de la baie et de la niche, PiP

Détail de l’enluminure du Bellifortis de la Bibliothèque de Colmar, 1460

Jacques de Hohenstein, seigneur des châteaux d’Ottrott

Nous sommes au quinzième siècle, un homme étonnant, Jacques de Hohenstein mène une vie haute en couleurs et pleine de rebondissements. Seigneur de l’Hinterlützelburg, actuel château de Rathsamhausen, prévôt d’Obernai, Jacques s’occupe de politique, d’industrie. il conduit ses affaires, complote contre l’empire. Dans cet article, nous allons tenter de tracer le portrait de cet homme hors du commun.


L’Europe et l’Alsace au début du quinzième siècle


Replaçons tout d’abord quelques dates qui nous permettent de situer la situation en France et dans l’Empire. Nous comprendrons mieux la vie de Jacques. En 1429, Charles VII est couronné roi de France à Reims, en présence de Jeanne d’Arc, qui sera brûlée vive à Rouen deux ans plus tard. La guerre de Cent Ans prend fin en 1453 après la victoire française de Castillon-la Bataille. En 1461, Louis XI succède à son père. Le dauphin Louis avait mené campagne en Alsace en l’an 1444. Le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire s’oppose à l’autorité de Louis XI. Lui aussi, tentera de conquérir l’Alsace.

La vie de Jacques se déroule sous le règne de deux empereurs du Saint Empire. Sigismond est le dernier de la lignée de Luxembourg. Frédéric III est un Habsbourg. Ces deux souverains, contrairement aux Hohenstaufen et aux premiers Habsbourg ne se préoccuperont que fort peu de l’Alsace. Soumis aux attaques des Ottomans, des Hongrois, des Bourguignons, des hussites et des cantons confédérés de Suisse, ils ont fort à faire pour préserver l’unité de l’Empire. Délaissée de ses empereurs, l’Alsace est menacée d’abord par les Ecorcheurs du dauphin Louis (1444) puis par les troupes de Charles de Téméraire (1475). La seule autorité alsacienne est alors l’évêque de Strasbourg : Ruprecht est également landgrave d’Alsace. L’évêque Ruprecht interviendra militairement, on le verra plus loin, dans les différents conflits de l’époque.


La famille de Hohenstein au début du siècle, Henri de Hohenstein et sa femme Lysa


Nous avons déjà consacré plusieurs articles à cette famille alsacienne. Nous nous en tiendrons aujourd’hui à Jacques et à son père. Le père de Jacques s’appelait Henri. Il est cité dans les textes de 1401 à 1444. Sa mère s’appelait Lysa de Suneck. Elle meurt en 1435 alors que Jacques est encore mineur. Il avait alors un jeune frère prénommé Henri.

A peine veuf, Henri épouse Anna de Löwenstein. Le père de Jacques est un seigneur de son temps. A la fois guerrier et habile négociateur, il accumule titres et richesses. Tour à tour prévôt de Sélestat, puis de Strasbourg, il est présent dans toute la région. En 1424, il achète à Ottrott le château d’Hinterlützelburg (futur Rathsamhausen) à Tutelmann de Rathsamhausen. En 1437, il obtient en fief le château de Guirbaden de l’évêque Guillaume de Dienst. Il est également possessionné à Schirmeck, à Griesheim, dans la vallée de la Bruche et à Molsheim. Henri meurt en 1444, il est enterré à la chartreuse de Strasbourg. Il laisse à ses deux fils un nom et une belle fortune. Le partage des biens entre eux et sa seconde épouse Anna de Löwenstein se déroule à l’amiable et dans de bonnes conditions. Du moins dans un premier temps…

Jacques se mariera par deux fois. Sa première épouse est une Neipperg, famille puissante ; une fille Barbara naît de ce premier mariage. Devenu veuf, Jacques épouse une Gertrude dont le nom nous est inconnu, ils ont un garçon, Georges de Hohenstein, qui sera le dernier des Hohenstein ( mort en 1536).


Jacques de Hohenstein, homme d’argent


Comme son père, Jacques cherche à s’enrichir. Toute sa vie durant, on le trouve lié à des transactions, à des ventes et des rachats de droits divers. Voici les dates des principales transactions que nous avons retrouvées dans les textes.

  • An 1447        Echange de droits à l’abbaye d’Haslach avec ses cousins Siegfried et Burkard d’Oberkirch
  • An 1454        Proposition de vente de biens dans le Val de Villé au profit du Chapitre de la Cathédrale
  • An 1455        Jacques et son cousin Anton vendent leur part au Haut-Koenigsbourg
  • An 1469        Cession des villages de Lupstein, Trüchtersheim et Griesheim à l’évêque Ruprecht, agréée par l’empereur Frédéric
  • An 1473        Retour d’une part de ces villages à Jacques
  • An 1474        Jacques reçoit la moitié du village de Wolxheim de la famille de Fénétrange
  • An 1480        Jacques cède Wolxheim et Dahlenheim à son gendre Daniel de Müllenheim


Jacques de Hohenstein, homme de procédures


Toute sa vie, Jacques fut en procès. Que ce soit suite aux nombreuses ventes et acquisitions précitées, ou bien pour des conflits avec la Ville d’Obernai ou la Ville de Strasbourg, ou encore cet interminable procès contre sa belle-mère, les conflits furent nombreux. Voici les plus notoires.

  • An 1445        Premier procès à propos de son héritage. Il s’agit d’un conflit avec les frères von Fintingen, à propos du château de Guirbaden, revendiqué par les deux familles.
  • An 1459        Litige avec la Ville d’Obernai pour des dégâts dans les forêts du Kagenfels. Le château est situé au cœur des forêts appartenant à la Ville, seuls les alentours tout proches du château sont aux Hohenstein. Ces conflits de voisinage seront nombreux (1464 et suivantes ). Jacques chassait et coupait du bois sur les terres de la Ville.
  • An 1461        Conflit avec J et W. Bock de Stauffenberg
  • An 1462        Jacques est en conflit avec la Ville de Strasbourg. Il renonce à son ‘Bürgerrecht’ hérité de son père. Il le reprendra en 1470, pour y renoncer une deuxième fois en 1471
  • Année 1463 et les suivantes. Jacques se voit convoqué devant la Cour de Rottweil pour non respect des clauses de l’héritage de son père. Sa belle-mère Anna de Löwenstein, remariée à un Henri de Rathsamhausen, porte plainte. Jacques sera appelé par trois fois à paraître au nom de l’empereur Frédéric. Mais il s’y refusera toujours sous divers prétextes. Il se fait représenter par ses hommes de loi : Hans Beckel et Hans Merswinn, écuyers, ainsi que Hans Simler, chanoine de Bergbieten et Jacob Berwer, prêtre à Oberschaeffolsheim
  • An 1466        Traité entre l’évêque Ruprecht et 35 nobles alsaciens. Jacques de Hohenstein et son cousin Anton sont signataires de cet accord.
  • An 1474        Règlement du conflit de la Magel avec la Ville de Rosheim. Les eaux de la Magel sont partagées à partir de la Fischhütte, au dessus de Mollkirch. Une part suit le cours naturel de la rivière, l’autre partie court à flanc de colline dans le canal du Rosenmeer avant d’alimenter la Ville Impériale de Rosheim. La charte de 1474 stipule que deux tiers des eaux de la Magel et la prise de gibier dans les forêts de Rosheim sont assurées à Jacques, seigneur du Guirbaden et donc de Mollkirch. De plus la Ville ne doit pas endommager les clôtures de Jacques. Bigre !

En plus de ces procédures, Jacques signe avec d’autres seigneurs les paix castrales de plusieurs châteaux où il est possessionné.

  • An 1456        Paix castrale à Dambach
  • An 1464        Paix castrale de Schirmeck
  • An 1466        Paix castrale pour le VorderLützelburg
  • An 1470        Paix castrale pour le VorderLützelburg
  • An 1477        Paix castrale pour le VorderLützelburg.

Ces trois derniers traités, qui concernent les châteaux d’Ottrott, sont signés par Jacques de Hohenstein, Engelhard de Neipperg, son beau-frère et les frères Rathsamhausen, ses voisins. Jacques habitait alors à Ottrott au château dit l’HinterLützelburg, aujourd’hui appelé Rathsamhausen.

Les textes de Jacques sur ses châteaux ne sont pas toujours sujets de paix. Bel exemple, en 1469, Jacques est attaqué et chassé, manu militari, de Truchtersheim par l’évêque Ruprecht. Ah !


Jacques de Hohenstein, homme d’industrie


Découvrons une nouvelle facette du personnage. Selon les fouilles et études de Danielle Fèvre et Charles-Laurent Salch, la forge du château de Rathsamhausen daterait des années où Jacques habitait le château. Cet atelier étonne par sa taille, inhabituelle pour les rares forges castrales qui nous sont parvenues. La forge était dotée d’une fonderie de laiton, où Jacques faisait fabriquer différents objets de passementerie et d’harnachement. Jacques de Hohenstein était un homme moderne qui dirigeait une petite entreprise.

Nous avons consacré un long article à la forge du Rathsamhausen (cliquez sur le lien). Le bâtiment qui abrite cette forge, construit par l’équipe de Monsieur Salch, sera réhabilité cet automne par les Amis des Châteaux d’Ottrott.

On trouve une nouvelle preuve de l’intérêt de Jacques de Hohenstein pour l’industrie en 1470. Il s’agit alors d’un projet minier mené avec son beau frère Engelhard de Neipperg à Orschweiller. Les deux seigneurs exploiteraient alors une mine d’argent !

Nous allons passer maintenant à un épisode les plus surprenants de la vie de Jacques : son conflit ouvert avec la Ville d’Obernai.


Jacques de Hohenstein et la Ville d’Obernai


Obernai et Bernardswiller

Les litiges entre les Obernois et les habitants de Bernardswiller sont nombreux. Ils ont tous la même cause : au milieu du XIVème siècle, la Ville d’Obernai a acquis le village de Bernardswiller. Cette situation de dépendance ne sera jamais vraiment acceptée par les villageois, malgré plusieurs décisions impériales comme celle de Frédéric datée de 1450. Alors que Jacques de Hohenstein a été nommé prévôt de la Ville Impériale d’Obernai et qu’il partage son temps entre son château d’Ottrott et sa demeure dans la Ville, le conflit connaît une nouvelle phase, un nouveau rebondissement.

En l’an 1459, le Magistrat d’Obernai a tenté d’associer les bourgeois de Bernardswiller à la gestion de la cité. Mais le pacte conclu est jugé insuffisant par les villageois qui veulent l’égalité des droits ! Un certain Lienhart Wilhelm prend la tête de la révolte contre la Ville. Il réunit les habitants de Bernardswiller et fait rédiger les quatre points qui l’opposent à la Ville : égalité devant les taxes, égalité des droits (essentiellement l’accès aux produits des forêts de la Ville), refus de suivre la Ville dans ses guerres multiples, refus de payer l’impôt de six schillings pour la défense de la Ville, alors que le village n’est guère défendu lors des conflits. Une négociation était possible, trouver une entente eût été raisonnable. Notre Lienhart n’était pas un extrémiste. Quatorze délégués du village présentent les requêtes au Magistrat qui les reçoit fraîchement. Menacés, voire éconduits, treize d’entre eux se plient aux volontés de la Ville. Seul, Lienhart Wilhelm décide de résister à la Ville. Il se tourne alors vers Jacques Hohenstein, seigneur d’ Ottrott, du Kagenfels et du Guirbaden !

Premières péripéties du conflit

On peut affirmer que les relations avec la Ville ne sont pas des plus cordiales. Dés 1452, Jacques avait pris parti pour Claus Gensel, ancien maire de la Ville condamné pour gestion frauduleuse et faux en écritures…Il s’en était suivi une véritable guerre entre les partisans de Gensel et ceux de la Ville. Obernai alla jusqu’à assiéger les châteaux du Nideck, Freudeneck et de Wangenbourg, bases arrières des conjurés. Embuscades et meurtres se succèdent. Les soldats obernois vont menacer le Kagenfels de notre ami Jacques, qui prend les armes contre la Ville.

En 1460, le conflit semble éteint et Jacques vient d’être nommé par Philippe, Comte Palatin, prévôt du tribunal d’Obernai ! ( Il succède à un dénommé Jean Schreiber, sic, vous pouvez vérifier !).

Lorsqu’ éclate le conflit entre Bernardswiller et la Ville, Jacques se fait un devoir de soutenir et d’aider Wilhelm Lienhart. Wilhelm est au service des Hohenstein depuis plusieurs années. Jacques n’écrit-il pas à son sujet : ‘ Da derselbe Lienhart Wilhelm ettliche manche zit min gedingter gelobter, geschworner knecht gewesen und noch heutzutage ist.’

Les rebondissements de l’affaire sont nombreux :

  • Lienhart Wilhelm est arrêté et retenu prisonnier par la Ville.
  • Jacques de Hohenstein fait citer la Ville devant le Landvogt d’Alsace.
  • Rencontre en terrain neutre à Rosheim.
  • Lienhart, enfin libéré, se venge et attaque en justice ses anciens amis de Bernardswiller ! Il gagne son procès, qui est cassé un an plus tard !
  • Lienhart doit se réfugier au château d’Ottrott…

A chaque étape du conflit, Jacques de Hohenstein agit auprès du comte palatin, ou des autorités d’Haguenau en faveur de son protégé. Les mois passent, procès et jugements se succèdent, tous contradictoires. En 1463, Jacques est démis de ses fonctions au tribunal de la Ville au profit de Reimbold Voeltsch.

Lettres de défi, embuscade et prise d’otages

Débouté, notre ami Lienhart, tel un noble qu’il n’est pas, écrit à la Ville ses lettres de défi. Il réside alors toujours au château d’Ottrott et on devine qui l’a poussé à agir ainsi. Lienhart se déclare en guerre ouverte avec la Ville ! Il met ses menaces à exécution le 25 mai 1464, en enlevant plusieurs bourgeois d’Obernai. Il demande rançon. Les Obernois seront séquestrés au Château de Hinter-Lützelburg, le Rathsamhausen d’aujourd’hui. ( lire notre article à ce sujet).

Viol du droit d’asile en l’église de Saint Nabor

Juste retour des choses, le 15 juin 1464, Lienhart est surpris par les agents de la Ville près de Saint Nabor. Pris de court, Wilhelm se réfugie dans l’église du village. Les soldats de la Ville forcent l’entrée du sanctuaire. Une lutte s’ensuit à l’intérieur de l’église (sic), et Lienhart, capturé, est enfermé à Obernai.

Forcer la porte d’une église et violer le droit d’asile n’est pas sans conséquences. La Ville voit alors le parti de ses ennemis grandir ! Arrêter un rebelle, c’est de bonne guerre, mais, se battre dans une église, c’est fort malséant ! La noblesse des environs rejoint Jacques de Hohenstein pour s’opposer à la Ville. Le conflit prend une ampleur inattendue. La Ville doit engager bon nombre de mercenaires et les expéditions punitives des deux camps se multiplient. Les ‘hautes’ autorités se décident, enfin, à réagir. Jean de Fénétrange, maréchal du duc de Lorraine est nommé arbitre du conflit. Le cas est réglé à Sarrebourg en présence des conseillers du duc de Lorraine, de l’évêque de Metz et de Jean Wildgrave de Thun, qui représente le comte palatin.

La sentence est prononcée le lundi qui suit la sainte Madeleine de l’an 1464 : tous les prisonniers sont libérés, Wilhelm s’engage à ne plus porter préjudice à la Ville, ni au Comte Palatin. Il renonce à ses droits et biens confisqués par le comte. Il doit de plus, lui et les siens, ‘rester éloignés de la Ville d’une distance de plus de deux lieues pendant cinq ans’. Il se retire à Dambach et y meurt dans l’exil.

Le conflit semble donc se terminer à l’avantage de la Ville d’Obernai. Lienhart perd tout. Son protecteur Jacques de Hohenstein, trop puissant, n’est pas inquiété. Il a tout au plus perdu son poste de prévôt au Tribunal de la Ville. Cette affaire montre cependant le pouvoir de nuisance de Jacques. Il semblait n’avoir que mépris pour les bourgeois d’Obernai et cherchait à raffermir la puissance des nobles alsaciens contestée par les Villes. Nous verrons dans le paragraphe suivant que Jacques allait faire encore beaucoup plus fort quelques années plus tard. Pour plus de détails sur la ténébreuse affaire de Wilhelm Lienhart et ses suites, lisez Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, tome 1, pages 249 à 263 !

Note : Les démêlés de Jacques avec la Ville ne s’arrêtent pas là… quelques années plus tard, on voit le cellérier du château de Rathsamhausen arrêté, puis détenu dans les geôles de la Ville. (conférence de St Léonard, voir Gyss p 280)


Jacques de Hohenstein et Charles le Téméraire


Au quinzième deux invasions ‘françaises’ ont marqué l’Alsace.

  • 1444 – Le dauphin, le futur Louis XI ravage l’Alsace à la tête des Ecorcheurs

Jacques de Hohenstein est alors un tout jeune homme. Il a du voir comme son père Henri, les troupes du roi de France rançonner les villages d’Alsace. Les Ecorcheurs évitent villes et places fortes. Ils attaquent les villages et les lieux de culte mal défendus. En Alsace, seule la Ville Impériale de Rosheim sera enlevée par les Ecorcheurs. Nous les verrons à Barr, à Bischoffsheim, à Niedernai. Ni les châteaux d’Ottrott, ni Obernai, n’ont eu à souffrir de l’équipée de Louis, qui blessé devant Dambach, rentrera en France sans chercher à pérenniser sa ‘conquête’. Jacques devait être retranché avec son père dans l’une de ses forteresses, il n’est pas intervenu pour défendre les villages attaqués et incendiés.

  • 1475 – Charles le Téméraire, duc de Lorraine, tente de conquérir l’Alsace

La question est plus grave, il n’est plus question d’une campagne destinée à éloigner et occuper le trop remuant dauphin de France. Charles, duc de Bourgogne et seigneur des Flandres veut unifier ses territoires pour se créer un véritable royaume. Il tentera sans succès de conquérir la Lorraine et l’Alsace, de façon à ce que ses terres soient d’un seul tenant.

Le roi de France Louis XI agrandit et unifie la France par achats, mariages et traités. C’est un politique, patient, tenace. Charles le Téméraire veut conquérir de nouvelles terres à la tête de ses armées. C’est un homme nostalgique des conquêtes de jadis, pétri de romans de chevalerie et de chansons de gestes.

Jacques de Hohenstein ne peut-être que séduit par la personne du Téméraire. Lui qui lutte contre les bourgeois des villes, puissance montante, lui, Jacques de Hohenstein qui veut rendre à la noblesse alsacienne la place qui lui semble due. Charles de Bourgogne ne peut être que le souverain souhaité par Jacques. Charles le Téméraire, si chevaleresque, si différent de ce pâle empereur Frédéric, lointain et oublieux de l’Alsace.


Le complot bourguignon de Jacques de Hohenstein


La tentative d’annexion de l’Alsace a débuté par une invasion du sud de l’Alsace. Rapidement, les Villes Impériales se sont organisées et la tentative du Téméraire tourne court. Il confie la gestion du conflit à son homme lige, Pierre de Hagenbach. Celui-ci a fort à faire et suite à la révolte de la ville de Breisach, il est arrêté, jugé et décapité après un procès sommaire organisé par les Villes Impériales.

Charles n’abandonne pas son projet et continue sa lutte plus au nord, dans le Palatinat. Il assiège la ville de Neuss, près de Cologne, lorsqu’il reçoit les propositions de Jacques de Hohenstein.

Jacques projette de livrer au Téméraire ses châteaux de Guirbaden et du Kagenfels, puis à partir de ces deux places fortes, de marcher sur Rosheim et Obernai. Niedernai et le château des Landsberg font partie des cibles annoncées. Alors, la menace bourguignonne sur la Ville de Strasbourg serait bien réelle. On reconnaît bien la vindicte de Jacques contre les Villes, au profit de la noblesse.

Rappelons en les grandes lignes.

  • Les négociations sont plus qu’avancées puisque Jacques touche 10.000 florins des Bourguignons.
  • Jacques n’est pas seul dans cette aventure, selon le récit de Knebel, un contemporain, plusieurs nobles font partie du complot. ‘ eo tempore quidam nobilis Jacobus de Hohenstein in Alsacia avaricia depravatus una cum aliis nobilibus spopondit duci Burgundie sua castra, videlicet Kagenfels, Girbaden et alias civitates imperiales, videlicet Ehenheim superius et inferius necnon Roszheym tradere ac per hoc exitum in portes Alsaciae dare, tradidit illi 10 milia florenorum…’
  • Mais, les conjurés ne sont guère prudents, ils parlent trop. L’ évêque Ruprecht est mis au courant de l’affaire. Homme de guerre, l’évêque organise avec les Strasbourgeois une attaque rapide du Guirbaden, qui est enlevé par surprise. Le complot est déjoué ! Les détails de la prise du Guirbaden sont croustillants. ( lire l’article).

Les suites du complot


L’évêque Ruprecht ne se contente pas de cette victoire sur le terrain. Il sait que Jacques loge dans sa résidence d’Obernai. Ses troupes entrent dans la Ville et Jacques est saisi dans sa demeure. Il est conduit sous bonne escorte à Dachstein où il est emprisonné dans les geôles de la résidence d’été de l’évêque de Strasbourg.

C’est la fin du grand seigneur Jacques de Hohenstein.

  • Le château de Guirbaden passe à Jérothée de Rathsamhausen, puis ce sera le fief de Jean de Landsberg.
  • Philippe, comte palatin, donne le HinterLützelburg à Ottrott à Daniel de Müllenheim, gendre de Jacques.
  • Le Kagenfels passe aux Uttenheim.
  • Pourtant, les dernières années de sa vie, Jacques, enfin sorti des prisons de Dachstein, semble avoir recouvré un rien de sa superbe.
  • L’aventure bourguignonne a coûté fort cher à Jacques de Hohenstein.
  • En 1479, le prince, comte palatin, Philipp, duc de Bavière, accorde sa protection à son ‘cher et fidèle Jacob de Hohenstein et à son fils Georg’

 

  • La même année, Jacques récupère le château de Guirbaden, selon une charte signée de l’évêque Albrecht, successeur de Ruprecht.
  • En 1480, Jacques cède plusieurs villages en sa possession à son gendre Daniel de Müllenheim. C’est là le dernier acte de sa vie que nous ayons retrouvé.Georg, marié à Gertrud de Schauenburg, est cité de 1479 à1536. Ce fut le dernier des Hohenstein.*11 photo
  • Nous avons raconté par ailleurs l’anecdote d’une journée fort arrosée dont Georg fut le héros.

  • Jacques meurt fin 1480 ou début 1481, nous ne savons pas où il fut enterré. Il laisse une fille Barbara, mariée à Daniel de Müllenheim, qui résidera au château d’Ottrott, et un fils de son deuxième mariage, Georg von Hohenstein.


Sources


Johannes Knebel, Chronik aus des Burgunderkriegs, 1475

  1. D. Schoepflin, Alsace Illustrée, 1761
  2. Kindler von Knobloch, Die Herren von Hohenstein im Elsass, 1884
  3. Sitzmann, Dictionnaire des Hommes Célèbres de l’Alsace, 1909
  4. Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866
  5. Fèvre, La forge du Château de Rathsamhausen-Ottrott au XVème siècle, 2001

Articles connexes


Jacques de Hohenstein et le Rosenmeer

Jacques de Hohenstein et le complot du Guirbaden

Le squelette du Rathsamhausen

Les Ecorcheurs devant Rosheim

Rodolphe de Hohenstein enlève l’évêque Berthold de Bucheck à Haslach


Illustrations


Louis XI, Frédéric III, procès de Pierre de Hagenbach, images du Web

Arbre généalogique des Hohenstein, PiP

Photographies des châteaux d’Ottrott, PiP

Lithographie des châteaux, Assmus Robert, 1896

 

Les baies romanes du donjon-palais du Rathsamhausen

Fin du 12ème siècle, le château du Vieux Lutzelbourg est détruit par un incendie. Le sieur de Lutzelbourg décide de reconstruire a quelques cent mètres au sud ouest son nouveau château. Celui-ci prendra, bien plus tard le nom de Rathsamhausen. Dans la première phase de construction, le burg couvre une surface modeste. Il est composé d’une haute tour, d’un logis et d’une petite cour cernée de hauts murs.

Nous avons rédigé plusieurs articles qui racontent l’histoire de ce ‘donjon-palais’ et décrivent quelques unes des splendeurs qu’il renferme. Aujourd’hui, nous étudions les baies romanes de la tour.


Les ouvertures du donjon-palais


La tour mesure une vingtaine de mètres de hauteur. Elle était lors de sa construction divisée en quatre niveaux : caves, deux étages d’habitation et greniers. Caves et greniers sont éclairés par de petits fenestrons romans percés dans les murs nord et sud.

Les deux étages d’habitation étaient accessibles par des escaliers de bois, extérieurs. La porte du premier étage se situe, coté nord, au dessus de la cour. La porte du deuxième étage était perchée au dessus du logis coté ouest. Deux autres portes donnaient sur deux bretèches, une au niveau du premier étage versant au nord, la seconde au deuxième étage, côté sud. Ces constructions de bois, accrochées sur les parois, dominaient la cour au nord et les fossés au sud.

Les deux étages d’habitation étaient éclairés par treize fenêtres romanes. ( six au premier niveau d’habitation et sept au second ). Toutes ces baies sont identiques. Simplicité, beauté, efficacité ! L’architecte du Rathsamhausen était économe de ses idées.

 

Pour relever les cotes de la baie nord-est du premier niveau, il faut se hisser à plus de 10 mètres du sol. Bigre !


Les baies romanes


S’il a répété treize fois le même modèle, le maître d’œuvre du Rathsamhausen a conçu et réalisé une petite merveille. Il lui fallait imaginer une structure qui traverse les murailles sans les affaiblir. Les murs du donjon palais présentent une épaisseur d’ un mètre soixante cinq centimètres.

Côté extérieur, les baies semblent rectangulaires. Hauteur : 1,15m. Largeur : 1,05m. La barre d’appui est d’un seul tenant, le linteau est deux parties, qui reposent sur un meneau d’une seule pièce. L’ensemble est surmonté d’un arc de décharge en plein cintre qui assure la solidité des murs.

Côté intérieur, chaque fenêtre est précédée d’une niche en plein cintre. La hauteur de la voûte permet à un homme de se tenir debout (1,75m). L’espace reste cependant exiguë : environ un mètre carré. Il est dépourvu de coussièges. En effet, le meneau déjà vu côté extérieur se prolonge à l’intérieur de la niche. Il supporte, à 35 cm en retrait de la façade, deux petits arcs romans. C’est à cet endroit qu’étaient posées les boiseries des deux petites fenêtres. A l’intérieur, comme à l’extérieur, on disposait de volets de bois. Des gonds de fer sont encore en place, côté extérieur. Un système de verrou en bois permettait de bloquer les volets, côté intérieur..

Le meneau se termine vers l’intérieur du logis par une fine sculpture en col de cygne aux deux bords chanfreinés.

L’ensemble formé par cette pierre et les deux petits arcs en plein cintre est élégant et de belle facture. Par contre, avec la fenêtre reculée par rapport à la façade et l’importance du remplage, la lumière qui pénétrait dans la pièce devait être fort réduite.

A l’origine, les fenêtres posées de plein pied sur les dalles du sol n’étaient pas pourvues de rambardes. Avec le sol au même niveau sur l’ensemble de la niche, il devait être aventureux de s’avancer pour observer les alentours.


Relevés de la baie romane



Illustrations


Photographies, PiP

Schéma de la baie, PiP

Schéma du meneau, AlP

 

 

 

Le mystérieux blason du Lutzelbourg

Nous avons, il y a quelques mois, consacré un article aux cinq corbeaux armoriés qui ornent la salle d’apparat de notre château de Lutzelbourg. Neuf blasons figurent sur ces pierres. Les armes des Rathsamhausen apparaissent à cinq reprises : ils étaient les seigneurs des lieux. Deux pierres portent le blason ‘échiqueté d’argent et de gueules’ des Hohenstein. Les deux familles étaient alliées : Lucia de Hohenstein était la mère des trois frères Hartmann, Egelolf et Johann de Rathsamhausen qui étaient les seigneurs des lieux de 1393 à 1414 : La présence des armes des deux familles est naturelle.

Un dernier blason apparaît à deux reprises : un écu orné d’un simple pal. C’est à ce dernier qu’est consacré cet article.

 

Sur un corbeau situé sur le mur ouest du logis, le blason apparaît seul et occupe l’ensemble de la face avant de la pierre. La seconde version se trouve sur le mur nord, le corbeau porte trois blasons : en bas, celui des Rathsamhausen, en haut à gauche les armes des Hohenstein, et en haut à droite notre blason mystérieux.

Voyons un peu….


Simple pal ou bien croix érodée ? Famille d’Andlau


Cette question peut paraître déplacée à l’observateur, tant la forme du pal semble évidente aujourd’hui. Cependant, Max Herbig dans son livre ‘Ottrotter Schlösser’ publié en 1903 semble y reconnaître la croix du blason de la famille d’Andlau.

L’explication semble séduisante, les Rathsamhausen et les Andlau furent tour à tour investis du Lutzelbourg par l’empereur Wenceslas à l’époque de la construction du logis.

  • 1392 : inféodation aux deux frères d’Andlau par l’empereur Wenceslas
  • 1393 : inféodation aux trois frères de Rathsamhausen par le même Wenceslas
  • 1398 : investiture de Jérothée et Dietrich de Rathsamhausen.

Cependant, il semble que cette lecture doive être écartée : l’examen détaillé des deux corbeaux nous montre un pal bien marqué. Pas la moindre trace d’une croix. Max a mal lu les pierres du logis.

  • Cherchons plutôt quelles familles portaient des armes analogues en Alsace. En l’absence de toute trace de couleurs sur les pierres, nous nous en tiendrons à la forme de l’écu.
  • Les deux familles ont pu être alliées par mariage à cette époque.

Famille de Leyen


Les armes de la famille de Leyen présentent, certes, un pal blanc sur fond d’azur. Mais nous ne citons cette famille ici que pour la similitude des blasons. En effet, la principauté de Leyen fut fondée par Napoléon en 1806 sur les terres de l’ancienne famille des Geroldseck de l’autre côté du Rhin. Il faut écarter cette solution. Les Leyen étaient inconnus en Alsace à la fin du 14ème siècle !


Famille de Kettenheim


Les armes de la famille de Kettenheim présentent un pal noir sur fond blanc. Le cimier porte un braque noir entouré de deux cornes blanches.

Cette famille est citée par Bernhard Herzog dans sa chronique alsacienne de 1239 à 1579. Dans les années qui nous intéressent, Herzog cite les deux frères Brenno et Hans de Kettenheim – 1410. Le nom d’ Hermann de Kettenheim se trouve dans la Chronique de Bâle – 1432. La famille est originaire du village de Kettenheim, situé non loin d’Heidelberg, où plusieurs de ses membres furent enterrés.


Famille Hase de Dienlich


Les armes des Hasen von Dienlich présentent un pal rouge sur fond jaune. Curieusement, le cimier porte un cygne blanc et rouge.

Herzog mentionne la présence d’un Albrecht Hase von Dienlich au tournoi de Strasbourg en 1390 et d’un Henrich du même nom en 1436. Ce sont les seules mentions de ce nom que nous ayons trouvées.

Cependant, Bucelin cite cette lignée dans ses tables des familles allemandes dans la section ‘Alsatia’. Les Hasen von Dienlich étaient bien présents en Alsace lorsque les corbeaux ont été armoriés.


Famille d’Epfich


Les armes des von Epfich présentent un pal blanc sur fond rouge. Le cimier porte un bélier blanc doté d’un collier rouge.

La famille tire son nom du village d’Epfig situé à quelques kilomètres des châteaux d’Ottrott. Herzog cite un Peter von Epfich, féal des Lichtenberg en 1361. Puis un soldat Walter de 1377. Il mentionne la mort d’un membre de la famille dans un jardin d’une rue de Strasbourg, la Brandgasse. Un Friedrich est cité en 1381 et 1408. On retrouve un Jakob von Epfich chez Ottokar Lorenz – 1332.

 

Voilà où nous en sommes de nos recherches. Les pistes Andlau et Leyen semblent devoir être écartées. En l’absence de textes, il n’est guère possible de trancher entre les Kettenheim, les Hasen, les Epfich ou une autre famille que nous n’aurions pas croisée lors de nos investigations. L’analyse détaillée des archives des localités proches pourrait se révéler déterminante. Si un de nos lecteurs avait une piste, nous sommes preneurs.

 

Sans preuve aucune, de par leur simple proximité géographique, les Epfich ont, à ce jour, notre préférence. Un des trois frères Hartmann, Egelolf et Johann de Rathsamhausen était-il marié à une demoiselle von Epfich ?

Le blason du Lutzelbourg reste bien mystérieux !

Sources

  1. Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592

Bucelinus, Germania topo-chrono-stemmatographica sacra et profana opera, 1670

  1. Lorenz, Geschichte des Elsasses, 1871

Max Herbig, Ottrotter Schlösser, 1903

 

Illustrations

Photographies, PiP

Dessins des blasons anciens sauf Leyen, B. Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592

Relevé des blasons du Lutzelbourg, AlP

 

Cet article est dédié à Sandrine, Alix et Raoul

Châteaux d’Ottrott : une aquarelle du XVème siècle

En fin d’année 2017, Jean-Paul, bénévole des Amis des Châteaux d’Ottrott m’a fait parvenir une coupure de journal fort intéressante. L’article, tiré d’une revue de chasse, et est intitulé ‘Les chasses des seigneurs alsaciens au moyen âge’. Il est signé par Philippe Jehin, historien bien connu à Strasbourg. Deux illustrations accompagnent le texte. Nous allons nous intéresser aujourd’hui à l’une d’elles.

L’aquarelle du Rathsamhausen

Dans la revue, l’aquarelle est sous-titrée ‘Des châteaux forteresses et relais de chasse’, sans donner plus d’informations. Nos lecteurs et amis des châteaux d’Ottrott examineront un instant cette image et reconnaîtront d’emblée la silhouette du château de Rathsamhausen !

Le dessin est fort ancien, les couleurs aquarelles ont passé au fil du temps. Mais l’essentiel est sous nos yeux. Le plan d’ensemble du château est respecté : le donjon-palais, le donjon circulaire, le logis, la tour de flanquement des murailles, la barbacane… tous les éléments du château sont présents et bien en place. L’artiste devait se trouver légèrement au dessus de la Maison Forestière pour avoir cet angle de vue ! A notre connaissance, nous sommes devant la représentation la plus ancienne du château de Rathsamhausen.

Le Manuscrit Ms 491 de la Bibliothèque de Colmar

Intéressons à la provenance de cet dessin.

La Bibliothèque Municipale de Colmar possède une collection de manuscrits anciens. Le volume Ms 491 regroupe plusieurs œuvres dans un même volume. On y trouve d’une part un incunable de Valturius consacré à l’art de la guerre ‘De re militari’ publié en 1482 à Vérone. Puis nous trouvons le document d’où est tiré notre aquarelle : il s’agit d’une copie manuscrite du Bellifortis de Conrad Kyeser.

Conrad Kyeser (~1366, ~1405)est originaire d’Eichstadt en Franconie. Il compose, en latin, son Kriegsbuch, le Bellifortis, vers 1400. Il s’agit d’une encyclopédie militaire, qui comporte de nombreuses illustrations fort précises sur les armes utilisées à cette époque. Nous avons sur notre site souvent proposé des images tirées du Bellifortis : armes, canons, chars de guerre, procédés d’attaque, de défense. Ce livre connaît un grand succès et Conrad fait effectuer des copies nombreuses, qui sont à leur tour recopiées, remaniées.

Le manuscrit de Colmar est une de ces copies. Reliée avec l’incunable de Valturius, elle lui est donc antérieure. Notre dessin du Rathsamhausen date du milieu du XVème siècle :1450-1460.

La copie Ms 491 est composée de 79 feuillets de format 305×200 mm , douze sont déchirés. Le texte de Kyeser est reproduit en latin et en allemand. Les illustrations sont nombreuses, une par feuillet ; les dessins sont réalisés à la plume et mis en couleurs à l’aquarelle. Notre dessin est une des illustrations ajoutées par le copiste, à notre connaissance, elle ne figure pas dans le manuscrit du Bellifortis de la Bibliothèque de Göttingen (N°64).

Analyse succincte de l’aquarelle

Nous l’avons dit plus haut, le plan de masse du château est respecté. Les fossés semblent plus profonds, c’est une liberté prise par l’artiste, semble-t-il.

Le donjon-palais

L’immense donjon est bien rendu avec son sommet crénelé. La grande bretèche sud est représentée, couverte et fermée comme il se doit. Curieusement, elle se prolonge sur le mur ouest. Ceci ne correspond pas à ce que nous voyons sur le site.

Le logis

Le logis est bien situé, à l’est du donjon-palais. La toiture est bien orientée, le pignon est élégant, souligné d’un trait double et la pointe est décorée d’une sphère.

Le bergfried, donjon circulaire.

Bien localisé, le donjon semble un peu bas, sans doute un effet de perspective. Il est crénelé, comme il se doit et surmonté d’une toiture, comme indiqué sur l’étude de Thomas Biller. Les hourds ne sont pas représentés. Peut-être n’étaient-ils plus présents en1450.

La tour de flanquement

Bien située, la tour porte des créneaux fort crédibles, mais dont nous ne trouvons plus la trace aujourd’hui.

Les chemises

Les hautes murailles à l’est et au nord du château sont couvertes par des hourds, ces chemins de ronde construits en bois. Les nombreux corbeaux encore en place au château montrent que c’était bien le cas.

Les braies

Elles ne sont représentées que sur la partie sud, alors qu’il en existait bien au dessus du fossé ’ouest. La construction de celles-ci peut être postérieure à notre aquarelle. Elles portent merlons et créneaux. Une petite bretèche est accrochée devant le logis. Sur le site, il semble plutôt qu’elle fut fixée sur le mur du logis, juste un peu plus haut.

La barbacane

La barbacane est dessinée avec deux portes et deux petites tours. Un petit bâtiment s’appuie sur sa muraille à l’ouest. Cette disposition ne correspond guère à ce que nous voyons aujourd’hui. D’amples modifications de la barbacane ont pu être effectuées au fil des temps. Charles-Laurent Salch mentionne ces évolutions dans ses ouvrages.

 

Aucun doute, la copie du Bellifortis de Colmar présente bien fidèlement le château Rathsamhausen tel qu’il était au milieu du XVème siècle, après ses adaptations à l’apparition de l’artillerie.

Deux personnages sont juchés, l’un sur le chemin de ronde du donjon-palais, l’autre sur la tour de flanquement. Celui de gauche sonne du buccin, une sorte de trompette droite. Le deuxième semble jouer du ‘sacqueboute’, cet ancêtre du trombone à coulisse. Les deux instruments sont ornés d’un oriflamme.

Annoncent-ils l’arrivée de visiteurs au château . Ou bien accompagnent-ils de leur jeu une chasse menée par les seigneurs alors propriétaires des châteaux d’Ottrott : les Hohenstein et les Rathsamhausen ?

 

Merci à monsieur Philippe Jehin qui m’a fort aimablement procuré la documentation nécessaire à ce petit article.

Avant notre découverte, merci Jean-Paul, l’image la plus ancienne que nous possédions des châteaux était la lithographie de Silbermann, publiée en 1781. Les châteaux étaient déjà des ruines.

Illustrations

Le Rathsamhausen, Ms 491, Bibliothèque Municipale de Colmar, ~1450

Images tirées du Bellifortis de Keyser, ~1400

Photographies, PiP

Plan de masse, PiP

Lithographie publiée par Silbermann, 1781

Sources

Thomas Biller, die Ottrotter Schloesser Band 2, 1975

Charles Laurent Salch, Le château de Rathsamhausen-Ottrott, 1974

Catalogue Général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, Tome LVI, Colmar

La forge des châteaux d’Ottrott

Dans la vaste cour du Rathsamhausen, au moyen âge, se déroulaient toutes les activités de la vie quotidienne du château. De nombreuses bâtisses étaient adossées à la muraille surmontée de hourds. On y trouvait le logement des serviteurs des seigneurs de Rathsamhausen, un four à pain, les écuries des chevaux des seigneurs, la margelle de la citerne, où on venait puiser l’eau. Il y avait aussi une forge qui devait résonner tout le jour du son des marteaux sur l’enclume. Nous vous présentons aujourd’hui la forge des Châteaux d’Ottrott.

Voici deux images tirées du Codex Manesse. Elles montrent deux chevaliers s’adonnant au travail de la forge : c’est pour eux un simple loisir.


Le travail du fer au Moyen Âge


De fait, le travail du fer est beaucoup plus difficile. Le minerai de fer est extrait de nombreuses petites mines peu profondes, accessibles. Les filons sont plus ou moins riches. De 100 kilogrammes de minerai, on peut tirer de 20 à 55 kilos de métal. L’extraction se fait le plus souvent sur place, dans la forêt. Les bas fourneaux exigent une énorme quantité de bois, coupé aux alentours. Ils génèrent de gros volumes de scories. Lorsqu’un filon s’épuise ou que le bois manque, l’équipe cherche un nouvel endroit. Si au début XIIème siècle, les opérations d’extraction et l’élaboration des outils de fers sont regroupées en un même site, bientôt les ateliers se spécialisent. Les bas fourneaux fournissent alors les loupes de métal qui sont acheminées vers les forges situées dans les villes ou les châteaux. C’est dans ces ateliers que les armes et outils seront façonnés.

Ces deux images sont tirées du De Re Metallica, publié par Jorg Bauer, elles montrent des ateliers ou extraction et façonnage d’outils sont réunis sur un même site.


Les forges dans les châteaux du Moyen Âge


Du temps des châteaux forts, les besoins en ferronnerie des châtelains sont importants et variés. Pour la défense du château, il faut avoir des armes : épées, lances, pointes de flèches, carreaux d’arbalète, cottes de maille, casques et armures. La construction et l’entretien du château nécessite des gonds, des ferrures de portes ou de coffres, des serrures, des clous,… des milliers de clous. L’entretien des chevaux suppose de pouvoir forger des fers et de les poser. L’harnachement des montures consiste en mors, étriers, toute sorte de pièces de métal. La forge est alors nécessaire au château.

Il en était de même dans les abbayes de l’époque. Voici deux images de forgerons d’une abbaye de Nuremberg: le livre tenu par les moines a gardé une image de chaque forgeron et noté son nom.

Cependant, dans son étude des forges castrales en Alsace, C.-L. Salch ne retrouve, dans les fouilles ou dans les textes, qu’une dizaine de forges attestées sur les 450 châteaux étudiés. Sans doute, la forge n’était-elle souvent qu’un petit atelier situé dans les cours, destinée aux réparations et à l’entretien. Ces ateliers n’ont alors pas laissé de traces. Les premiers châteaux devaient disposer d’une forge autonome, puis, au fil du temps, les travaux se sont spécialisés et ont été confiés à des ateliers extérieurs. Forger une épée, fabriquer une armure sont devenus des spécialités complexes que le forgeron du château ne pouvait maîtriser. Les travaux se sont alors déplacés vers les villes. Il était plus simple d’acheter une caisse de carreaux d’arbalète que de les forger sur place.

Tirées du Ständebuch de Jost Amman, voici deux ateliers ‘spécialisés’ dans la fabrication d’objets spécifiques : à gauche, des fers à cheval ; à droite, des lames de faux.

Les forges castrales sont peu à peu devenues de simples ateliers de réparation, ou ont disparu. Mais pas partout…


La forge des châteaux d’Ottrott


Lors de leurs campagnes de fouilles, D. Fèvre et C.-L. Salch ont découvert, puis réhabilité une forge qu’ils datent du début du 15ème siècle. La forge se situe dans le château de Rathsamhausen et est adossée à l’enceinte Est de la forteresse. On ne peut que se montrer surpris par la grande taille de cette forge et de ses dépendances, et aussi s’émerveiller par les trouvailles faites lors de ces fouilles.

Voici le dessin de quelques clefs trouvées dans les châteaux d’Ottrott. Peut-être ont-elles été forgées sur place.

 


Topologie de la forge des châteaux d’Ottrott


Lors de leurs campagnes de fouilles D. Fèvre et C.-L. Salch ont dégagé une vaste forge, avec une sole de 2.30 mètres sur 1,90 , un évier attenant avec son déversoir dans les fossés du château, le bâtiment de la forge avec son pavage d’époque et deux annexes de la forge. En voici le plan de masse.

La sole de briques jaunes et rouges, posées sur chant, cernées de pierres de grès, ne possède pas de cendrier. Elle semble plus basse que ce nous pouvions attendre. Sa surface montre l’importance que la forge devait avoir aux châteaux Ottrott.

L’évier, malheureusement brisé, servait à évacuer les eaux de trempe du métal forgé.

L’appentis, situé en annexe nord, protège un four dont nous allons expliciter l’utilisation plus avant.

L’outillage de la forge n’a pas été retrouvé. Ni enclume, ni marteaux, ni pinces, le tout fut vraisemblablement évacué et réutilisé lorsque les Rathsamhausen ont quitté le château.


Les moules retrouvés lors des fouilles


Lors des fouilles des abords de la forge, plusieurs pierres gravées ont attiré l’attention des chercheurs. Il s’agit de moules destinés à la fabrication de menus objets. Les analyses effectuées par madame Fèvre nous permettent d’en savoir plus. Les forgerons d’Ottrott étaient également des fondeurs de laiton. Bigre !

Voici le tracé de trois des moules retrouvés à Ottrott.

Les pierres gravées sont de la stéatite. Vous pouvez distinguer les orifices par lesquels les fondeurs coulaient le métal en fusion dans les moules. On en tirait de petits objets de laiton estampés. Les fouilles ont permis de découvrir également un outil muni de trois coupelles qui permettait de doser l’alliage de laiton. Travailler le laiton n’est pas si facile. Le laiton s’obtient par un mélange de zinc et de cuivre. Le zinc ne supporte pas les hautes températures. Au moyen âge, on travaille directement le minerai, on incorpore le cuivre avant fusion, c’est plutôt délicat. Nos fondeurs des Ottrott étaient de véritables artistes !

Tous ces travaux minutieux étaient effectués à l’aide du four attenant à la forge. Nous l’avons cité plus haut.


Les objets de laiton coulés aux Châteaux d’Ottrott


Lorsque les chercheurs ont sondé les braies du Rathsamhausen , ils ont mis à jour de nombreux objets en laiton. En voici quelques exemples.

Une applique de vêtement, un fermoir de livre, une médaille religieuse, une initiale qui ornait un livre ancien.

En voici d’autres.

Des clous de ceintures, un couteau dont le manche est incrusté de figurines en laiton, une petite serrure.

Et pour finir, une médaille représentant un chevalier terrassant un dragon et des branlants, des attaches et boutons.

Nous ne saurions dire exactement lesquels de ces objets ont été fabriqués sur place, à Ottrott, lesquels ont été achetés par les seigneurs du lieu. Mais le dessin des moules retrouvés et la multiplication de certains objets semblent prouver que plusieurs d’entre eux aient bien été fondus sur place. Clous de ceintures, branlants, et surtout cette image du chevalier et du dragon, retrouvée à plusieurs exemplaires et qui pouvait orner un vêtement ou une bourse de chevalier.

Voyez comment étaient harnachés les chevaliers, selon le Codex Manesse, ! Tous ces colifichets étaient rivés sur les lanières de cuir des chevaux ou bien sur les riches vêtements des seigneurs. Ils ornaient montures et cavaliers lors des tournois. Ils sortaient d’ateliers de fonte semblables à celui-ci d’Ottrott.


Les Hohenstein, forgerons et fondeurs des Châteaux d’Ottrott


Selon Salch, la forge du Rathsamhausen date du début du 15ème siècle. Certes, elle peut être la continuation d’une forge plus ancienne, plus classique. Mais qui étaient les seigneurs du Rathsamhausen à cette époque ?

En 1424, Tutelman de Rathsamhausen vend le château à Henri de Hohenstein pour la somme de 1200 florins, avec le consentement de l’électeur palatin Louis. Fichtre ! Rathsamhausen et Hohenstein, les familles sont alors alliées. Ne voit-on pas leurs blasons réunis à deux reprises sur un même corbeau dans le logis du Lutzelbourg, le château voisin. ?

Henri de Hohenstein est cité de 1401 à 1444. Son fils Jacques de 1432 à 1481. C’est un garçon étonnant ! Omniprésent, nous l’avons déjà rencontré dans plusieurs de nos articles :

1460 – Des bourgeois d’Obernai jetés dans les geôles du Rathsamhausen, château d’Ottrott !

1474 – Jacques de Hohenstein et le Rosenmeer

1475 – Jacques de Hohenstein et le complot du Guirbaden.

1477 – Jacques de Hohenstein signe une paix castrale aux châteaux d’Ottrott.

Jacques de Hohenstein, prévôt du tribunal d’Obernai, a pris parti contre la Ville d’ Obernai, dans le conflit du Kagenfels. Seigneur du Guirbaden, Jacques a négocié le partage des eaux de la Magel entre Mollkirch et Molsheim. Jacques a envisagé de céder ses châteaux de Guirbaden et de Kagenfels à Charles le Téméraire et aux Bourguignons contre une forte somme. Déjoué par l’évêque, Jacques a séjourné en prison à Dachstein. Jacques a recouvré ses droits et négocié une paix castrale à Ottrott. Et c’est encore Jacques de Hohenstein, homme politique habile qui a vraisemblablement créé la fonderie de laiton des châteaux d’Ottrott.

Jacques était un chevalier, un politique, un batailleur…. Mais c’est aussi un des premiers entrepreneurs de l’époque. Le seigneur des châteaux d’Ottrott doit asseoir sa puissance sur des revenus. Les châteaux ne sont plus simplement une puissance militaire, mais aussi un lieu de production de colifichets en laiton, qui assurent la prospérité du seigneur du lieu ! La production de la fonderie d’Ottrott ne peut être écoulée sur place, les boutons, médaillons et breloques est vendue dans toute l’Alsace. Jacques de Hohenstein a plusieurs cordes à son arc. Il a créé une petite manufacture dans son château au dessus d’Ottrott.

Jacques de Hohenstein

Passementerie et breloques


Le projet des Amis des Châteaux d’Ottrott


Aujourd’hui, la forge de Jacques de Hohenstein est en triste état, abandonnée depuis dix-sept ans aux intempéries. La petite maison de bois construite par l’équipe de C.-L. Salch pour protéger ce patrimoine est en mauvais état. Pluies et vents agressent la forge du Rathsamhausen.

 

En 2017, ‘Les Amis des Châteaux d’Ottrott’ ont rétabli l’accès au Rathsamhausen, rappelez vous l’article :  Notre grand projet 2017

En 2018, ‘Les Amis des Châteaux d’Ottrott’ rénoveront la maisonnette et de protéger la forge et ses ateliers. Nous reprendrons charpente et toitures, nous nettoierons les lieux. Nous redonnerons à la forge son aspect d’antan !

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Sources


J.-F. Fino, Armes et armées du Moyen Age, 1964

J.-P. Rieb et C.-L. Salch, Aspects de la vie au Moyen Age et à la Renaissance, 1973

C.-L. Salch, Les Forges dans les Châteaux Forts, questions, 2001

  1. Fevre, La forge au château de Rathsamhausen-Ottrott, 2001
  2. Fevre, Les outils du forgeron, petit vocabulaire médiéval, 2001

Illustrations

Forgerons, Codex Manesse Liederhandschrift, ~1310

Forgerons, Das Ständebuch, Jost Amman, 1568

Forges, De re metallica, Georgius Agricola, 1556

Forgerons, Die Hausbücher des Nürnberger Zwölfbrüderstiftungen, 1418

Chevaliers, Codex Manesse Liederhandschrift, ~1310

Photographies, PiP

Schéma des bâtiments de la forge des Châteaux d’Ottrott, PiP

Lithographie, Imlin, 1821

 

Les dessins des moules et objets retrouvés aux Châteaux d’Ottrott sont extraits de l’article de madame Danielle Fèvre et du livre de messieurs Rieb et Salch. Ces articles sont très détaillés, le lecteur intéressé s’y reportera avec bonheur. (parutions du Centre d’Archéologie Médiévale de Strasbourg)

Les splendeurs du donjon-palais du Rathsamhausen

Suite à l’incendie qui détruit le Vieux Lutzelbourg, à la fin du 12ème siècle, le seigneur des lieux décide de construire le château qui prendra bien plus tard le nom de Rathsamhausen. La forteresse est alors de dimensions réduites. L’élément marquant est le donjon-palais, tout en hauteur, avec ces quatre niveaux surmontés d’un chemin de ronde crénelé. Nous nous intéressons aujourd’hui, aux salles d’apparat de cette demeure somptueuse.


Le château des sieurs de Lutzelbourg à la fin du 12ème siècle


Nous avons raconté les démêlés ‘fiscaux’ de Conrad de Lutzelbourg avec l’abbesse de Hohenburg, Herrade de Landsberg, dans un article voici quelques mois (cliquez sur le lien). C’était en 1196. Peut-être Conrad était-il le bâtisseur de ce château de l’an 1200.

Le plan retenu est des plus simples : une immense tour de base rectangulaire, à laquelle est adossé, à l’est, un corps de logis. Une petite cour, entourée de hauts remparts, complète le dispositif au nord de la tour. Les créneaux du donjon surplombent le sol de plus de 20 mètres. Fichtre !

On le voit, le château occupait à peine le quart de la surface du Rathsamhausen que nous connaissons aujourd’hui. Sans doute, l’ensemble de la plate-forme était-il toujours occupé par les annexes du château et protégé par les palissades de bois du Vieux Lutzelbourg.

Voici la restitution que propose Thomas Biller dans son étude du site datée de 1975.

L’accès se faisait à l’Ouest par une porte romane aujourd’hui murée. L’encadrement reste bien visible sur le mur ouest de la cour. La cour abritait plusieurs bâtiments de bois et la citerne du château.

Le logis ne comportait que deux niveaux. Il a été fortement remanié au cours des siècles. Ne subsistent de la période romane que les ouvertures en plein cintre du rez-de-chaussée.

Venons-en à la grande tour qui faisait la force du lieu.


Le Donjon-Palais


Nous avons retracé, dans un article passé, le contexte historique de ces années du Petit Interrègne et l’hypothèse de Charles-Laurent Salch sur la parenté entre le donjon du Rathsamhausen et les donjons de Sicile. Le lecteur intéressé se reportera à cet article. (cliquez sur le lien). Thomas Biller penche pour une hypothèse fort différente : les ‘Wohntürme’ seraient une étape de l’évolution des châteaux forts de l’Empire. Thomas recense dans ses textes plusieurs forteresses du sud de l’Allemagne, comparables à notre Rathsamhausen. (Cf. Sources)

Initialement, le donjon-palais était divisé en quatre niveaux.

Au niveau du plateau rocheux se trouvaient les caves du château, éclairées de petits fenestrons romans.

Juste sous le chemin de ronde, les greniers étaient éclairés de la même façon. Ils sont alors couverts d’une toiture en V qui permettait de récupérer les eaux de pluie dans un chéneau central.

Les deux étages intermédiaires étaient ceux dédiés à l’habitation. Le deuxième étage est particulièrement marquant par la richesse architecturale de ses éléments. C’est notre sujet, en voici le plan.


Les salles d’apparat du Rathsamhausen


Sept fenêtres romanes encore en place, une porte richement décorée, deux cheminées d’apparat, et puis une grande bretèche munie d’un système de chauffage peu courant…. Le deuxième étage du Rathsamhausen est une splendeur !

Les dimensions sont impressionnantes : longueur 12,80 mètres, largeur 8,60 mètres. L’épaisseur des murs est de 1 mètre 65. Deux étages de corbeaux permettent de déterminer la hauteur de la pièce : plus de 4 mètres 50 ! Bigre !

Les corbeaux d’un même niveau sont très proches les uns des autres, ils sont tous décorés d’un fin liseré sculpté. On dénombre seize corbeaux sur le mur Nord ainsi que sur le mur Sud. De larges poutres transversales devaient être directement posées sur ces pierres et porter le plancher de l’étage.

Nous n’avons pas trouvé d’éléments probants permettant de partager cette importante surface en plusieurs pièces. La structure de la toiture en V et le poids du chéneau de grès à l’étage supérieur laissent supposer un partage en deux moitiés : une rangée de forts piliers était nécessaire pour porter une telle canalisation. (Plusieurs éléments de ce chéneau sont exposés dans les fossés sud du château). L’emplacement décalé des deux cheminées et la répartition des fenêtres romanes vont également dans ce sens d’un partage en deux moitiés, une au nord, l’autre au sud du bâtiment. D’autres subdivisions sont possibles, mais non démontrées.

On remarque que le mur Ouest ne comporte pas d’ouverture : c’est le côté tourné vers la montagne, celui où on craignait une attaque. Le côté Nord s’ouvre par trois fenêtres qui donnent sur la cour. Sur le versant Est, deux fenêtres et la porte romane étaient situées au dessus de la toiture du logis. Au sud, on trouve deux fenêtres et l’accès à la grande bretèche, ce grand ‘balcon’ de bois qui courait à l’extérieur de la pièce.


La porte romane


Comme de nombreux châteaux de cette époque, le Rathsamhausen ne comporte pas d’escalier intérieur. Les accès à chaque niveau se faisaient par des escaliers de bois extérieurs au bâtiment. La porte du deuxième étage du donjon palais du Rathsamhausen est située dans l’angle Nord-Est. De forme ogivale, côté extérieur, elle était précédée d’une petite bretèche de bois dont subsistent les trois corbeaux et un crochet sur la façade Est. Ce petit balcon surplombait le toit du logis et était à 16 mètres du sol ! Il est probable qu’on accédait à ce lieu par un escalier de bois à partir du rempart nord de la cour du château. Ce chemin était assez incommode, certes. !

Passé l’arc ogival, on entrait dans la pièce d’apparat par une niche en tas de charge décorée d’un damier sculpté. Ce décor est unique !


Les sept double-fenêtres romanes


L’architecte du Rathsamhausen était un homme sérieux, tenant de l’unité de style, et économe de ses idées. Les sept fenêtres doubles de cet étage sont identiques ! Si on ajoute les trois baies de même type en place à l’étage inférieur et les trois restes identifiables, c’est bien treize fois le même élément architectural qui est répété dans la donjon-palais. Simplicité, efficacité !

La structure est étonnante. Vue de l’extérieur, sous un arc de décharge en plein cintre, se trouve une fenêtre double, rectangulaire. Barre d’appui et meneau sont d’un seul tenant, et le linteau est en deux parties. L’intérieur de la niche est divisé en deux ouvertures couvertes par des arcs en plein cintre. Ces fenêtres se fermaient par un système de volets fort curieux. Nous détaillerons cette structure étonnante dans un prochain article.

A ce deuxième niveau, trois fenêtres au nord, deux à l’est, deux au sud.

La fenêtre située à l’Est du mur Nord a été modifiée pour en faire une porte. Les deux baies du mur Est sont partiellement murées.


Les deux cheminées


Lorsque vous entrez par notre porte romane (sic), directement à votre gauche, se dresse une magnifique cheminée cernée de colonnettes. Quatre des six colonnes primitives sont encore en place, monolithes cylindriques taillés dans un grès très fin. Chaque colonne portait un chapiteau ouvragé. Cinq sont encore présents. En forme de corolle, chaque chapiteau est décoré de deux bandes étroites étoilées qui se croisent en leur milieu, des palmettes complètent le décor. On ne peut qu’admirer l’élégance de l’ensemble.

Nous étudierons plus avant cette cheminée dans un prochain article.

Dans l’angle opposé de l’étage, sur le mur ouest, une seconde cheminée de dimensions identiques est implantée. Malheureusement, les colonnettes ont disparu et seul un chapiteau, analogue à ceux décrits plus haut, subsiste.


La grande bretèche


Sur le mur sud, outre les deux fenêtres doubles déjà décrites s’ouvre une porte ogivale, aujourd’hui à demi murée qui donnait accès à une immense bretèche. Cette construction reposait sur huit corbeaux encore en place et était accrochée au mur sud par quatre immenses crochets de pierre. Plaquée contre la muraille par son propre poids, cette passerelle était couverte comme l’indique la corniche de pierre qui domine l’ensemble. Les dimensions sont les suivantes : longueur 7 mètres 30, hauteur 2 mètres 30 environ. On peut augurer une largeur comprise entre 1 mètre et 1 mètre 50.

Cette construction de bois domine de 16 mètres le rocher, et plus encore les fossés sud. C’était, en cas d’attaque, le lieu où les archers pouvaient se placer pour défendre la place, soit par leurs flèches, soit en projetant des pierres sur les assaillants.

Nous avons demandé à notre ami Raoul de dessiner cette bretèche. Notre artiste a représenté la bretèche sans son bardage de planches afin que vous puissiez appréhender la structure et la fixation de l’ensemble. Mais, au moyen âge, l’ensemble était totalement fermé par des planches et muni de volets amovibles.

Notez que Raoul a fort bien reproduit le détail des deux fenêtres doubles qui entourent la bretèche.


Le système de chauffage du Rathsamhausen de l’an 1200


Nous allons voir que la grande bretèche avait en temps de paix une utilité plus quotidienne.

A son extrémité Est, on observe une ouverture qui n’est ni une porte , ni une fenêtre. Coté extérieur, un arc ogival bas (~1,25 mètre). La base est située nettement au dessus du niveau du sol. Cette ouverture est aujourd’hui murée. Coté intérieur, la forme est vraiment étonnante : la niche est fermée par un mur de briques fuyant vers l’intérieur du mur. Dans ce mur de briques, un orifice carré de 50 cm de coté a été aménagé. Ce dispositif est des plus curieux, et nous n’en connaissons pas de semblables dans nos châteaux d’Alsace.

Voyons en quelques mots la lecture que fait Thomas Biller de ce dispositif. Les personnes intéressées se reporteront à son article, cité dans nos sources.

Selon Thomas, il s’agirait du premier dispositif de chauffage du palais de Rathsamhausen. Les grandes cheminées à feu ouvert n’étaient pas vraiment efficaces et l’architecte avait imaginé le dispositif suivant. Dans l’épaisseur du mur, dans la niche ogivale, un feu était entretenu. Les braises étaient alors poussées de l’extérieur dans la cavité carrée, vraisemblablement sur un brasero de métal. Les parois de briques réverbéraient, grâce à leur forme concave, la chaleur vers l’intérieur de la pièce. Ingénieux ! ! !

Ce système ‘innovant’ était répété au premier étage du château, sur le mur nord. Etait-il vraiment efficace, nous ne saurions en juger. Nous sommes un peu avant l’an 1200. Bientôt les premiers poêles à pots, précurseurs de nos poêles de faïence, les kachelofen feront leur apparition dans les châteaux forts. Le système de braseros du Rathsamhausen sera sans doute alors délaissé.

Voici une aquarelle de Raoul qui regroupe les trois éléments les plus marquants du deuxième étage du Rathsamhausen : la cheminée, la porte romane et les système de chauffage par brasero. Merci Raoul !

Imaginez la scène. Le sieur de Lutzelbourg déjeune en famille devant la cheminée d’apparat où mijotent les viandes dans un vaste chaudron. Les braseros réchauffent la pièce d’une douce chaleur. Les mets se succèdent dans les plats d’étain, le Rouge d’Ottrott emplit les verres. Il fait bon vivre…

Au même moment, les serviteurs, en plein vent d’hiver, perchés sur la grande bretèche alimentent le feu du seigneur. La vie n’était pas la même pour tous.

1200-2017, qu’y a-t-il de changé ?


Sources


C.L Salch, Le Château de Rathsamhausen-Ottrott,1974

  1. Biller, die Ottrotter Schloesser, 1975

C.L. Salch, La Clef des châteaux forts d’Alsace, 1995


Illustrations


Schémas des lieux, PiP

Photographies, PiP

Les aquarelles de Raoul Geib, artiste peintre à Saint Nabor

La restitution du Rathsamhausen de 1200, Thomas Biller, tirée de l’article susnommé

 

Carreau d’arbalète au Rathsamhausen

En 1997, André Schall était membre de l’équipe de bénévoles qui entouraient Charles-Laurent Salch aux châteaux d’Ottrott. Le 10 juin 1997, André accompagnait une classe verte de Cronenbourg, lorsque, après la passerelle de bois du Rathsamhausen, entre les deux portes, il trouve un carreau d’arbalète.

Aujourd’hui André monte souvent voir les Amchott aux châteaux et nous parle des chantiers d’alors. Il nous a confié son carreau d’arbalète. Le voici !


Arbalète


L’arbalète était déjà connue du temps des romains. Au cours des siècles, elle a connu une longue évolution. Les systèmes de chargement, de tension du boyau se sont améliorés, jusqu’à en faire une arme terriblement efficace. Du temps des chevaliers, elle était mal considérée : arme des lâches, elle tue au loin, sans besoin de courage ou de force physique. Cependant, les carreaux d’arbalète transpercent une armure à plus de cent mètres : l’arme s’imposera.

Lors du Concile de Latran (1139), l’Eglise interdit l’usage de l’arbalète lors de combats entre chrétiens ! Mais, l’arme reste licite contre les infidèles. Bigre !

Voici les deux schémas proposés par C.L. Salch dans son ouvrage, La Clef des châteaux forts d’Alsace.

La forme des carreaux d’arbalète évolue au fil du temps. Le carreau retrouvé au Rathsamhausen date du début du XVIème siècle. Il mesure 6 cm de long et pèse 20 grammes.


Les archères du château de Lutzelbourg


Le château de Lutzelbourg à Ottrott possède de nombreuses archères. De formes bien différentes, elles sont les témoins de l’évolution des armements.

  • En bas des chemises du haut château : archères pour le tir à l’arc, avec fente verticale et niche de petite dimension.
  • Dans les murs boucliers : archères pour arbalète, avec fente verticale et vaste niche
  • Dans les braies et barbacanes : fentes de tir pour couleuvrines et bâtons à feu, en forme de clefs. Nous sommes au début du XVème siècle, les armes à feu ont changé l’art de la guerre.

  • Et voici, la même archère, vue de l’intérieur du château.
  • En fait, la fente étroite s’ouvre sur une vaste niche avec un arc surbaissé. La manœuvre de l’arbalète suppose de la place, du volume, pour renverser et recharger l’engin. On note que la niche comporte une sorte de petite armoire murale. Peut-être y logeait-on la réserve des carreaux ?

  • Le mur bouclier est totalement aveugle, pas une ouverture si ce n’est une haute fente verticale, tournée vers le château voisin de Rathsamhausen.
  • Voyons les deux grandes archères des murs boucliers. Voici ce que voyait l’assaillant, coté extérieur du château.

L’accès aux archères et au donjon du Lutzelbourg


Voici une photographie du l’intérieur du château de Lutzelbourg. On distingue, le donjon avec sa porte ogivale, les deux murs boucliers, les deux vastes niches d’archères pour arbalètes. Celle de gauche est complète, la façade de l’archère de droite s’est effondrée dans les fossés. L’ensemble reste saisissant.

Nous avons demandé à notre ami Raoul d’imaginer et de remettre en place les accès des archères et du donjon. Voici l’aquarelle de Raoul.

Notre artiste s’est basé sur les corbeaux et traces d’arrachement sur les murs pour imaginer les structures en bois. La galerie et l’escalier vers le donjon étaient-ils vraiment couverts ? Difficile à déterminer. L’accès à cette galerie se faisait-il du logis nord ou du sol ? Nous ne saurions le dire. Raoul a préféré ne pas traiter le sujet.

Merci à lui de nous faire rêver du Lutzelbourg au temps des chevaliers.

Sources

C.L. Salch, La Clef des châteaux forts d’Alsace, 1995

J.F. Fino, Armes et armées du Moyen Age, 1964

Illustrations

Photographies, PiP

Aquarelle de Raoul Geib

Dessins d’arbalète et des carreaux, extraits du livre de C.L. Salch

Arbalète, dessins tirés de Bellifortis, Konrad Kyeser, ~1380

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Bâti à la période du Grand Interrègne, 1250-1273, le château de Lutzelbourg est riche d’éléments architecturaux qui nous racontent l’histoire. Nous nous intéressons aujourd’hui aux deux grandes baies qui éclairaient la salle d’apparat du logis des seigneurs du Lutzelbourg à la fin du treizième siècle.

Entrée du château de Lutzelbourg

Entrée du château de Lutzelbourg


Le Lutzelbourg à la fin du 13ème siècle


Les historiens présentent deux thèses pour la construction de ce deuxième château au dessus d’Ottrott.
Pour les uns, le Lutzelbourg serait construit lors des luttes de l’Interrègne entre les Impériaux et les tenants de l’Evêque de Strasbourg. Il s’agirait d’une bastille d’un long siège qui aurait évolué en un deuxième château.  Pour les autres, le site aurait simplement été partagé entre les membres de la famille de ministériels alors seigneurs des lieux.
Quoiqu’il en soit, le Lutzelbourg s’est construit face au Rathsamhausen. Son donjon et ses murs boucliers aveugles s’opposent au burg voisin. L’accès se fait par l’est, à l’opposé de son voisin. Les relations ne semblent pas avoir été des plus cordiales.
Voyons à quoi ressemblait cette première forteresse.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Seules les parties hautes du château étaient alors présentes. Les parties basses ne furent ajoutées qu’après l’apparition de l’artillerie au 15ème siècle. Le Lutzelbourg du 13ème se présentait sous la forme d’un pentagone et était défendu pour deux tours.
A l’ouest, le fort donjon, haut d’une vingtaine de mètres, a un diamètre de 9 mètres 50. Les deux murs boucliers ne sont pas ancrés dans la tour. Les seules ouvertures sont deux grandes archères tournées vers le Rathsamhausen. On redoutait une attaque venue du Rathsamhausen.
L’accès se faisait donc à l’opposé, à l’est par une porte gothique, protégée par une tour de flanquement demi-circulaire.
Côté nord, nous ne connaissons pas la nature des bâtiments de cette première époque, ils ont été remplacés par le logis nord qui date du début du XVème avec sa belle frise lombarde. Nul doute cependant que cette partie était également bâtie, témoin cette belle fenêtre gothique située dans la chemise nord et aujourd’hui murée. Thomas Biller y voit l’emplacement possible de la chapelle castrale.

Fenêtre du mur nord du Lutzelbourg
Fenêtre du mur nord du Lutzelbourg

Fenêtre du mur nord du Lutzelbourg

Le bâtiment principal était alors le logis sud.



Le logis du Lutzelbourg


Ce premier logis seigneurial courait tout au long du rempart sud, en bon état de conservation aujourd’hui encore.
Il était composé de trois étages. Aujourd’hui seuls les murs sud et est sont en bon état, un fragment du mur nord semble soutenu par le lierre.
On entrait par la porte gothique du château directement au rez-de-chaussée du logis. Cette porte a gardé sa belle crapaudine. (gond de pierre de la porte à un seul battant).

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg
Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Le rez-de-chaussée


Cette première salle devait faire office de cave et de salle des gardes. Elle est éclairée par quatre archères basses coté sud. Une deuxième porte donnait dans la cour du château. Ses éléments gisent actuellement au sol.
Le plafond était porté une longue ligne de corbeaux arrondis, encore en place.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg
Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Le premier étage


Ce niveau était l’habitation du seigneur. Coté sud, il est éclairé par cinq fenêtres de dimensions modestes qui furent modifiées au cours des temps. Plutôt étroites, avec des niches surbaissées, certaines sont munies de coussièges. C’est dans l’angle sud-est que s’ouvrent les deux grandes baies romanes qui nous intéressent.
Le plafond en solives de ce niveau était posé sur une rangée serrée de corbeaux dont certains sont brisés aujourd’hui.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg
Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Le deuxième étage


A cet étage, nous ne trouvons aujourd’hui que trois ouvertures à remplage carré. Selon Thomas Biller, ces ouvertures ne sont pas d’origine. Cet étage devait plutôt servir de grenier ne posséder que de petites fentes d’éclairage au 13ème siècle.
Le toit du bâtiment était posé juste au dessous du chemin de ronde crénelé encore présent sur le mur sud du château.

Sur le chemin de ronde du Lutzelbourg

Sur le chemin de ronde du Lutzelbourg


Les grandes baies du logis


La salle d’apparat du logis du Lutzelbourg comportait deux grandes baies, toutes proches sur les murs sud et est. D’une largeur de 2 mètres 80 environ, ces deux baies donnaient une vue exceptionnelle sur la plaine d’Alsace. Le sieur de Lutzelbourg avait du goût… Mais ces grandes ouvertures, situées à peu de hauteur, et à proximité de l’entrée du château, affaiblissaient considérablement la défense de celui-ci. Le bâtisseur du Lutzelbourg n’attendait pas d’attaque venant de la plaine !
Voici une vue de cet angle du logis.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Malencontreusement, la baie du mur sud a été partiellement modifiée et comblée à la Renaissance. Seule, la baie du mur oriental est restée telle qu’à l’origine.
Voici, un relevé des pierres de l’arche surbaissée.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Fort heureusement, un élément du remplage des fenêtres a été découvert, et il va nous permettre de tenter une restitution de l’aspect du logis des seigneurs du Lutzelbourg.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

Il s’agit d’un arc brisé d’une seule pièce, avec un chanfrein sur le côté intérieur. Dimensions prises, nous avons essayé d’imaginer l’angle des deux fenêtres. Et voici l’aquarelle que nous propose Raoul Geib, artiste peintre et membre de l’association ‘Les Amis des Châteaux d’Ottrott’.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

La présence des coussièges est probable, les oculi quadrilobés sont dus à l’imagination de l’artiste. C’est une forme que vous pouvez retrouver au Spesbourg, par exemple. Merci Raoul !

Les signes lapidaires

Plus simplifier le montage des éléments complexes comme une large fenêtre, les pierres étaient repérées avec des signes gravés par les tailleurs de pierre. Voici celles encore visibles sur le bord extérieur de la baie du mur est.

Les baies du logis sud du château de Lutzelbourg

 


Sources


  • Thomas Biller, die Ottrotter Schlösser, Band 1, 1973
  • Charles Laurent Salch, les deux châteaux d’Ottrott, 1992

Illustrations


  • Photographies, PiP
  • Plan schématique et relevés, PiP
  • Restitution de la salle d’apparat du logis sud, aquarelle de Raoul Geib, artiste peintre

 

Intérieur du château de Lutzelbourg

Intérieur du château de Lutzelbourg

Canonnade au rathsamhausen

La façade ouest du donjon-palais du château de Rathsamhausen présente une trouée étonnante. Côté extérieur, l’orifice est de petites dimensions : une douzaine de pierres du parement, tout au plus, ne sont plus en place. A l’intérieur du château, les dégâts sont plus importants. Nul doute, un projectile doté d’une grande vitesse est venu frapper le donjon : il s’agit de l’impact d’un boulet de canon ! Bigre ! Qui donc est venu canonner notre Rathsamhausen ?

 

Canonnade au Rathsamhausen !
Canonnade au Rathsamhausen !

Un seul impact ?


Plusieurs questions viennent à l’esprit curieux de l’observateur. Lors de quel épisode de l’histoire troublée de l’Alsace vint-on attaquer au canon le Rathsamhausen ? Pourquoi ne décèle-t-on qu’un seul impact de tir ? et pourquoi les dégâts occasionnés par ce tir n’ont-il pas été réparés ?
Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre. Commençons par la plus simple… le nombre de tirs. Et pour ce faire, compulsons nos archives. Voici le dessin que fit Louis Laurent-Atthalin de l’intérieur du donjon en 1836. Magnifique vue, éclairée par un soleil déclinant. Louis détaille le décor des salles d’apparat du donjon-palais, avec ses portes et cheminées ouvragées. Nous traiterons de ce sujet dans un prochain article.

 

Canonnade au Rathsamhausen !

Si vous concentrez votre attention sur le second étage du palais, vous verrez qu’en 1836, Louis reproduit les orifices causés par deux tirs ! Voici fortement agrandie la partie concernée.

Canonnade au Rathsamhausen !

Les dégâts de ce deuxième impact étaient donc bien présents en 1836. Ils étaient suffisamment importants pour menacer l’ensemble du mur et les restaurateurs ont comblé la brèche, vraisemblablement lors des travaux de 1857 ou 1898. Cette reprise est encore aujourd’hui bien visible au niveau des jonctions avec la paroi d’origine.


Qui a attaqué le Rathsamhausen au canon et quand ?


Si les textes historiques relatant l’histoire des châteaux sont bien rares, nous avons cependant quelques données forts précises. Le livre de famille des Müllenheim rapporte les importants travaux entrepris au Rathsamhausen, alors appelé ‘Hinterlützelburg’ par cette famille qui habita les lieux de 1477 à 1553. A cette date, le château est vendu à Conrad Dietrich de Rathsamhausen-Ehenwihr pour 400 florins. Le château semble alors en bon état.

La Guerre de Trente Ans opposa l’empereur catholique aux princes protestants dans tout l’empire. Ce fut l’occasion pour les puissances étrangères de s’impliquer dans le conflit, tout d’abord les Suédois puis les Français, qui mettront, à cette occasion, le premier pied en Alsace.
Les deux épisodes les plus importants pour le Mont-Sainte-Odile furent :

  • Le passage des troupes de Mansfeld en 1622

Ernest de Mansfeld assiège la Ville d’Obernai avec son artillerie, ouvre des brèches dans ses murs et prend la Ville. Nous avons traité de cet épisode dans notre article : Ernest de Mansfeld assiège Obernai. Ernest prit également Rosheim, mais nous avons peu de textes explicitant sa venue sur le Mont. Ceux qui nous sont parvenus ont été écrits près d’un siècle plus tard .

Hugo Peltre, chanoine du Mont, déclare dans sa Vie de Sainte Odile (1719) :‘ car la fureur des hérétiques se déchargea surtout contre la montagne de Sainte Odile, où ils mirent le feu à tous les édifices et les réduisirent en cendre’. Hugo décrit Ernest de Mansfeld comme un ‘hérétique, violent et obstiné’. Diantre !

Et voici les quelques lignes de Dionysus Albrecht , publiées en 1751, liées aux évènements de 1622. ‘Mansfeld, ennemi des ecclésiastiques et des établissements catholiques, a occupé l’Alsace avec son armée ennemie. C’est elle qui mit le feu à la maison de Dieu, nouvellement reconstruite, et a violé la tombe de Sainte Eugénie.

Rien sur nos châteaux !

Ernest de Mansfeld

Ernest de Mansfeld

  • L’occupation par les Suédois en 1632

Là encore, si le livre de Joseph Gyss détaille la longue occupation de la Ville d’Obernai, nous trouvons peu de choses sur ce qu’il se passa aux alentours. Voir notre article : ‘Les Impériaux s’emparent d’Obernai’. Selon Dionysus, les Suédois sont également montés sur le Mont. Ils n’ y ont trouvé que  quelques Prémontrés qui veillaient sur le caveau de Sainte Odile, entouré des ruines des bâtiments laissées par Mansfeld. Les Suédois auraient détruit la chapelle Sainte Odile, et également, au dessus d’Ottrott, la petite église et les habitations de Saint Gorgon. ‘ in einen Steinhauffen verkehret ’. Réduits en un tas de pierres !

La Guerre de Trente Ans correspond à la première utilisation structurée de l’artillerie en Alsace. On a vu plus haut comment la Ville d’Obernai dut, à deux reprises, capituler devant ces armes nouvelles, si efficaces contre les remparts. On peut alors suivre le raisonnement de Thomas Biller qui propose ces dates pour la canonnade que subit le château de Rathsamhausen. Les troupes d’Ernest de Mansfeld et les Suédois sont montés au couvent de Hohenburg, ils ont pu venir menacer les châteaux d’Ottrott pour demander rançon. Voici le type de canon utilisé à cette époque.

Canonnade au Rathsamhausen !
Canonnade au Rathsamhausen !

Ernest aurait alors disposé ses canons sur l’esplanade qui sépare nos deux forteresses, à quelques dizaines de mètres des murs. C’est dire le peu de résistance qu’il avait du rencontrer de la part des Rathsamhausen… Le système de barbacanes avec ses canonnières fut bien inutile, bien impuissant, devant l’armée protestante. Ernest aurait fait alors tirer deux coups de canon…. Et c’est tout ! C’est étonnant ! Pourtant, au vu des dégâts occasionnés par ces deux tirs, on peut imaginer la réaction des rares défenseurs des lieux. La reddition dut se faire rapidement, pour éviter la chute prévisible et inutile des murs des châteaux en cas de résistance.
Tout ceci n’est que conjoncture, certes, mais correspond bien à ce que nous constatons encore aujourd’hui sur le site.


La reconstruction après l’attaque


Le plus surprenant dans cette histoire est le fait que les deux impacts n’aient pas été réparés après le retrait des assaillants. Que constatons nous ? Deux brèches dans les murs du donjon. Nul doute que les planchers aient également souffert de la canonnade. Les piliers qui portaient les plafonds de la pièce ont-il tenu ? Leur chute n’a-t-elle pas entraîné la toiture, ou une part de celle-ci ? Le donjon était vraisemblablement inhabitable !
Le logis est adossé au donjon-palais. Situé dans la ligne de tir, il a pu subir des boulets dont nous n’avons plus la trace. Dans le logis, on dénote des travaux postérieurs à cette époque Le plus marquant est l’inversion de la toiture. Le faîtage était orienté nord-sud. Dans la dernière phase d’occupation des lieux, il semble être axé est-ouest ainsi que le montre bien le relevé réalisé par J. P. Frey en 1974. On observe le raccord d’un toit à deux pans, situé plus bas que précédemment et perpendiculaire à la toiture initiale. La trace de ce raccord est située juste en dessous des deux impacts de tir.

 

Canonnade au Rathsamhausen !

Il est vraisemblable que le logis ait été lui aussi fortement touché par l’attaque. On a alors réorienté les toits pour ne pas avoir à intervenir sur le mur du donjon-palais que l’on a laissé en l’état. Comme le remarque Thomas Biller, cette dernière phase de réhabilitation du logis semble être faite à l’économie. Les Rathsamhausen n’ont pas pu ou pas voulu investir trop d’argent pour leur château. Le donjon-palais n’a pas été réparé, il ne devait plus être habité, dès cette période. Seul le logis a été reconstruit, mais plus bas que son prédécesseur. Orienté différemment, à moindre coût.
Cent ans plus tard, en 1732, Wolf-Christoph de Rathsamhausen édifie la demeure qui est aujourd’hui la Maison Forestière de Rathsamhausen à quelques dizaines de mètres. Sans doute, ce dernier logis du château était-il devenu trop inconfortable pour l’époque. Le site des châteaux est alors occupé par une grande ferme, où Wolf-Christoph élevait des chevaux.

 

Brèche, face intérieure du Rathsamhausen

Brèche, face intérieure du Rathsamhausen


Illustrations


  • Photographies, PiP
  • Dessin au crayon de Louis Laurent-Atthalin, 1836
  • Portraits d’Ernest de Manfeld, images internet
  • Canon de la Guerre de Trente Ans, image internet
  • Relevé de J.P. Frey, façade est du Rathsamhausen, CAMS, 1974
  • Canonnade, eau forte tirée de Die Neuen Perspektiva, W.H. Rhin, 1547

Sources


  • Hugo Peltre, La Vie de Sainte Odile, 1719
  • Dionysus Albrecht, History von Hohenburg, 1751
  • Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, Tome II, 1866
  • Jean Wirth, Note sur les Châteaux d’Ottrott, 1974
  • Thomas Biller, die Ottrotter Schloesser Band 2, 1975

 

Die Neuen Perspektiva, W.H. Rhin, 1547

Die Neuen Perspektiva, W.H. Rhin, 1547

Les Müllenheim au château de Rathsamhausen

Les Amis des Châteaux d’Ottrott œuvrent pour la sauvegarde des deux ruines qui dominent la commune. Lors de l’entretien du site, il nous arrive de découvrir des objets du passé. Soyons clairs ! Nous ne sommes pas habilités à fouiller les châteaux : ce travail ne peut être conduit que par les archéologues lors de campagnes de fouilles autorisées. Mais parfois, le vent ou le ruissellement des pluies mettent à découvert quelques fragments d’objets anciens. Témoin cette découverte de notre ami Charles.

Les Müllenheim au château de Rathsamhausen

Il s’agit d’un fragment d’un carreau de kachelofen.
Souvent, les visiteurs se montrent surpris lorsqu’ils visitent les ruines de nos châteaux forts d’Alsace par le peu de cheminées qu’ils y trouvent ! Pas de vestige de cheminée dans le Lutzelbourg ! Seulement trois cheminées pour l’ensemble du donjon-palais du Rathsamhausen. Pourtant, l’hiver, il devait faire bien froid dans les vastes salles qui avaient plus de quatre mètres de hauteur ! Rassurez-vous les seigneurs de ces temps lointains  ne devaient pas se contenter des foyers ouverts des quelques cheminées d’apparat qui ornaient les logis. Dés le haut moyen âge, nos châteaux étaient pourvus de poêles. Ce furent d’abord des poêles à pots, avant de devenir ces kachelofen, nos poêles recouverts de carreaux de faïence, encore bien présents en Alsace, ceux qui nous tiennent bien chaud même au plus profond des hivers les plus rigoureux.

Cheminée, deuxième étage du Rathsamhausen

Cheminée, deuxième étage du Rathsamhausen

(Nous traiterons spécifiquement des diverses méthodes de chauffage employées dans les châteaux d’Ottrott dans un prochain article.)
Revenons à la trouvaille de mon ami Charles. Le fragment mesure environ 11 cm sur 7. Le carreau lui-même devait être carré et mesurer quinze centimètres de coté. Voyons, avec l’aide des outils informatiques appropriés, à quoi pouvait ressembler notre carreau vernissé.

Les Müllenheim au château de Rathsamhausen

Bigre ! Nous voici devant un emblème bien connu en Alsace : la Rose des Müllenheim ! Ne soyez pas surpris, les Müllenheim furent bien les propriétaires du Rathsamhausen au quinzième et au seizième siècles. Un superbe Kacheloffen portant leurs armoiries devait alors trôner dans la salle de réception du château !
La trouvaille de Charles est l’occasion de dire un mot de l’histoire du château au temps des Müllenheim. Nous tenterons aussi de donner une idée de son aspect d’alors.


Début du quinzième, au château, avant les Mullenheim, les Hohenstein


En 1424, Henri de Hohenstein achète le château aux Rathsamhausen et un tiers du village de Nieder-Ottrott pour la somme de  1200 florins. Quelque cinquante ans plus tard, Jacques de Hohenstein transmet le château à son gendre Daniel de Müllenheim. Il s’agit en fait de la dot de sa fille.
En 1477, la transaction est reconnue par le comte palatin Philippe.

Les Châteaux d'Ottrott, Matthis

Les Châteaux d’Ottrott, Matthis

Nos lecteurs intéressés par la période des Hohenstein peuvent se reporter aux articles suivants :


Les Müllenheim au château de Rathsamhausen 1477-1553


La famille des Müllenheim est une des plus puissantes familles aristocratiques d’Alsace. Ses membres étaient fort nombreux et Sitzmann dans son Dictionnaire des Hommes Célèbres de l’Alsace la divise en une trentaine de branches différentes. Bigre ! Il était naturel que les Hohenstein et les Müllenheim finissent par se rapprocher à l’occasion d’un mariage.

Blason des Müllenheim

Blason des Müllenheim

Jean Wirth a étudié le ‘Famillienbuch Mullenheim’, archives familiales, et en a tiré les éléments qui concernent leur occupation du château d’Hinterlützelburg, appelé aujourd’hui Rathsamhausen. Voici les éléments qui nous ont intéressés, les passionnés liront le détail dans l’article de J. Wirth.

  • 1478 : déclaration de Hans Grempss, qui fut célérier de Daniel de Müllenheim.
  • 1492 : on apprend que Daniel de Müllenheim et Egenolf de Rathsamhausen paient 4 livres, 4 schilings et 15 pfennigs d’impôts pour leur châteaux d’Ottrott.
  • 1500-1507 : litige entre Daniel de Müllenheim et la Ville d’Obernai au sujet des forêts qui entourent le château.
  • 1511 : investiture de Jean de Müllenheim pour l’Hinterlützelburg, par Louis, comte palatin.
  • 1517-1519 : correspondance entre Jean de Müllenheim et la Ville d’Obernai au sujet des limites des propriétés, toujours en litige.
  • 1521 : Jean de Müllenheim cède son château à ses frères : Christophe et Caspar de Müllenheim. Ceux-ci entreprennent la restauration des lieux. Christophe et Caspar résident à l’Hinterlützelburg.

C.L. Salch détaille les transformations effectuées à cette époque dans le Rathsamhausen. En voici les principales,

– les deux étages d’habitation du donjon-palais du XIIème siècle avaient plus de quatre mètres sous plafond. Les Müllenheim ajoutent deux étages intermédiaires. On distingue les corbeaux de moindre taille encore en place dans les murs. Plusieurs baies romanes sont rebouchées, côté est. De nouvelles ouvertures, en arc surbaissé, sont percées, coté sud, pour éclairer les nouveaux espaces.
– la toiture du donjon-palais est inversée. Les écoulements d’eau de pluie qui se faisaient dans une gouttière centrale, sont reportés sur les murs Nord et Sud avec déversoirs en façade.
– modification des caves
– le logis est également surélevé d’un étage. Les nouvelles ouvertures sont de style Renaissance.

On le voit, tous ces travaux induisent un gain important de la surface habitable. Les Müllenheim et leurs gens devaient être fort nombreux au Rathsamhausen !
Voici la restitution que propose C.L. Salch du château à cette époque

Les Müllenheim au château de Rathsamhausen
  • 1533 : Jean et ses frères sont confirmés dans leur investiture par le comte palatin Louis.
  • 1534 : Jean de Müllenheim, malade, se fait représenter lors de débats à propos du château par son cousin Asmus, auprès du comte Louis.
  • 1553 ou 1557 : Mort de Christophe de Müllenheim, Caspar, son frère, vend alors le château et ses dépendances à Conrad-Dietrich de Rathsamhausen-Ehenwihr pour 400 florins.

Selon Max Herbig, les Rathsamhausen font une excellente affaire : ‘Im Jahre 1557 kaufte die Familie ihr schönes Stammschloss, die Hinterlützelburg, die wieder im alten Glanze prangte, von den Müllenheim zurück.’… ‘En l’an 1557, la famille rachète aux Müllenheim son château d’origine, l’Hinterlützelburg qui, à nouveau, resplendissait de son éclat passé’.
C.L. Salch, au contraire, parle d’un ‘manoir incommode et délaissé’, ‘ un château quasi-abandonné et faute d’entretien, menaçant ruine’ que rachèteraient les Rathsamhausen. Même si, allant dans le sens de monsieur Salch, les 400 florins de 1553 nous semblent peu de choses comparés aux 1200 florins de 1424, nous ne nous prononcerons pas.

  • 1561 : Frédéric, comte palatin, entérine la vente et donne le fief à Conrad-Dietrich et Jean de Rathsamhausen.

Les Rathsamhausen sont alors possesseurs des deux châteaux d’Ottrott et le Hinterlützelburg devient, enfin, le Rathsamhausen.

Les Müllenheim au château de Rathsamhausen

A titre de comparaison, voici la restitution proposée par Thomas Biller du château à la fin de ce siècle. Quelques détails s’éloignent de la proposition de C.L. Salch, notamment au niveau des toitures.


La restitution de J. Naeher 1905


Nous vous avons présenté plus haut les restitutions du Rathsamhausen par deux spécialistes reconnus du lieu : C.L. Salch et T. Biller. Voici, pour conclure cet article, une toute autre image qui vise cependant le même but : décrire le château au temps de la splendeur des Müllenheim.
Julius Naeher  a dessiné, à partir des plans de masse, toute une série de lithographies, où il représente ce que pouvaient être les châteaux du Saint Empire. Ingénieur de formation, Julius donne parfois une image un rien ‘romantique’ des lieux. En ce qui concerne le Rathsamhausen, Julius est bien reparti du plan des ruines. Le tracé des murailles, des braies et des barbacanes correspond à la réalité.

Les Müllenheim au château de Rathsamhausen

Quelques détails peuvent surprendre cependant :

  • Les créneaux du donjon carré sont bien nombreux.
  • La toiture du logis est mal orientée.
  • La barbacane ne se prolonge pas vraiment ainsi aussi loin à l’ouest.
  • La poivrière au dessus de la porte est inventée.
  • Les chiens-assis, situés au dessus des créneaux, sont un rien hors d’époque.
  • Les hourds du donjon circulaire ne devaient plus exister à la Renaissance.

Mais détails que tout cela !
Les lithographies de Julius nous font toujours autant rêver, et les frères Christophe et Caspar de Müllenheim avaient un bien beau kachelofen avec leurs armoiries pour chauffer l’immense salle de réception du château de Rathsamhausen.


Illustrations


  • Photographies, PiP et FrP
  • Photographie de la cheminée du Rathsamhausen, Ernest
  • Les deux Ottrott, médaillon de Matthis,1841
  • Armoiries des Mullenheim, PiP selon documents Internet
  • Restitution du Rathsamhausen, C.L. Salch, CAMS, 1974
  • Restitution du Rathsamhausen, T. Biller, 1975
  • Restitution du Rathsamhausen, J. Naeher, 1905
Le Rathsamhausen, vu du ciel

Le Rathsamhausen, vu du ciel


Sources


  • M. Herbig, Ottrotter Schlösser, 1904
  • Fr.E. Sitzmann, Dictionnaire des Hommes Célèbres de l’Alsace, 1909
  • J. Wirth, Note sur les châteaux d’Ottrott, 1974
  • C.L Salch, Le Château de Rathsamhausen-Ottrott,1974
  • T. Biller, die Ottrotter Schloesser, 1975

Merci à Charles qui a découvert la matière de cet article !


 

1355 Charles IV écrit à la ville d’Obernai

Le petit Charles, enfant, était prénommé Venceslas en fait. Fils du roi Jean de Bohême, il fut élevé par son parrain, Charles IV le Bel, à la cour de France. Le séjour dut lui plaire puisqu’ appelé au trône, il choisit le prénom de son glorieux parrain. Nous nous penchons aujourd’hui sur une lettre que Charles envoie à la Toussaint 1355 à la Ville d’Obernai.


Quelques mots sur l’empereur Charles IV


Charles est élu Roi des Romains dés 1346. Ce titre honorifique lui promet l’accès au trône impérial. Il ne deviendra empereur qu’en l’an 1356, à la mort de Louis IV, après de longues années de négociations : Charles était le candidat du pape Clément VI face aux princes allemands.

L’acte politique marquant de son règne est la Bulle d’Or. Ce texte, promulgué dès 1356, décrit les règles de l’élection des futurs empereurs du Saint Empire. Il restera en vigueur jusqu’au XIXème siècle.

Charles était protecteur des arts, c’est lui qui fit embellir Prague et édifia la cathédrale Saint-Guy de Prague. Nous avons raconté par ailleurs la manière étonnante qu’utilisa Charles pour ‘attirer’ des reliques prestigieuses à Prague. ( Reliques de Saint Florent, Reliques de Sainte Odile, cliquez sur les liens).


Le manuscrit des archives municipales d’Obernai


L’ancienne ville impériale a conservé bon nombre des archives de son glorieux passé. Lors de nos recherches sur les châteaux d’Ottrott, notre attention a été attirée par un manuscrit bien ancien. Jugez par vous même !

Les premiers mots sont prometteurs : ‘Wir Karl von gots gnaden romischer kunig…’ Nous, Charles, Roi des Romains par la grâce de Dieu… Mais, pourquoi Charles écrivit-il à notre bonne Ville d’Obernai ?

Tentons une proposition de traduction du manuscrit…


Nous, Charles, Roi des Romains par la grâce de Dieu, protecteur de l’empire et roi de Bohême, souhaitons tout le bien au prévôt, au conseil et aux bourgeois de la Ville d’Obernai, tous ensemble, nos âmes et féaux, ainsi que ceux du Saint Empire. Vous auriez porté préjudice à notre féal Dietherich de Rotzenhüsen, que Cuneman, prévôt de Wazzelnheim, a privé de ses biens d’Ottenrode, qu’il détient comme alleu de nous même et qui dépendent du Saint Empire. C’est pourquoi nous demandons à nos âmes et féaux qu’ils protègent le susnommé Dietherich dans ces mêmes biens, de part nous et les lois de l’Empire, à moins que le litige ne nous soit présenté, de par le droit et conformément aux usages du pays.

Haguenau, le dernier mercredi précédant la Toussaint, dans la huitième année de notre règne.

Charles

Lettre de Charles IV, Archives d’Obernai, DD106


Visiblement, Dietrich de Rathsamhausen est en conflit avec un ‘Cuneman de Wazzelheim’, qui l’a spolié de la jouissance de ses biens à Ottrott. Nous sommes en 1355, et la chronique nous parle par ailleurs, quelque années plus tard, d’un Cuno de Wasselonne. Mais, diantre, que faisait-il à Ottrott ?

Notre Dietrich semble au mieux avec le pouvoir : le roi des Romains ne prend-il pas la peine d’écrire à la Ville d’Obernai pour qu’elle protège son cher Dietrich ?

 

Selon J. Gyss, les Stettmeister de la Ville étaient alors : Johans Schencke, Diebolt Schencke, tous deux chevaliers, Johans von Oberkirch, écuyer et Johans Rebeman. On ne sait la suite donnée à cette missive du futur empereur.

Gageons cependant que l’action ne fut pas suffisante… Quelques années plus tard, en 1383, Wenceslas, successeur de Charles IV, dut faire intervenir le duc Jean de Lorraine et l’évêque de Strasbourg Frédéric de Blankenheim pour protéger les mêmes Rathsamhausen, Dietrich et sa mère Elsen, de leurs ennemis.

 

 

Le sceau du parchemin de nos archives a été ôté, peut-être dérobé… Nous vous proposons celui que Charles IV avait apposé à la Bulle d’Or !


Les Rathsamhausen à Ottrott au XIIIème et XIVème siècles.


Dès 1227, Gertrud de Rathsamhausen est citée à Ottrott. C’est elle, remariée avec Eberhard d’Andlau, qui décide avec l’accord de son fils Hartmann de Rathsamhausen de remettre les droits patronaux de la chapelle Saint Nicolas à l’abbesse de Niedermunster. La chapelle aurait été construite par ses parents.

 

La missive de 1355 de Charles IV est le deuxième texte qui confirme l’implantation de la famille à Ottrott.

 

Curieusement, ce n’est qu’en 1393 ; bien tardivement, que les Rathsamhausen sont investis d’un des châteaux d’Ottrott, le VorderLutzelburg, aujourd’hui château de Lutzelbourg. Le château était alors en ruines (Burgstall). Le titre porte le nom de trois frères : Hartmann, Egenolphe et Jean’. Les droits leurs sont alors disputés par la famille d’Andlau. Peut-être les Rathsamhausen étaient-ils déjà les châtelains de l’HinterLutzelburg ? Mais les textes n’en disent rien.

En 1398, la lettre d’investiture de Gérothée et Dietrich de Rathsamhausen par le prévôt Frédéric d’Oettingen nous en apprend plus sur l’implantation réelle de la famille autour du Mont-Sainte-Odile.

‘ die Purgk zum Stein mit irem Burgbanne und das Kirspiel zu Roto,… die zween höfe zu Ottenroden mit Leuten, gerichten, gütern, zinsen,…. den Zehenden zu Obern Ehenheim,, den man nennet den Frytelzehenden mit aller seiner zugehörend als er dasselbst gelegen ist,… der Theil an der Burg zu Kungesperg samt dem Wald und anderen Lehen….

Lettre citée par Joseph Gyss

Le château de la Roche et la paroisse de Rothau,.. les deux cours à Ottrott avec leurs gens, leurs biens, leurs droits,… la cour dîmière d’Obernai qu’on appelle Frytelzehenden, ainsi que tous les attenants,.. une part du château de Kungesperg, ainsi que d’autres fiefs…

Là encore, les châteaux d’Ottrott se sont pas mentionnés dans les biens familiaux… Néanmoins, dès la fin du XIVème siècle, les Rathsamhausen étaient déjà une famille puissante au pied du Mont !

Retrouvez nos articles dédiés aux châteaux d’Ottrott en cliquant sur le lien !


Sources


Manuscrit de Charles IV, Archives Obernai, DD106

Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866


Illustrations


Photographies du parchemin, PiP

Ecusson des Rathsamhausen sur le palais de Lutzelbourg

Charles et son épouse Blanche de Valois

Armoiries des Rathsamhausen, mise en couleurs, PiP

Sceau de Charles IV, image Wikipedia

Der wilde Jäger im Ottrott

Dernièrement, mes promenades ont tendance à me mener aux châteaux d’Ottrott. Mes lectures tournent autour de l’histoire des deux vieux burgs qui dominent la plaine d’Alsace entre Obernai et Mont Sainte Odile. C’est aujourd’hui l’occasion de vous raconter la légende du ‘Wilde Jäger’, ce féroce chasseur qui, la nuit, après minuit, hante les forêts entre le château de Lutzelbourg et l’Elsberg.


La légende du Féroce Chasseur, selon C. EM Matthis


Dans son livre dédié à l’Alsace, Matthis raconte le voyage de la famille du colonel Lamy en Alsace. Dans les premiers chapitres, Lamy parcourt le Mont Sainte Odile et est logé dans la maison forestière des châteaux d’Ottrott par le garde Harold. Un soir, le fils du forestier raconte que la petite maison située sous le château de Lutzelbourg serait hantée ! Un homme la quitterait la nuit pour des folles chevauchées vers l’Elsberg, entouré d’une meute de chiens hurlants. Suit alors une histoire effrayante !

Selon Matthis, nous sommes au dixième siècle, sous le règne d’Hermann de Souabe, duc d’Alsace. Bigre ! Sur le rocher se dresse le burg du comte Eberhard, surnommé le Sauvage, un homme ‘cruel et sans religion, qui ne se plaisait qu’aux orgies, à la chasse et à la guerre’.

Un dimanche, délaissant l’appel des cloches à la messe, Eberhard décide de partir à la chasse, vers la plaine. Il rencontre alors deux cavaliers bien étranges. Le premier est jeune, beau, blond, aux yeux bleus et monte un cheval blanc. Le second est vieux, laid à frémir, regard torve, il monte un cheval noir.

Le cavalier blanc enjoint Eberhard de ne pas chasser ce jour. Le cavalier noir le presse d’éviter les ‘sottes litanies’ des moines et de continuer sa chasse. Ce que s’empresse de faire Eberhard.

Il s’en suit une folle chevauchée, où on voit le comte se comporter de façon fort peu digne. Eberhard voit tomber de fatigue ses piqueurs et veneurs, sans arrêter sa course. Il poursuit un cerf blanc (sic) jusque dans les champs de blé de pauvres paysans , qui voient leur récolte détruite par la chasse. Plus loin, le cerf se réfugie au sein d’un troupeau. Le Comte Sauvage massacre pâtres et troupeau….

A chaque exaction, le cavalier blanc tente de s’interposer, le cavalier noir pousse Eberhard à passer outre.

Enfin, le cerf se réfugie dans la chapelle d’un ermite ! L’ermite et le cavalier blanc adjurent le Comte de respecter le sanctuaire. En vain ! Mais voici la fin de cette terrible histoire racontée par C.EM. Matthis.

 

Doho, Houdada ! Dût cette bête encornée s’aller cacher au septième ciel, ce n’est ni toi, ni ton Dieu qui m’empêcherez de l’atteindre !

 

A peine eut-il proféré ce blasphème que l’ermite ainsi que la chapelle disparurent soudainement à ses yeux. Il regarda derrière lui : son cortège s’était évanoui également. Le comte se trouvait au milieu d’une clairière où régnait de toutes parts un silence lugubre. Terrifié, il porta son cor à ses lèvres : l’instrument ne rendit aucun son. Il appela : l’écho seul de sa voix lui répondit. Il éperonna son cheval : l’animal resta comme pétrifié. La nuit se mit alors à tomber. Un bruit semblable à celui de la mer en courroux s’éleva dans les airs et une voix puissante comme le tonnerre cria aux oreilles du chasseur.

  • Homme sans entrailles, suppôt de l’enfer ! tu as insulté Dieu et sa créature ;l e sang de tes victimes réclame vengeance ! Sois maudit ! au milieu de toutes les horreurs démoniaques, tu continueras ta chasse satanique jusqu’au seuil de l’éternité, pour servir d’exemple aux tyrans, qui comme toi se complaisent dans le crime, et ne songent qu’à assouvir leurs passions. !C.EM. Matthis, L’Alsace et les alsaciens à travers les sièclesFichtre ! Que voilà une belle histoire à raconter aux enfants, le soir à la veillée.

 

  • Au même instant une main gigantesque sortit de terre et tordit le coup au noble seigneur. Puis des éclairs sillonnèrent la forêt, une mer de feu entoura Eberhard, des milliers de monstres et de molosses furieux s’agitèrent dans les flammes crépitantes, et le comte sauvage, les cheveux hérissés, les yeux lui sortant des orbites, le col disloqué, la face dans la nuque, enfonça ses éperons dans les flancs de son cheval. Le coursier se cabra et partit comme une flèche, entraînant sa suite diabolique qui emplissait au loin les halliers de clameurs et de hurlements lamentables. Et depuis de moment le Rheingraf mène cette chasse fantastique à travers les siècles, le jour dans les entrailles de la terre, la nuit au milieu des airs, semant la terreur et l’effroi.

Le Chemin des Chasseurs, à Ottrott


 

La légende du Féroce Chasseur peut sembler un rien trop ‘bien-pensante’ pour posséder la moindre base de réalité. Cavalier blanc contre cavalier noir, le bien contre le mal. Un comte ‘cruel et sans religion’ qui ne respecte pas une chapelle et finit maudit, poursuivi par une meute de monstres… Le lecteur pense à une fable pour les enfants. Cependant, à deux pas des châteaux d’Ottrott, vous pouvez suivre le Chemin ‘des’ Chasseurs ! Et quel était le nom de ce sentier voici quelques années : Jägerpfad ! Que nous traduirions plutôt par le Sentier ‘du’ Chasseur !

Suivons un instant le tracé de ce sentier… Il débute au pied de la maisonnette ‘hantée’ et part, à flanc de colline, comme pour rejoindre Sainte-Odile, vers Saint-Gorgon, où se tenait, un temps, une chapelle. Notre cerf blanc aurait-il cherché refuge à Saint-Gorgon ?


La poésie de Gottfried August Bürger


Allons, allons… quittons ces rêves ! Nous sommes bien loin de la réalité. Matthis rapporte de façon imagée dans son livre, une histoire plus ancienne. Cette première version a été écrite en 1778 par Gottfried August Bürger, un poète allemand. Sous le titre ‘Der wilde Jäger’.

 

Dans les vingt-six strophes de six vers de son poème, Gottfried ne cite pas de lieu, ne donne pas le nom du comte qui est désigné par le terme générique de ‘Rheingraf’. Par contre le récit, les deux cavaliers, la rencontre avec les paysans, puis les pâtres, puis l’ermite, tout raconte la même histoire : le comte ne songe qu’à sa chasse et ne respecte ni les champs, ni les troupeaux, ni même l’Eglise. Sa conduite semble même plus dure envers les paysans et les bergers. Ses paroles sont plus violentes envers l’ermite. Mais, pour finir, sa punition est la même : le cou rompu, le comte est condamné à parcourir la forêt, la nuit, jusqu’à la fin des temps.

Voici les dernières strophes de la poésie de Gottfried.


Es flimmt und flammt rund um ihn her,

Mit grüner, blauer, roter Glut;

Es wallt um ihn ein Feuermeer;

Darinnen wimmelt Höllenbrut.

Jach fahren tausend Höllenhunde,

Laut angehetzt, empor vom Schlunde.

 

Er rafft sich auf durch Wald und Feld,

Und flieht lautheulend Weh und Ach;

Doch durch die ganze weite Welt

Rauscht bellend ihm die Hölle nach,

Bei Tag tief durch der Erde Klüfte,

Um Mitternacht hoch durch die Lüfte.

Im Nacken bleibt sein Antlitz stehn,

So rasch die Flucht ihn vorwärts reißt.

Er muß die Ungeheuer sehn,

Laut angehetzt vom bösen Geist,

Muß sehn das Knirschen und das Jappen

Der Rachen, welche nach ihm schnappen. –

Das ist des wilden Heeres Jagd,

Die bis zum Jüngsten Tage währt,

Und oft dem Wüstling noch bei Nacht

Zu Schreck und Graus vorüberfährt.

Das könnte, müßt er sonst nicht schweigen,

Wohl manches Jägers Mund bezeugen.

Gottfried August Bürger, Der wilde Jäger,


Pour nos quelques lecteurs, improbables, qui ne liraient l’allemand, voici la traduction poétique de ces mêmes vers, écrite par Gérard de Nerval. (Nous ne nous refusons rien !)

‘Une flamme bleue, verte et rouge éclate et tournoie autour de lui… Il est dans un océan de feu ; il voit se dessiner à travers la vapeur tous les hôtes du sombre abîme ; … des milliers de figures effrayantes s’en élèvent et se mettent à sa poursuite.

À travers bois, à travers champs, il fuit, jetant des cris douloureux ; mais la meute infernale le poursuit sans relâche, le jour dans le sein de la terre, la nuit dans l’espace des airs.

Son visage demeure tourné vers son dos : ainsi il voit toujours dans sa fuite les monstres que l’esprit du mal ameute contre lui ; il les voit grincer des dents et s’élancer prêts à l’atteindre.

C’est la grande chasse infernale qui durera jusqu’au dernier jour, et qui souvent cause tant d’effroi au voyageur de nuit. Maint chasseur pourrait en faire de terribles récits, s’il osait ouvrir la bouche sur de pareils mystères.’


L’abri sous roche de l’Elsberg


Le livre de Matthis est riche en anecdotes. Plusieurs ont été déjà rapportées sur notre site. Mais, pour compléter notre propos, revenons à l’Elsberg, avec cette étrange histoire que nous n’avons jamais rencontrée par ailleurs. Selon Matthis, en 1891, l’abri sous roche qui est situé sous le kiosque était habité. Martin Fantaleyron était natif du Périgord. Lors de la guerre de 1870, son fils, Pierre, avait été appelé eu front, et y avait trouvé la mort. Martin serait alors venu en Alsace pour être plus proche de son enfant.

Sans ressources, il vivait dans la petite grotte qu’il avait aménagée. Réserve d’eau, petit poêle à bois. Une chèvre lui tenait compagnie. Martin chassait la marte et le renard pour en vendre les peaux. Les gens du pays l’appelaient le ‘Steinmartel’. Martin recherchait les objets préhistoriques : haches, pointes de lances, flèches en silex, objets de pierre polie, objets de bronze, monnaies gauloises et romaines.

(Si un lecteur ottrottois avait des détails, qu’il n’hésite pas à nous joindre).


Le Bocksfelsen ou Bocksstein, à Saint-Nabor


A quelques pas du chemin ‘du’ ou ‘des’ chasseurs, non loin de Saint-Gorgon, un autre lieu était encore sous peu source de légende : le ‘Bocksfelsen’, que vous pouvez retrouver sur les vieilles cartes du Club Vosgien sous le vocable de ‘Bocksstein’. Le ‘Rocher du Bouc’ dominait le village de Saint Nabor, non loin de Saint -Gorgon. Selon les légendes rapportées par Schweighäuser (en 1825), des esprits maléfiques hantaient cet amas de rochers qui surplombait la vallée. Ces diables importunaient les voyageurs et les habitants des villages environnants. A cet endroit, notre ‘Féroce Chasseur’ aurait craché sur la roche ! Bigre !

Selon une source bien informée et proche des lieux et de ces phénomènes para-normaux, le Bocksstein aurait été victime, voilà quelques années, des dernières extensions des Carrières de Saint Nabor. Pffff… disparu !

(Cette dernière affirmation reste à confirmer, merci de me communiquer vos remarques.)


Sourions un instant….


Les histoires de ‘spectre chasseur’ sont courantes dans les légendes germaniques. Les versions sont nombreuses, la trame est souvent la même. Mais, intéressons-nous, selon les auteurs, aux cris des chasseurs pour relancer la meute….

Doho, Houdada, selon Matthis

Horrido, Hussasa, selon Bürger

Huhde, Hudada, selon Stöber

Bigre !

 

Finement, August Stöber termine ‘sa’ version de ‘notre’ histoire par les mots suivants :

‘Sein Jagdruf war‘ Huhde, huhdada !’ und das Hundegebell ‘Bahbahbäh’.

Jetzt wird er nicht mehr, oder nur selten gehört !’

Pour les non-alsaco-comprenants : Le cri du chasseur était ‘ Huhde, huhdada !’et celui des chiens ‘Bahbahbäh’.

Aujourd’hui, on ne l’entend plus, ou alors, rarement !

 

Soyons rassurés, nous pouvons marcher, même de nuit, sur le Sentier du Chasseur, notre Jägerpfad !

 

Merci à Pascal qui m’a prêté le livre de Matthis

Merci à Véro pour ses indications précieuses sur le Bocksfelsen


Sources


Gottfried August Bürger, Der wilde Jäger, 1778

August Stöber, die Sagen des Elsasses, 1852

C.EM. Matthis, L’Alsace et les alsaciens à travers les siècles, 1891


Illustrations


 

 

 

1227 Eberhard d’Andlau nous écrit

Voici quelques mois nous vous avions présenté un document daté de 1196. Il y était question du règlement d’un différent entre Conrad de Lutzelbourg et l’abbesse du Mont Sainte Odile, Herrade de Landsberg. Nous nous penchons aujourd’hui sur une chartre écrite quelques trente ans plus tard. Elle est signée d’Eberhard d’Andlau et concerne la chapelle d’Ottrott-le-Bas. Voici le document que vous pouvez consulter aux Archives Départementales à Strasbourg.



Certes, le document comporte quelques déchirures, un vaste trou et un gros pâté. Tentons cependant la traduction du texte.


Nous portons cet écrit aux regards de tous ! Recevez notre salut !

Cet écrit fut institué lors de nos années heureuses, et confirmé après une délibération avisée.

Dans sa marche, le temps n’efface-t-il pas tout dans la sombre erreur de l’oubli ? Seuls les écrits sont éternels !

 

Les demandeurs sont présents, mes descendants aussi, ainsi que, moi, Eberhard de Andelahe,

avec ma fidèle épouse Gertrude, et son fils Hartmann de Racenhusen avec son conseiller et d’autres encore, nos trois héritiers. Tous sont là de leur plein gré.

Nous mettons en ordre notre testament de la façon suivante.

La chapelle de notre saint protecteur, qui se trouve à Othenrode, qui dépend de nous, a été fondée par les parents de mon épouse. Qu’elle dépende de l’église Sainte Marie du monastère inférieur de Hohenburc, afin de plaire à la mémoire de nos parents, ainsi qu’à moi-même.

« ……de messes quotidiennes et anniversaires à dire en ce lieu afin que mon épouse défunte ne soit pas oubliée…. »

Pour que cet acte soit valable devant toute procédure, cette page est revêtue de notre sceau attesté, et de celui de Hartmann de Racenhusen, de celui de Reinhard, commandant supérieur de Strasbourg, que nous avons fait certifier.

Ecrit en l’année 1227, sous le règne de l’empereur Frédéric


Nous avons opté dans cette traduction pour l’orthographe des noms propres utilisée par l’auteur.

La phrase placée entre guillemets est difficile à lire à cause de la tâche d’encre et de la perforation du parchemin. On en comprend néanmoins le sens.

Malheureusement, les sceaux mentionnés ont disparu. Voici cependant, le sceau d’Eberhard d’Andlau, apposé à une autre chartre en 1249. (Publié en 2016 dans ‘Le Haut Andlau, un château, deux tours, sept siècles d’histoire’).


‘D’or à la croix de gueules’

 

 


 

Lecture de la chartre


Nous sommes en 1227 et l’empereur régnant est le dernier des Hohenstaufen, ce Frédéric II qui surprit tant ses contemporains par sa politique, l’étendue de ses connaissances et sa magnificence.

Notre document concerne le droit de patronage de la chapelle Saint Nicolas de Nieder-Ottrott. Eberhard d’Andlau en détient les droits et les transmet au Couvent Inférieur de Saint Odile : Niedermunster. L’abbesse devait alors être Willeburgis, mais son nom n’est pas cité dans la chartre. L’abbesse n’est pas présente pour la rédaction de cet acte : c’est une affaire de famille. Eberhard veut valider cette transmission devant son épouse et son beau fils, d’une part, et devant ses propres enfants, pour éviter tout litige après sa mort.

Eberhard d’Andlau détient ces droits de par son épouse Gertrude. Il semble que les époux aient convolé en secondes noces. En effet, l’enfant de Gertrude se nomme Hartmann de Rathsamhausen. Eberhard cite également trois autres héritiers présents à cette donation. De plus, il fait allusion à son épouse défunte : lui aussi était veuf.

Ce sont les parents de Gertrude qui ont édifié notre chapelle Saint Nicolas.

Voici quelques photographies de la chapelle. Nous avons décrit l’édifice roman de Saint Nicolas d’Ottrott dans un autre article (cliquez sur le lien).

Nota : une autre chartre datée de 1222 indique que les droits de patronage de l’église d’Ottrott-le-Haut appartenait de même à Niedermunster.


Eberhard d’Andlau


Plusieurs Andlau, qui portaient le nom d’Eberhard, ont laissé trace dans l’histoire. Le plus connu, à l’époque qui nous intéresse aujourd’hui, est cité à plusieurs occasions.

– 1246 Lors de sa campagne dévastatrice de 1246, l’évêque Henri de Stahleck se venge du soutien des Andlau aux Hohenstaufen et détruit le château d’Andlau.

‘Alors l’évêque se rendit avec les Souabes en Alsace et prit toutes les villes, tous les châteaux que tenaient l’empereur Frédéric et son fils le roi Conrad. Il détruisit deux belles forteresses, Wikersheim et Cronenbourg. Il fit incendier les autres petits châteaux comme Haldenbourg, Andlau et Obernai.’

Chronique de Koenigshoven

Le château du Haut-Andlau est alors édifié ( ~1250-1264) par Eberhard d’ Andlau suite à cette violente destruction par le feu.

 

– 1262 Comme ses voisins les Landsberg, comme les Rathsamhausen, Eberhard prend le parti de l’évêque Walter de Geroldseck contre la Ville de Strasbourg. Il est fait prisonnier à la bataille d’Hausbergen et doit payer une rançon de 1000 marks d’argent.

Eberhard meurt avant 1264.

 

– Dix ans plus tard, ses fils seront investis en 1274 par Rodolphe de Habsbourg, peu rancunier, du château du Haut-Andlau.

 

Mais parlons nous du même Eberhard ?

En 1214, un Eberhard d’Andlau est témoin d’un acte de l’abbesse d’Andlau.

En 1227, un Eberhard d’Andlau signe notre acte de donation. Il parle de testament.

En 1262, un Eberhard d’Andlau livre bataille à Hausbergen.

Difficile d’imaginer qu’un même homme qui songe à tester en 1227 monte à cheval sous une lourde armure en 1262… Notre Eberhard était peut-être le père ou un oncle du bâtisseur du Haut-Andlau.


Hartmann de Rathsamhausen


Selon Spitzmann, on trouve bien un ‘H. de Ratzenhusen, advocatus de Sélestat’ à Haguenau en 1219 et à Bâle en 1227. Le prénom entier n’est pas précisé. Mais il ne s’agit pas de notre Hartmann. Les dates ne correspondent guère.

Selon le texte d’Eberhard, Hartmann n’est certes plus un enfant en 1227. Il est présent lors de la donation. S’ il dispose de l’aide d’un conseiller, il appose son propre sceau sur la chartre. Ce doit être un tout jeune homme.

Toujours selon Sitzmann, , on trouve trois Rathsamhausen à Kintzheim en 1267 : Frédéric, Philippe et Hartmann décident de ne pas aliéner le château de ‘Kunegesberg’. S’agit-il là de notre jeune Hartmann qui consignait avec son beau père la chartre de cession de la chapelle Saint Nicolas d’Ottrott ? Quarante ans plus tard, pourquoi pas ?

 

Quoiqu’il en soit, cet Hartmann, jeune homme en 1227, est le premier Rathsamhausen à être cité dans les textes à Ottrott. Ottrott, où les Rathsamhausen possèderont plus tard deux magnifiques forteresses, dont l’une d’elles porte encore fièrement le nom.


Gertrude


Venons en à Gertrude, dont Eberhard nous dit qu’elle était fidèle. Soit !

En 1227, Gertrud était mariée à un Andlau. Auparavant, elle l’était à un Rathsamhausen. Ses parents avaient construit la chapelle Saint Nicolas à quelques pas du vieux château roman de Nieder-Ottrott, l’Altkeller. Ce devaient être des gens fortunés, importants et très liés à Ottrott. La seule famille que nous connaissions qui remplissent ces conditions est la Famille de Lutzelbourg.

Rappelez vous la charte de 1196 citée plus haut. Conrad de Lutzelbourg réglait alors ses démêlés fiscaux avec Herrade de Landsberg. Le nom de cette famille disparue est resté jusqu’à aujourd’hui au deuxième château d’Ottrott.

Au dessus d’Ottrott, en 1227, il n’y avait encore que le magnifique donjon-palais, son logis et sa petite cour carrée. Gertrude était peut-être la fille de Conrad de Lutzelbourg, ou tout du moins un membre de sa famille ?

Etait-elle la dernière des Lutzelbourg ? Habitait-elle le château qui dominait le village ? ou bien, se logeait-elle dans le village même, à l’ Altkeller, ce château d’Ottrott-le-Bas dont on voit encore les vestiges dans le parc de Wineck ?

 

Beaucoup de questions, me direz-vous. J’en conviens, mais quoiqu’il en soit, il semble bien que ce soit par les deux mariages successifs de Gertrude que les Andlau et les Rathsamhausen aient le mis le pied à Ottrott, où régnaient jusqu’alors les Lutzelbourg. Les Rathsamhausen n’en repartiront qu’à la Révolution Française !


Sources


  1. Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866

Fr.E. Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres d’Alsace, 1909

  1. Mengus, Les sires d’Andlau au temps des châteaux forts, 2016
  2. Rudrauf, L’histoire du château de Haut-Andlau, 2016

Illustrations


Chartre de Eberhard d’Andlau, ADBR G3070/2

Sceau d’Eberhard d’Andlau, ADBR G1659/2

Schéma des deux Ottrott, PiP

Photographies, PiP


L’Altkeller de Niederottrott


Terminons par quelques images de l’Altkeller.

Les ruines du château roman, appelé communément Altkeller, sont situées dans le parc du château de Windeck. Elles ont été ‘remodelées’ par la famille de Dartein et forment un ensemble très romantique, entourées d’une petite pièce d’eau. Louis Laurent-Atthalin, amplement cité sur notre site, résidait au Windeck lors de ses séjours en Alsace.

L’histoire et les ruines de l’Altkeller méritent plus que ces quelques images, nous leur consacrerons un article prochainement.

Les armoiries des seigneurs des Châteaux d’Ottrott

Cinq familles alsaciennes ont habité les châteaux d’Ottrott entre l’an mil et la Révolution Française. Nous vous proposons de découvrir les armes de ces nobles possessionnés au dessus d’Ottrott du temps de la splendeur des deux forteresses.


La famille de Lutzelburg


Le premier châtelain connu, vivant au dessus d’Ottrott sur le chemin du Mont-Sainte-Odile, s’appelait Conrad de Lucelenburc. Il était en conflit avec l’abbesse Herrade pour des dîmes indûment perçues. Nous avons déjà raconté son histoire : 1196, Conrad de Lutzelbourg’. (Cliquez sur le lien.) Conrad, qu’on appelait Scezelin, devait habiter dans le premier château de pierre, détruit par un incendie, dont la base du donjon est toujours visible entre les deux burgs. Et c’est lui, sans doute, qui édifia le donjon-palais que nous admirons aujourd’hui.
La famille prit une certaine notoriété : Elisabeth de Lutzelbourg devint abbesse de Hohenburg, le couvent du Haut du Mont en 1230. Au même titre, on retrouve une Claire de Lutzelbourg en 1453. Sans qu’on en sache plus sur le devenir de cette famille. On ne connaît pas les armoiries des Lutzelbourg.

 

Les restes du Donjon de Conrad de Lutzelburc

Les restes du Donjon de Conrad de Lutzelburc


La famille de Rathsamhausen zum Stein


Les Rathsamhausen, originaires de la région de Sélestat, forment une famille dont les membres ont essaimé sur toute l’Alsace. Leur présence à Ottrott est avérée, dés 1227, par une chartre concernant la chapelle Saint-Nicolas à Ottrott-le-Bas. Ils sont alliés à la famille de Steyn, également présente dans le village.
En 1393, les Rathsamhausen sont investis du château de Lutzelbourg par l’empereur Wenceslas. C’est le premier écrit qui prouve la présence de cette famille dans les châteaux. Selon Schoepflin, ils étaient déjà présents dans le deuxième burg.
L’importance de la famille ne fait que croître.
1411, Suzanne de Rathsamhausen est abbesse de Hohenburg, le couvent du Haut du Mont-Sainte-Odile.
1414, Rosine de Stein est abbesse de Niedermunster, le couvent du Bas du Mont Sainte Odile.
Au gré des mariages et des ventes, la présence des Rathsamhausen dans les châteaux d’Ottrott sera épisodique jusqu’en 1553. Cette famille, dès lors, restera en possession des deux châteaux jusqu’à la Révolution.

 ‘D'argent à la face de sinople, à la bordure de gueules’

‘D’argent à la face de sinople, à la bordure de gueules’


La famille d’ Andlau


Lors du Grand Interrègne, vers 1260, une deuxième forteresse est érigée au dessus d’Ottrott. Les textes ne disent pas qui l’a construite dans cette période troublée. Cependant, en 1392, une lettre de l’empereur Wenceslas vise à protéger les droits de la famille d’Andlau sur le ‘Vorderlutzelburg’ comme on appelait alors le château de Lutzelbourg. On peut supposer que cette famille a construit le deuxième château d’Ottrott.
L’année suivante, le même Wenceslas semble avoir changé d’avis et soutenir les Rathsamhausen. Il investit les trois frères Hartmann, Egelolf et Johann. L’affaire n’en reste pas là, puisque le roi Ruprecht redonne la forteresse aux Andlau en 1401. Son successeur fait à nouveau volte-face et le château revient en 1414 à la famille de Rathsamhausen.

 

‘D’or à la croix de gueules’

‘D’or à la croix de gueules’


La famille de Hohenstein


Les Hohenstein s’installent au Rathsamhausen à la faveur d’une vente. En 1424 Heinrich de Hohenstein achète le château pour 1200 florins à Tutelmann de Rathsamhausen. Le château sera le lieu de résidence de sa famille quelques cinquante ans. C’est sous cette famille que le château est adapté à l’artillerie : construction des braies et de la barbacane.
Jacques de Hohenstein, seigneur de Guirbaden et du Kagenfels, était un seigneur haut en couleurs, nous avons par ailleurs raconté ses nombreuses aventures. (Cliquez sur le lien !). Jacques est nommé prévôt du tribunal d’Obernai, bien qu’il se trouve souvent en conflit avec la Ville Impériale. Il réside alors au Rathsamhausen. En 1477, Jacques cède le château à son gendre Daniel de Mullenheim.

 

‘Echiqueté d’argent et de gueules’

‘Echiqueté d’argent et de gueules’


La famille de Müllenheim


Les Müllenheim sont originaires de Müllheim in Breisgau. La famille comptait au Moyen Age trente branches distinctes, c’est dire son importance. La majorité des membres résidait à Strasbourg, où les Müllenheim occupaient de nombreuses charges.
En 1451, Harlop de Müllenheim est abbesse de Niedermunster.
Les Müllenheim resteront près de cent ans dans le château de Rathsamhausen, où, selon le chartrier de la famille, ils procéderont à des nombreux travaux d’embellissement : Christophe et Caspar de Müllenheim, en 1521. En 1553, à la mort de son frère, Caspar de Müllenheim cède ses droits pour 400 florins à Conrad-Dietrich de Rathsamhausen.

‘De gueules à la rose d’argent boutonnée d’or à la bordure d’or’

‘De gueules à la rose d’argent boutonnée d’or à la bordure d’or’

La devise des Müllenheim : ‘Fortiter in re, suaviter in modo, semper florens !’

 

Les châteaux d’Ottrott appartiennent aujourd’hui au Groupement Forestier de la Serva.
Ils sont fermés au public. Les ruines ne sont pas sécurisées.

Néanmoins, l’association ‘Les amis des Châteaux d’Ottrott’,
qui œuvre à la sauvegarde des ruines, propose des visites guidées, sur rendez-vous.

Vous pouvez nous contacter : amchott@orange.fr


Sources


  • Schoepflin, Alsatia Illustrata, Pars 829,
  • J. Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866
  • J. Wirth, Note sur les Châteaux Forts d’Ottrott, 1974

Illustrations


  • Le donjon du château de Conrad de Lutzelbourg, PiP
  • Mise en couleurs des armoiries selon des dessins anciens, PiP
  • Sceaux des Hohenstein et des Rathsamhausen, photos selon documents d’archives, PiP
  • Armoiries sculptées des Müllenheim, médaillon au château des Rohan, Mutzig

 

Les armoiries des seigneurs des Châteaux d’Ottrott

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Combien étaient-ils à vivre dans les châteaux de Rathsamhausen et de Lutzelbourg du temps de leur splendeur ? Seigneurs, gardes, serviteurs… au moment où les Rathsamhausen construisent un deuxième logis dans la cour du Lutzelbourg, où les Hohenstein rehaussent le logis du château voisin, on peut penser à plus d’une centaine de personnes aux châteaux. Comment les seigneurs, leurs gens et les chevaux étaient-ils pourvus en eau dans ces burgs de montagne ?


La source des châteaux d’Ottrott


L’approvisionnement en eau des châteaux de montagne a toujours été problématique. Lors de la phase de construction, les bâtisseurs ne pouvaient compter que sur les ressources naturelles. Le plus simple était de construire à proximité d’une source régulière et abondante… Sur le Mont Sainte-Odile, les sources sont rares. Les châteaux de Dreistein furent construits à proximité, relative, de la Badstub qui coule fraîche et régulière. Les Ottrott disposaient également d’une petite source, moins abondante, située à l’ouest des châteaux, à proximité du fossé extérieur qui coupe le site de la montagne.

 

Dessin de Louis Laurent-Atthain, 1836
Dessin de Louis Laurent-Atthain, 1836

Dessin de Louis Laurent-Atthain, 1836

Nous avons une belle image des lieux en 1836. La source captée déverse l’eau par une fontaine de bois dans un grande auge taillée dans un tronc d’arbre. C’est Louis Laurent-Atthalin qui nous offre ce dessin réalisé lors des ses promenades autour du Mont Sainte Odile.
Plus tard, l’humble fontaine fut remplacée par une autre, en grès, toujours présente dans la cour de la maison forestière de Rathsamhausen. La fontaine ne coule plus aujourd’hui : la source des châteaux d’ Ottrott ne donne qu’un filet d’eau, bien irrégulier, parfois tari.

Note : Un lecteur attentif, un homme qui connait très bien les lieux, me rappelle la source de Wihrthal, située au nord-ouest des châteaux, sous le Koepfel. Ce point d’eau coule de façon régulière avec un débit supérieur à celui de la source des châteaux. Il aurait été naguère utilisé par les occupants des châteaux.

 

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Les citernes à filtrations des châteaux de montagne


En temps de paix, la source devait remplir son office et suffire aux gens et à la soif de leurs chevaux. Mais que faire en cas de siège ? Le creusement d’un puits n’est guère envisageable. A quelle profondeur se trouve la nappe d’eau sous les Ottrott ? Seuls les grands seigneurs pouvaient envisager de creuser la roche à une telle profondeur. En Alsace, les châtelains du Haut Koenigsbourg et du Haut-Barr se sont lancés dans le creusement de puits. Le Lutzelbourg lorrain avait, lui aussi, un puits qui atteignait le niveau de la Zorn située juste au dessous des murs. Les autres châteaux étaient pourvus de citernes ! On récupérait l’eau de pluie tombée sur les toitures pour emplir de vastes citernes creusées dans le rocher ou maçonnées dans les murs.
Dans nos châteaux du Bas-Rhin, la plupart des sites sont équipés de citerne à filtration. René Kill dans son livre ‘L’approvisionnement en eau des châteaux forts de montagne alsaciens’ dénombre 39 installations de ce type sur le département. Selon les fouilles réalisées par J. Burnouf en 1972 au Rathsamhausen, et par D.Fèvre en 1989 au Lutzelbourg, nos deux châteaux disposaient chacun d’un dispositif de ce type. Voici le principe de fonctionnement.

 

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Dans nos deux châteaux, une large fosse est creusée dans le grès. On y construit un puisard, on le rend étanche à l’aide d’une couche d’argile, sur toute la partie supérieure. La fosse est alors comblée avec du sable, puis dallée. L’eau des toitures est amenée par des chéneaux jusque dans la cour. Elle s’infiltre dans le sable, qui la filtre. Elle entre dans le puisard par la partie basse. Il suffit de la retirer comme d’un puits, à partir de la margelle.
Ce dispositif est connu depuis le haut moyen âge. Il fut employé, entre autres, à Venise. Cette ville dans l’eau qui n’avait pas d’eau.

‘Venexia é in aqua et non ha aqua’
disait Marino Sanuto vers 1500. (cité plaisamment par R. Kill). Marino était un noble vénitien, il a laissé une chronique de l’histoire de sa ville à la Renaissance.
Au Rathsamhausen, la citerne était située dans la cour de l’enceinte romane, bien protégée, au nord du donjon-palais. Environ, quatre mètres sur six, profondeur de quatre mètres. : 96 m3.. Selon R. Kill, un carrier creusait un m3 en trois jours ! On atteint pour une telle fosse, 288 jours de travail.
Au Lutzelbourg, la citerne est plus petite 60 m3.environ. Elle est également située dans la cour du haut château, entre le donjon circulaire et le logis nord. Contrairement à des châteaux voisins, comme le Kagenfels ou le Dreistein Oriental, les éléments du puisard n’ont pas été retrouvés lors des fouilles de 72 et 89.

 

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Le premier à mentionner nos citernes est Michael Herbig (1903) qui les situe assez précisément sur les esquisses qu’il nous propose des plans des châteaux. Voici le texte qui y fait allusion.
In diesem Raum sieht man, hoch oben an der Norwand des Rittershaus, einen weit vortehenden Abschütt oder Wasserstein. Eine Vertiefung zeigt die Stelle der ehemaligen Cisterne, deren Schlusssteine daneben liegen. Alle Dachflächen sind dem Hofe zugeneigt, um das Regenwasser der Cisterne zuzuführen….’
Tentons une traduction : ‘Dans cet espace, on voit bien haut, sur la façade nord du donjon-palais, une pierre qui dépasse fortement du mur : un déversoir ou une gargouille. Un affaissement nous indique l’emplacement de l’ancienne citerne, dont les pierres de la margelle gisent alentour. Toutes les toitures penchent vers la cour pour amener l’eau des pluies à la citerne.’

 

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Ainsi, dés 1903, la margelle était détruite, du moins les pierres en subsistaient. Au Dreistein, la margelle a été retrouvée, elle est hexagonale. (Cf. notre article : les citernes du Dreistein). Ici, nous ne saurons dire sa forme. Voici une image de margelle tirée d’une miniature de la Weltkronik de Rudolph von Ems,1335.

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

La quantité d’eau des citernes était-elle suffisante pour soutenir un long siège ? Et quelle était sa qualité ? L’eau ne faisait que traverser une couche de sable, un simple filtrage mécanique. Etait-elle potable, au sens où nous l’entendons aujourd’hui ?


L’ approvisionnement de la citerne du Rathsamhausen


Si le dispositif de la citerne du Rathsamhausen est bien classique, le système d’approvisionnement à partir des toits est lui bien spécifique. Penchons nous un instant sur la toiture du donjon-palais.
A l’origine (~1200) le toit du donjon-palais du Rathsamhausen était inversé ! Un toit en V, caché derrière les créneaux. On peut s’étonner, on peut se demander pourquoi cette structure inhabituelle.

  • Stratégie : le toit n’est pas visible de l’extérieur. Le chemin de ronde et ses créneaux le protège.
  • Economie : une telle forme permet de diviser le travail de charpente par 3 ! Gain de temps, gain de bois. De la même façon, une telle toiture ne nécessite qu’un seul chenal, central, au lieu de deux…. Deux fois moins de pierres à tailler.

Voyons cette structure :

 

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott
Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Il semblerait que le toit était couvert, non pas de tuiles, mais de dalles de grès.  Les eaux de pluies se rassemblaient dans le chéneau central, et se déversaient à l’est sur le toit du logis. Ensuite, une rigole les amenait vers la cour nord, au pied du donjon vers la citerne.

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott
Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott
Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott
Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

R. Kill a retrouvé le dispositif en entonnoir qui menait à la citerne elle-même. Voici le relevé publié en 2012.

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott
Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Le système était ingénieux, il a été conservé plus de deux cents ans. Après 1400, les toitures du donjon-palais ont été modifiées pour adopter une forme plus classique : deux versants, pointe vers le haut. Le chéneau central donc été démonté et remplacé par deux rigoles latérales. L’eau, coté sud, était alors rejetée dans les fossés, et, côté nord, directement dans la cour vers la citerne.


Aiguières et aquamaniles


C.L. Salch émet une hypothèse intéressante : la distribution de l’eau aurait pu se faire de façon directe dans le donjon-palais et le logis.
On peut imaginer que le curieux toit en cuvette d’Ottrott Rathsamhausen alimentait directement une citerne depuis laquelle des tuyaux distribuaient l’eau dans le donjon-palais.’ Salch 1995
Ceci peut paraître hasardeux, mais pourquoi pas ? Le Rathsamhausen recèle bien d’autres curiosités.
Plus classiquement l’eau était à cette époque apportée à la table des seigneurs par des aiguières et des aquamaniles. L’aiguière permettait de servir l’eau à boire, l’aquamanile était un récipient destiné au lavage des mains. Au moyen âge, ces récipients sont, le plus souvent, réalisés en céramique. Pour la plupart, ils ont la forme d’animaux, essentiellement des lions. Voici quelques images d’aquamaniles.

 

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott
Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott
Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Verres et taste-vin


Une fois sur la table, l’eau était servie dans des verres. Plusieurs d’entre eux ont été retrouvés lors des fouilles menées sous la direction de C.L. Salch dans les châteaux d’Ottrott. Voici les deux exemplaires les mieux conservés.

 

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Et puis, pour terminer avec une note de gaieté, nos seigneurs des châteaux de Rathsamhausen et Lutzelbourg ne buvaient pas que de l’eau ! Gageons que, comme nous, ils préféraient le Rouge d’Ottrott ! Voici un taste-vin en grès, daté du XVème siècle, il a été retrouvé dans le Rathsamhausen.

Les citernes et l’eau aux châteaux d’Ottrott

Illustrations


  • Louis Laurent-Atthalin, carnet d’esquisses, 1836
  • Plan de situation des points d’eau, PiP
  • Schéma de principe de la citerne du Rathsamhausen, PiP
  • Rudolph von Ems, Weltkronik, image ancienne d’une margelle, Rudolph von Ems, Weltkronik ,1335
  • Coupe schématique du donjon-palais selon relevé Will 1975, PiP
  • Relevé du collecteur d’eau de la cour, R. Kill, 2012
  • Aquamanile du 13ème siècle, musée de Cologne, Image Wikipedia
  • Fragments d’aquamanile, 13ème   siècle, Ortenburg, C.L. Salch, 1973
  • Robinet en bronze d’un aquamanile, XVème siècle, Birkenfels ,C.L. Salch, 1973
  • Tastevin en grès, 15ème siècle, Rathsamhausen, C.L. Salch, 1973
  • Verres trouvés au Rathsamhausen, 15ème siècle, J. Burnouf, 1978
  • Photographies, PiP

Sources


  • M. Herbig, Ottrotter Schlösser, 1903
  • J. Burnouf, Rapport de fouilles 1972, château de Rathsamhausen Ottrott
  • C.L. Salch, La vie au Moyen Âge et à la Renaissance, dix ans de fouilles en Alsace, 1973
  • C.L. Salch, Le château de Rathsamhausen-Ottrott, 1974
  • J. Burnouf, La verrerie de la fin du moyen âge au château de Rathsamhausen-Ottrott, SHABDO 1978
  • D. Fèvre, Rapport de fouilles 1989, citerne à filtration du Lutzelbourg
  • D. Fèvre, recherche d’un point d’eau dans le fossé NE du Rathsamhausen, 1994
  • R. Kill, L’approvisionnement en eau des châteaux forts de montagne alsaciens, 2012

Le livre de René Kill est un trésor, une mine de renseignements. Facile d’accès, il dévoile une face peu connue de la vie des châteaux. N’hésitez pas à vous le procurer !


Note lugubre


Au 18ème siècle, le dernier des Rathsamhausen qui vivait aux châteaux s’appelait Wolf Christoph. Il abandonne le burg devenu inhabitable et fait construire ce qui est devenu la maison forestière. La date et son nom figurent sur l’entrée : 1732. Il semble que Wolf Christoph utilise alors les ruines pour élever des chevaux. Deux maisons sont construites, les bâtiments annexes servent d’étables.
Lors des fouilles de la citerne, et du château, l’équipe de C.L. Salch dénombrera 18 squelettes de chevaux. Les ossements équins ne sont pas rares dans les ruines. Le troupeau a peut-être été décimé par une épidémie…

 

Hortus Deliciarum, Herrade de Landsberg

Hortus Deliciarum, Herrade de Landsberg

Nous terminons, comme souvent, par une miniature tirée de l’Hortus Deliciarum, notre manuscrit du Mont-Sainte-Odile. Il s’agit de l’image de Jésus et de la Samaritaine, près d’un puits. Nous avons longuement parlé de ce passage des Evangiles dans notre article sur le Puits aux Six Seaux. Herrade a-t-elle dessiné cette margelle en copiant celle du Rathsamhausen qu’elle devait bien connaître ?

Droit de Chasse à Ottrott en 1059

Les problèmes entre chasseurs n’ont jamais été simples ! Témoin ce différent, un rien ancien, sur notre belle commune d’Ottrott. Le comte d’Alsace Henri et l’évêque de Strasbourg se disputent la chasse dans nos forêts, et il faudra l’intervention de l’empereur du Saint Empire pour résoudre le conflit ! Nous sommes en 1059, et voici comment le différent fut résolu.

Nous vous proposons notre traduction de l’acte signé par Henri IV, roi de Germanie, tel qu’il nous est transcrit par Schoepflin. C’est un peu compliqué, mais avec notre schéma et quelques explications, vous allez tout comprendre !

Décision du roi Henri IV pour le différent entre Hécilon, évêque de Strasbourg et le comte Henri au sujet du droit de chasse dans les forêts.

—-

Au nom de la Trinité, sainte et indivisible, Henri, roi par la grâce de Dieu…

HECILL, évêque de tous les chrétiens ainsi que de Strasbourg la vénérable, s’est tourné vers notre hauteur, nous demandant d’apaiser la querelle qui l’oppose au comte HENRI au sujet des droits de chasse de celui-ci sur les forêts de son église.

Sur intervention d’Agnès, auguste impératrice, notre mère très chérie, et pour le repos de l’âme de notre père d’heureuse mémoire, l’auguste empereur Henri, nous donnons satisfaction à la demande de l’évêque, en présence d’Arnold, évêque de Worms, de Conrad, évêque de Spire , de Cunon, évêque d’Eichstaett, et aussi du comte Eberhardt….

Droit de chasse sur les forêts sur les forêts de l’église de Strasbourg, où le conflit se trouve réglé, en Alsace, sur le district du comte Henri, et ce dans les limites suivantes.

Une villa du duc Otton, appelée OTTENRODE et sur les rives de l’ ARGENZA qui coule proche de cette villa. Au Nord, la partie qui mène jusqu’à la source et au sud, jusqu’à WIDENSTRUM et au delà de la route à droite, jusqu’au lieu dit FLODELEN et plus loin encore jusqu’au mont MILTENWAG, et encore plus loin sur les rives de la ROTAHA et au dessus jusqu’à la PRUSCHA. De là au confluent de la WICHAHE et de la PRUSCHA, sur le flanc droit du mont qu’on appelle MAGENACHERE et ainsi pour la totalité du sommet de la montagne jusqu’au village de STILLEBACH et en suivant la pente de la rivière jusqu’au village de LENZINGEN, lequel nous donnons et transmettons à l’évêque et tous ses successeurs, pour des raisons évidentes. De ce fait, cet évêque et tous ses successeurs, auront deux parts de ces droits de chasse ainsi que la totalité de leurs produits, utiles à toute mode et pour l’usage de leur église. Une troisième part sera réservée au comte Henri en propre….

Signé Henri IV, roi.

Gebhard, chancelier, pour Luitbold archichancelier.

Ides d’octobre de l’année 1059 de l’Incarnation de notre Seigneur, à Spire.

Schoepflin, Alsatia Diplomatica, Titre 214.

Nota :Nous possédons une deuxième version du même acte, transcrite par Wurdtwein, un rien différente. Nous travaillerons sur les deux copies de l’acte original.

Essayons de comprendre ce texte un rien abscons, je vous le concède. Commençons donc par les protagonistes.


Le roi Henri IV


Le signataire de cet acte est un enfant. En effet, en 1059, Henri a neuf ans ! Son père, l’empereur Henri III est mort depuis trois ans et le petit garçon est alors le ‘roi’ Henri. Il ne sera couronné empereur qu’en 1084. La régence est assurée par sa mère Agnès d’Aquitaine, protégée du pape Victor II et de l’abbé de Cluny, Hugues le Vénérable, parrain du petit Henri. En fait, c’est bien Agnès, du parti du Pape, qui donne satisfaction à l’évêque de Strasbourg.

Trois ans plus tard, le petit roi sera enlevé par les princes de l’empire et la régence passera à Annon, évêque de Cologne jusqu’à la majorité de l’enfant. Le règne d’Henri sera marqué par la Querelle des Investitures qui va l’opposer au pape Grégoire VII, le conduira à l’excommunication, puis à la repentance peu glorieuse de Canossa.


L’évêque Hécilon


Pour cette année 1059, les historiens donnent plusieurs noms à l’évêque de Strasbourg, on trouve Hermann, Hécilon et plus couramment Hetzel ou Hetzelon.

Koenigshoffen le nomme Hetzel. Specklin nous dit qu’il était un comte de Dagsbourg et qu’il fut inhumé dans l’église Saint Pierre le Jeune. Curieusement Herzog, pour les mêmes dates, parle d’un évêque Otton qui serait de la famille de Leutharden zu Elsass. ( ?). Sur notre site, vous avez déjà rencontré Hetzelon dans nos articles consacrés à l’église saint Nicolas d’Ottrott et celui dédié à l’abbatiale Sainte Trophime d’Eschau.

Hetzelon était un contemporain du pape Léon IX, le pape alsacien. Il l’a vraisemblablement rencontré lors de ses voyages en Alsace. Peut-être était-il présent lors de la visite du pape sur le Mont Sainte Odile ? Il aurait alors assisté à la rencontre avec l’abbesse Berthe, et à la préparation de la bulle de 1050 en faveur du couvent d’Hohenburg.


Le Comte Henri


Henri était alors comte de Nordgau, d’Eguisheim et de Dabo, avoué de l’abbaye de Wolfenheim. Le pape Léon IX était son oncle. On trouve la trace d’Henri dans plusieurs documents de l’époque : diplôme délivré en 1052 en faveur de l’église de Saint-Pierre le Jeune de Strasbourg. charte de Folmar, qui décide du sort de l’abbaye de Honcourt. Henri signe alors ‘Heinricus Alsatioe comes’. Et puis, bien entendu, on le retrouve dans notre ‘décision du roi Henri IV’, sujet de cet article.

Certes, le roi Henri donne raison à l’évêque, mais il réserve un tiers des droits au neveu du pape… C’était de bonne politique !

Les témoins et signataires cités de notre acte sont, selon Schoepflin, les évêques de Worms, Spire et Eichstaedt (Wurdtwein ajoute celui de Würzburg, Adalbert) et un comte Eberhardt…. Il peut s’agir d’Eberhardt de Nellenburg qui était comte à cette date…. Mais nous n’en savons pas plus.


Les lieux cités dans le texte du roi Henri


 Les noms de lieux diffèrent légèrement entre la copie de Schoepflin (majuscules) et celle de Wurdtwein (soulignés). Nous citerons les deux orthographes et chercherons les dénominations utilisées aujourd’hui.

OTTENRODE, il s’agit bien entendu du village d’Ottrott. Selon Joseph Gyss, ‘rode’ est un vieux mot tudesque, qui signifie une lande non cultivée, un terrain en friche. Ottenrode était alors un terrain en friche appartenant à un dénommé Otton. Dans la décision du roi Henri, Ottenrode est une ‘villa appartenant au duc Otton’… La nuance est de taille !

La rivière ARGENZA fut appelée ensuite Ergels puis Ergers. C’est aujourd’hui l’Ehn qui traverse Obernai. On retrouve cette appellation ancienne dans le nom de Krautergersheim.

WIDENSTRUM ou Widenstrout, devint la Struttmatt. C’est aujourd’hui le village de Klingenthal, siège de l’ancienne fabrique d’armes blanches des rois de France.

FLODELEN ou Floudelen. Wurdtwein propose Flexbourg, un rien distant quand même, et Schoepflin préfère s’abstenir. Plus clairvoyant, Michael Herbig propose cet ancien nom pour la Rothlach. C’est ce qui nous paraît correspondre le mieux avec le contexte du texte latin.

MILTENWAG ou Milcenwanc, puis Miltzveld, selon Gyss. Selon Schoepflin, il s’agirait des prés situés sur un sommet au dessus du Mont Sainte Odile, et qui appartenaient à Boersch. Ils seraient distants de 4 heures de marche à partir de Boersch, nous apprend Wurdtwein. Je ne vois pas d’autre proposition que le Champ du Feu, C’est la seule surface non boisée située en hauteur dans ce secteur, et ainsi, le texte cité est totalement cohérent. Regardez la carte jointe, vous serez convaincus !

ROTAHA, il s’agit de la Rothaine qui prend sa source sous le Champ du Feu et descend vers le nord pour traverser Rothau et se jeter dans la Bruche.

PRUSCHA, vous avez reconnu la Bruche

WICHAHE, il s’agit du ruisseau qui traverse Wisches. Là encore, l’auteur du texte latin utilise les noms des cours d’eau et non celui des villas ou villages.

MAGENACHERE, on parle d’un petit sommet qui domine la Magel : le Machelberg qui serait aujourd’hui le Mollberg. L’auteur indique ainsi le confluent de la Magel avec la Bruche.

STILLEBACH, le ruisseau qui traverse Still se nomme ainsi aujourd’hui encore. C’est toujours le confluent qui est visé.

LENZINGEN ou Demzingen, il s’agit Dinsheim, qui, comme sa voisine Mutzig, étaient à l’évêque de Strasbourg.

A partir de ces renseignements, nous avons tenté de restituer les limites des forêts de l’évêque Hetzelon. Voici la carte, avec les noms de l’époque !

La description est précise et suit les limites de terres dans un ordre cohérent. On a choisi les rivières et les sommets comme frontières naturelles. L’évêque avait de quoi chasser !

Pour le Champ du Feu, la limite est imprécise, et c’est sans doute la raison des nombreux conflits qui suivront les siècles suivants, le Rocher de Rathsamhausen finissant par devenir la limite des différents territoires des nobles d’alors. (Très belle borne sculptée, à proximité du rocher, allez-y et cherchez, vous ferez ainsi une belle promenade sur les terres de l’évêque Hetzelon…).

Nota : Nous avons situé, en vert sur la carte, les trois châteaux qui existaient à cette époque, Hohenburg , le vieux château d’Adalric, le Guirbaden, alors à l’évêque et le Lützelburg qui dominait Ottrott sur le chemin du couvent de Hohenburg. Il s’agit alors du premier Lützelbourg, le château de bois, le château de pierre, si bien raconté dans le livre de Danielle Fevre.


Sources


Jakob Twinger de Koenigshoven, Chroniques, 1419

Daniel Specklin, Les Collectanées, 1580

Bernhart Herzog, Chronicon Alsatiae, 1592

Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Diplomatica, 1761

Stephan Alexandre Wurdtwein, Nova Subsidia Diplomatica.., tome VI, 1776

Philippe Grandidier, Histoire de l’Alsace, 1777

Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866

Michael Herbig, Führer für Barr und Umgebung, 1904

Danielle Fevre, Ottrott, château de bois, château de pierre, 1988


Illustrations


Photographies, PiP

Carte des terres de l’évêché de Strasbourg, PiP

Images tirées du Web, Henri IV et Henri IV à Canossa

Conrad de Lutzelbourg dit « Scezelin »


1196, Conrad de Lutzelbourg


Voici un texte, fort ancien ! Il concerne un certain Conrad, dit Scezelin. Nous sommes en présence de la première citation retrouvée d’un seigneur du château de Lutzelbourg. Le burg de Conrad dominait alors, seul, le village d’Ottrott. Lutzelburg était le ‘petit château’ du Mont-Sainte-Odile, c’était il y a 820 ans.


Texte de la transaction entre le sieur de Lutzelbourg et l’abbesse Herrade de Landsberg


Si j’en crois Christian Pfister qui a relevé cette charte G1229 aux Archives de la Basse-Alsace en1892, le texte latin commence ainsi ‘Notum sit omnibus tam futuris quam presentibus quod Cunradus de Luzelenburc qui cognominatus est Scezelin diu retinuit censum quem debuit ecclesie in Hohenburc de decimatione in Tutelnheim….

Et voici la traduction que nous vous proposons de ce document,

Que soit connu de tous, qu’ils soient présents aujourd’hui ou dans le futur, que Conrad de Lutzelburg, surnommé Scezelin, a gardé depuis longtemps par-devers lui, une redevance qui revenait à l’église de Hohenburg concernant la dîme de Duttlenheim.

Mais aussi, que poussé par l’amour de Dieu, souhaitant racheter le tort que représente envers l’église de Hohenburg de cette redevance longtemps retenue, il concède en tant que propriété, à Sainte Marie et Sainte Odile de Hohenburg, trois champs et un ‘virdegezal’ sis à Rosheim, et ce, en présence de son épouse Tuda et de son fils Walther. Un de ces champs est situé sur le Lutzelberg, les autres sont des pâturages sur les hauteurs.

Les témoins de ces faits sont Egelolf de Mundingen, Burkard de Lapide, Conrad de Rupe, Conrad l’échanson, Ludwig de Rosheim, Conrad intendant de Rosheim, Ludwig intendant de Blendenheim, Siegfried cellérier de la même ville et plusieurs autres.

Ces actes datent de l’année 1196 de l’incarnation du Seigneur, Herrade était abbesse en ces temps.

Deux remarques :

Christian note que les mots Tuda et Walther, prénoms de l’épouse et du fils, ont été ajoutés sur le texte.

Ne trouvant pas de traduction, nous avons gardé le mot ‘virdegezal’ tel qu’il apparaît dans la chartre. Selon Jean Wirth, ce terme pourrait correspondre à Verdingzedel, on parle alors d’un contrat, ou d’un marché.


Que nous apprend cette charte ?


La transaction fait suite à un différent entre l’abbaye de Hohenburg, au sommet du Mont Sainte Odile, et Conrad de Lutzelbourg, surnommé Scezelin. Notre Conrad ne payait pas l’impôt depuis ‘longtemps’ pour ses biens situés à Duttlenheim. Bigre ! Scezelin-Conrad était un expert de l’évasion fiscale du XIIème siècle !

Poussé par les remords, et peut-être par les relances de l’abbesse, Conrad décide de régulariser. Au titre des dommages, Conrad propose trois champs et un ‘virdegezal’ à Rosheim, tout près du Mont. Sa dette devait être importante ! Et notre Conrad percevait la dîme pour Hohenburg et était propriétaire à Rosheim.

Nous ne pouvons que suivre le raisonnement de Jean Wirth : Conrad devait être un des seigneurs chargés par les Hohenstaufen de protéger les monastères de Sainte Odile. L’empereur est alors Henri VI le Cruel, il est, comme ses prédécesseurs depuis Frédéric Barberousse, l’avoué de Hohenburg.

Un des champs cité dans la transaction serait sis sur le ‘Lutzelberg’ ! La famille de Conrad aurait donc donné son nom à une ‘montagne’. Ceci souligne son importance et nous amène à faire le lien avec le château homonyme de Lutzelbourg, au dessus d’Ottrott. Conrad était très vraisemblablement le seigneur du premier château d’Ottrott, celui qui fut fouillé par C.L. Salch et D. Fèvre, entre 1970 et 2001. Les vestiges de cette forteresse ont été dégagés et sont encore visibles aujourd’hui entre les deux ruines majestueuses et plus récentes, qui dominent Ottrott. La base du donjon de Conrad de Lutzelburg perdure entre les deux burgs qui lui ont succédé.

Quelques années plus tard, l’incendie ravage la forteresse de Conrad. Accident ou guerre liée au Petit Interrègne, nous ne saurions dire. Le donjon-palais du Rathsamhausen est alors érigé (cliquez sur le lien). La famille de Lutzelbourg prend de l’importance : quarante ans plus tard, Elizabeth de Lutzelburg (+1233) devient abbesse de Hohenburg ! C’est tout dire.


Les signataires de la charte de 1196


Parmi les signataires de la transaction, nous relevons deux noms qui portent à réflexion : Burkardus de Lapide et Conradus de Rupe.

Le substantif Lapide a donné lapidaire, c’est une traduction de ‘pierre’.

Le substantif Rupe a donné rupestre, c’est aussi une traduction de ‘pierre’.

Ce deux noms propres, Lapide et Rupe, se retrouvent dans plusieurs chartres de cette époque concernant le Mont et ses environs. Les historiens ont souvent traduit ces deux noms par Stein et fait le rapprochement avec le Château de la Roche, situé dans la haute vallée de la Bruche, au dessus de Schirmeck. Les propriétaires n’étaient-ils pas les Rathsamhausen zum Stein ?

Pourtant dans ce texte, les deux noms apparaissent. L’un cité juste derrière l’autre… Pourquoi aurait-on utilisé dans le même texte deux noms différents pour les membres d’une même famille ? Etrange, non ?

Nous hasarderons une piste encore peu explorée : l’existence de deux familles distinctes. Les premiers seraient les Stein du château de la Roche, et les autres seraient les Stein du château de Dreistein. Certes, quelques siècles plus tard, les deux châteaux finiront dans la famille de Rathsamhausen zum Stein. Mais au douzième siècle, la situation pouvait être bien différente. Le sujet mériterait le travail d’un historien.

Les derniers mots de la charte sont les suivants ‘Ces actes datent de l’année 1196 de l’incarnation du Seigneur, Herrade était abbesse en ces temps.

Herrade vivait donc toujours en 1196. Alors que Gyss nous dit qu’Herrade meurt en 1195. Joseph n’avait pas lu cette charte.

Herrade avait été l’abbesse du renouveau de Hohenburg, la poétesse et l’artiste qui avait créé l’ Hortus Deliciarum. Nous découvrons, ici, une abbesse qui savait gérer son abbaye et n’hésitait à réclamer son dû. Le livre de Christian Pfister propose la retranscription de plusieurs chartes de la même période, même style procédural, contenus analogues : Herrade savait se défendre ! Artiste intelligente et lettrée, Herrade se révèle ici procédurière et chicanière !


Sources


Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866

Christian Pfister, Le duché mérovingien d’Alsace et la Légende de Sainte Odile, 1892

Jean Wirth, Les Châteaux-forts alsaciens, du XIIème au XIVème siècle, 1975


Illustrations


  1. Rothmuller, porte et barbacane du Lutzelbourg, versant est, 1829

Photographie des châteaux, FrP et ElJ

Carte des lieux cités, PiP

Les châteaux autour du Saint Odile


L’Histoire des Châteaux du Mont-Saint-Odile


Cerné par les vestiges du Mur Païen, le Mont-Sainte-Odile est semé de ruines médiévales, romantiques à souhait. Châteaux et chapelles sont autant de preuves de l’histoire mouvementée des deux couvents de Sainte Odile. Nous tentons aujourd’hui de retracer simplement, en quatre cartes, l’histoire du Mont au temps des empereurs Hohenstaufen. L’histoire des châteaux forts qui devaient protéger les couvents de Sainte Odile : Hohenburg et Niedermunster.


Le Mont-Sainte-Odile lors de la visite du pape Léon IX – 1050


La famille d’Eguisheim règne sur l’Alsace. En haut du Mont, le couvent d’Hohenburg a remplacé le château d’Adalric et occupe le promontoire qui domine la plaine d’Alsace. L’abbesse Berthe essaie de faire renaître le couvent après les incendies de 1045 et 1049. Juste au dessous, le couvent de Niedermunster accueille pèlerins et malades.

A quelques kilomètres dans la plaine, Ehenheim (Obernai) est la villa des comtes qui y résident plus souvent qu’à Hohenburg.

Le Koepfel n’est qu’un poste fortifié de dimensions fort modestes, qui protège l’accès des visiteurs au couvent. Soubassement de pierres et palissades de bois.

Sur le site des châteaux actuels d’Ottrott, une première forteresse est alors en construction, le Lützelburg. Vaste fossé, palissade de bois, une maison forte de pierre. Le nom de ‘Petit château’ laisse supposer qu’il s’agit d’une construction des comtes d’Eguisheim sur le principal chemin d’accès au couvent à partir de la plaine.

 


Le Mont-Sainte-Odile sous l’empereur Henri VI – 1195


Lors du passage de Frédéric le Borgne en Alsace, les châteaux des Eguisheim ont été détruits. Seul le Lützelburg a été relevé, et Frédéric de Hohenstaufen lui a fait adjoindre un donjon de pierre. Frédéric a également lancé la construction du château d’Obernai, appelé le Burg. Les empereurs Conrad III et Frédéric Barberousse y résideront lors de leurs passages en Alsace.

Les Hohenstaufen se sont octroyé l’avouerie de Hohenburg, qui a été transférée, au milieu du siècle, au château de Stein, vraisemblablement construit à cette occasion.

Quelques années plus tard, l’abbesse Herrade de Landsberg a encouragé, au pied du Mont, le prieuré de Saint Gorgon, qui dépendait des Prémontrés d’Etival. Puis, elle a fait construire la prévôté de Truttenhausen. Avec ces deux implantations, elle apportait une solution au problème des offices religieux dans les deux abbayes.

Niedermunster s’est agrandie d’un hôpital doté d’une chapelle dédiée à Saint Nicolas.

La chapelle Saint-Jacques a été édifiée sur l’emplacement où les chevaliers bourguignons se seraient retirés après avoir remis la relique de la Croix à l’abbaye de Niedermunster.

Le petit village de Hohenburgweiler était situé, face au château de Stein, de l’autre côté de la vallée, là où se trouve aujourd’hui la maison forestière de Willerhof.

 

 

 


Le Mont-Sainte-Odile après le Petit Interrègne – 1210


Après les luttes de 1197 qui suivirent le décès de Henri VI le Cruel, les Hohenstaufen décident de compléter le dispositif de défense des couvents du Mont-Sainte-Odile. En ce début de siècle, Otton de Hohenstaufen, duc de Bourgogne, craint les menées de l’évêque Conrad de Huhnebourg et celles de ses alliés les Dagsbourg-Eguisheim.

Quatre chantiers verront le jour simultanément autour de Hohenburg.

– Au Nord, sur le site des châteaux d’Ottrott, le Lutzelburg est fortement remanié. C’est à cette époque qu’est érigé le magnifique donjon palais, à la manière des forteresses de Sicile.

A proximité de Hohenburg, le château de Stein est également reconstruit.

– Au Sud, le chantier du Landsberg est lancé. Il doit protéger la ville de Barr et interdire l’accès à Sainte Odile à partir du château de Bernstein, qui dépend de l’évêque de Strasbourg.

– Au Nord, les Hohenstaufen veulent se protéger d’une attaque qui viendrait du château de Guirbaden tenu par les Dagsbourg-Eguisheim. Ce sera le château du Waldsberg, aujourd’hui connu sous le nom de Hagelschloss.

Début du treizième siècle : quatre forteresses sur le Mont !

 

 

 


Le Mont-Sainte-Odile après le Grand Interrègne – 1300


Les conflits du Grand Interrègne 1250-1273 ont profondément modifié l’aspect castral du Mont Sainte Odile et de ses environs

Le Burg d’Obernai a été incendié et rasé, il ne sera plus reconstruit.

A Ottrott, le site a été partagé entre les impériaux (famille d’Andlau) et les partisans de l’évêque (famille de Lützelburg). Deux forteresses se font face.

A Stein, les deux camps ont également procédé à un partage. Les Rathsamhausen zum Stein occupent le rocher occidental, et les impériaux ont édifié un nouveau burg affronté au premier.

Il est vraisemblable que c’est à cette période que le Waldsberg a été dédoublé, lui aussi.

Deux nouveaux sites ont été construits par les partisans de l’évêque dans les forêts de la Ville d’Obernai, face aux châteaux de Stein, de l’autre côté de la vallée. Le Birkenfels à la famille Beger, le Kagenfels à la famille Kagen.

Le Mont-Sainte-Odile compte alors neuf forteresses! Peu de temps après, le Stein Occidental sera dédoublé, probablement lors d’une succession dans la famille de Rathsamhausen zum Stein. Ce burg sera le dixième et dernier château construit à proximité des couvents d’Hohenburg et de Niedermunster.

Parcourez ! parcourons les sentiers du Mont Saint Odile ! Seul ou en groupe ! L’été et l’hiver ! Sous le soleil ou dans la neige ! Sous la pluie, parfois ! Au bon air toujours !

Et un grand Merci au Club Vosgien !

 


Illustrations


  • Schémas de l’évolution castrale du Mont, PiP
  • Les châteaux d’Ottrott
  • La prévôté de Truttenhausen
  • Baies du Château de Landsberg
  • Baies du Château de Birkenfels
  • Reconstitution romantique et amusante des Dreistein par J. Schmitt

A l’assaut du Lutzelbourg au XVème siècle

Les premières armes à feu font leur apparition au début du XIVème siècle. Les premiers canons sont utilisés en France à la bataille de Crécy (1346) et au siège de Calais(1348). Peu à peu, leur usage se développe, et, en ces temps troublés, nos châteaux d’Ottrott doivent bien s’adapter à ce nouvel art de la guerre. Lorsqu’ils reconstruisent et embellissent le château de Lutzelbourg (~1400), les trois frères Hartmann, Egelolf et Johann de Rathsamhausen décident d’améliorer ses capacités de défense face à ce nouveau danger.

 

 


Construction des lices et de braies


L’apparition des armes à feu change, du tout au tout, l’art de défendre un château. Outre les tirs du canon, les assiégés doivent se défendre des sapeurs, ces artificiers qui viennent creuser le soubassement des murs et y faire exploser des charges de poudre. La meilleure défense est d’adapter le plan du château en créant, devant les murs, de vastes espaces, les lices, et en protégeant le pied du haut-château par de nouvelles murailles, les braies. Voyez les adaptations du Lutzelbourg sur le schéma suivant.

 

 

En rouge, le haut-château médiéval, en bleu ciel les braies et les murs des lices ! Le travail effectué est d’importance : l’enjeu devait être vital. Voyons quel était alors l’accès au château de Lutzelbourg.


Montons à l’assaut du Lutzelbourg !


Au XVème siècle, les châteaux ne sont pas, comme aujourd’hui, cernés par la forêt. Bien au contraire, un vaste glacis de prés amène les ‘visiteurs’ à se présenter à découvert. Le guet les aperçoit de loin du sommet du donjon. Le chemin muletier qui mène au château partait d’Ottrott et aboutissait au Lutzelbourg au nord-est du château. On en trouve encore la trace dans la forêt.

 

Note : les chiffres du texte qui suit renvoient à ceux utilisés dans le schéma précédant.


La tour de flanquement et les lices Nord


La pente est rude, et le chemin se termine par un virage brutal qui amène au pied des lices nord (2) sous le feu de la tour de flanquement nord (1). La tour nord était munie de trois archères adaptées aux armes à feu, deux d’entre elles donnent directement sur le dernier virage du sentier. Le mur des lices comportait un chemin de ronde, dont les corbeaux de soutien sont toujours en place. Peut-être était–il porteur de créneaux, ou de hourds, pour le moins.

L’agresseur qui longe les lices est également sous le feu de la tour est du haut-château et de la bretèche du logis nord, située à proximité directe.


La porte de la barbacane


Il ne subsiste que les montants écroulés de cette première porte (3), avec la trace du système de verrous qui assuraient la fermeture de la porte. De part et d’autres, deux archères assuraient la protection. Celle qui est située à l’est est conservée en parfait état : on distingue l’orifice circulaire qui permettait l’usage d’une couleuvrine, ainsi que le système judicieux qui assurait l’assise d’un matériel aussi pesant.

 

 

L’intérieur de la barbacane(4) était sous la veille des soldats postés sur les créneaux de la deuxième porte.


La rampe d’accès au haut-château


Suit alors une longue rampe étroite(5) qui mène à la deuxième porte. D’une longueur d’une vingtaine de mètres, enserrée entre deux hauts murs, cet étroit couloir obligeait les assaillants à se présenter un par un, l’un derrière l’autre, devant la deuxième porte. Selon Max Herbig, cette rampe aurait été couverte ! On imagine la situation de l’ homme en tête de colonne, seul, dans une semi obscurité, face aux défenseurs armés d’arbalètes, dissimulés derrières les merlons surplombant la deuxième porte !

 


La deuxième porte et son pont-levis


Bien conservée, cette porte (6) est fort sophistiquée. Le cadre rectangulaire et les orifices des angles supérieurs prouvent qu’elle était précédée d’un pont-levis, au dessus d’une fosse, aujourd’hui comblée. Une large porte de bois en un seul vantail pivotait sur un axe : la crapaudine est toujours en place, ainsi que le système de verrou à base de poutre. La présence d’une herse est suggérée par T. Biller, mais non avérée. La porte était surmontée par un mur crénelé avec chemin de ronde, accessible de la poterne. Son franchissement devait être un terrible problème !

 

 


La poterne et la porte du haut-château


Cette porte franchie, l’éventuel assaillant se trouvait alors confiné dans une étroite poterne, cernée de hauts murs de toutes parts. L’archère de la tour est, dirigée en plein axe de la poterne, devait se révéler terriblement efficace, lorsqu’il s’agissait de s’attaquer à la porte du haut château ! Cette ultime porte (7), posée dès les origines du château, comporte toujours sa crapaudine, ce gond de pierre du moyen âge. L’arc est de toute beauté ! Cette porte passée, on entrait, enfin, de plein pied dans le logis sud du château… Le Lutzelbourg était pris !


La rampe d’accès du château de Lutzelbourg


Man steigt auf Staffeln in einem von zwei Mauern eingeschlossenem Gange, der ehemals gedeckt war, zur ersten Tür empor, die im Stichbogen geschlossen ist.’ nous-dit Max Herbig en 1903 ! La rampe, cernée de deux murs, aurait été couverte. D’autres auteurs, après lui, répètent cette affirmation sans nous en apprendre davantage. Malheureusement Max ne nous en dit pas plus. Vraisemblablement, en 1903, les murs étaient plus élevés, et il devait subsister la trace d’une toiture. Aujourd’hui, nous n’avons plus de trace visible.

La seule représentation ancienne de la montée du Lutzelbourg est le dessin effectué par Louis Laurent-Atthalin en 1836. En voici, fortement grossi, un détail.

Nous sommes un rien surpris, la rampe d’accès était alors cachée par une maisonnette adossée au mur occidental. Au XIXème siècle, une ferme avait été installée au sud du Lutzelbourg. Notre petite maison du Lutzelbourg, aujourd’hui utilisée comme base par l’Association des Amis des Châteaux d’Ottrott, est également représentée sur le dessin de Louis. C’étaient alors les deux bâtiments de la fermette.

La maison adossée à la rampe a aujourd’hui disparu. Il ne subsiste qu’un seul corbeau qui devait supporter une des poutres maîtresse du bâtiment. Le passage souterrain situé sous la rampe devait alors servir de cave à cette maison. Il a été aménagé à cette époque, selon T. Biller.


Le seuil de la porte au pont-levis


La porte au pont-levis nous réserve une autre surprise. Examinons le seuil avec attention!

Les maçons du Lutzelbourg, au XVème siècle, ont tenu à solidifier l’assise de la porte. Ils ont utilisé une technique ancienne : les deux pierres à assembler sont creusées par une mortaise en forme de queue d’aronde. Elles sont ensuite réunies par un ‘fer de bêche’, un tenon de fer qui assure l’assemblage. Charles Laurent Salch explique très bien le procédé dans son livre ‘La clef des Châteaux Forts d’Alsace’. Il publie le dessin qu’il avait fait du seuil du Lutzelbourg.

Nos lecteurs auront reconnu le clin d’œil ! Les maçons des Rathsamhausen ont emprunté la technique mémorable que leurs ancêtres avaient utilisés, bien des siècles avant eux, lors de la construction du Mur Païen qui cerne le Mont-Sainte-Odile. Si on retrouve les mortaises sur le mur cyclopéen, les tenons de bois de chêne du Mur Païen ont disparu…


Images Anciennes


L’entrée monumentale du Lutzelbourg a de tout temps marqué l’esprit des visiteurs. De nombreux artistes l’ont reproduite dans des dessins fort intéressants. Nous en avons choisi trois pour terminer cet article

Emmanuel Frédéric Imlin, dessin au crayon de la porte du Lutzelbourg,1822

Emmanuel a privilégié la représentation de la frise de faux-machicoulis qui domine la porte au pont-levis, ainsi que l’arc surbaissé et le cadre du pont-levis. Les murs de la rampe étaient alors bien plus élevés qu’aujourd’hui.

Jacques Rothmuller, porte du Lutzelbourg, 1829

Jacques a choisi le même angle qu’Emmanuel et nous propose un dessin plus abouti. Le contrefort de la porte avec ses deux retraits est encore présent. Jacques nous montre, de plus, la partie basse de la porte de la barbacane, encore en place, et l’accès aux lices nord.

Alfred Touchemolin, porte du Lutzelbourg, 1870

Alfred s’est placé sur la rampe d’accès, face à la porte au pont-levis. Les trois arcs de la frise lombarde sont dessinés avec précision, ainsi que la petite niche qui surplombe la porte.

Le mieux est de venir voir par vous-même ! ( se reporter au site www.amchott.fr pour les visites guidées)


Sources


Thomas Biller ; Château de Lutzelbourg, Burgen und Schlösser, 1973

Bertrand Bilger, Châteaux forts et armes à feu en Alsace,1991

Charles Laurent Salch, La clef des châteaux forts d’Alsace, 1995

Joseph-Frédéric Fino, Armes et armées du moyen âge,1995

Thomas Biller, Die Burgen des Elsass, Tome 3, 1995


Illustrations


Konrad Kyeser, Bellifortis, ~1380, les premières couleuvrines

Louis Laurent Atthalin, croquis des châteaux d’Ottrott,1836

Emmanuel Frédéric Imlin, dessin au crayon de la porte du Lutzelbourg,1822

Jacques Rothmuller, porte du Lutzelbourg, 1829

Alfred Touchemolin, porte du Lutzelbourg, 1870

Schémas de situation, PiP

Photographies, PiP

Retrouvez nos articles consacrés aux châteaux d’Ottrott (cliquez sur le lien)

Les blasons du Lutzelbourg

Nos châteaux d’Ottrott ont conservé, outre leurs trois donjons et deux tours, deux logis du moyen âge, toujours majestueux et pleins d’enseignements. L’article de ce jour est consacré aux pierres sculptées, portant des armoiries, toutes situées dans le logis du château de Lutzelbourg.

 

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La salle d’apparat du logis nord du Lutzelbourg


Le Lutzelbourg fut érigé au cours du XIIIème siècle. Tous les historiens et archéologues en conviennent. Certains penchent pour une bastille dédiée à une attaque du château voisin de Rathsamhausen lors de l’Interrègne, d’autres pour un simple partage du site lors d’une succession. Dés sa construction, le Lutzelbourg était doté d’un logis, adossé à la muraille sud de la forteresse, qui abritait le seigneur.

Le logis nord ne fut construit que plusieurs dizaines d’années plus tard. C’est de loin la partie la mieux conservée et la plus intéressante du château. Trois étages adossés à la muraille nord, et au deuxième étage, une grande salle d’apparat. C’est dans cette salle que nous allons trouver les corbeaux armoriés, fierté de notre Lutzelbourg !

Si le rez-de-chaussée du logis était divisé en deux parties, l’étage supérieur semble d’un seul tenant : quinze mètres sur six ! Le plancher était porté, côté nord, par une ligne de corbeaux, et côté sud, par un retrait sur le mur. Le plafond était posé, sur les deux versants, par deux lignes de corbeaux. La salle devait être magnifique !

Versant sud, trois fenêtres rectangulaires, bien conservées. Versant ouest, une baie donnait sur la cour. Mur aveugle au nord et accès à une bretèche à l’est. Pas de cheminée, le logis devait être chauffé par des kachelofen.


Les corbeaux armoriés du Lutzelbourg


Dans cette grande salle, cinq corbeaux sculptés attirent l’attention. Ils sont situés en dessous de ceux, fonctionnels, qui portaient le plafond, et n’ont pas d’utilité apparente. Tous portent des écussons. Nous allons tenter de les lire…

-corbeaux

Commençons par les plus faciles… Répertoriés sur notre schéma, C2 et C4, les corbeaux ne portent qu’un seul blason que nos lecteurs assidus auront reconnu : ‘D’argent à la face de sinople, à la bordure de gueules’, il s’agit des armes des Rathsamhausen. Ces armoiries se retrouvent, parmi d’autres, sur les corbeaux C3 et C5.

En second lieu, regardons avec attention les corbeaux C3 et C5, ils semblent bien lisses aujourd’hui, mais nos anciens y ont décelé l’ ‘échiqueté d’argent et de gueules’ des Hohenstein. ( Cf. Max Herbig, Thomas Biller). Il ne semble cependant pas que les Hohenstein aient été les maîtres du Lutzelbourg. Alliés des Rathsamhausen, ils seront de 1424 à 1477, les seigneurs du château voisin qu’ils achètent alors pour la somme de 1200 florins.

Beaucoup moins explicite ce pal du corbeau C1, que l’on retrouve sur C3. Nous ne trouvons pas d’explication, pas de lignée alsacienne avec cet emblème. Max Herbig propose cependant les Andlau, sans nous convaincre.

Quelle pouvait bien être l’utilité de ces corbeaux sculptés situés au beau milieu d’une paroi ? Soit une parure, une simple affirmation de la puissance des familles par leurs armes, soit l’appui de poutres portant des tentures et permettant de s’isoler dans les angles de la somptueuse pièce de ce logis médiéval. Sans doute les deux ! Imaginez !


L’histoire du Lutzelbourg aux alentours de l’an 1400


Selon T. Biller, les Rathsamhausen étaient déjà présents au Lutzelbourg en 1367. Selon Herbig, puis Salch, le château fut détruit par les Grandes Compagnies vers 1375, sans que nous n’en retrouvions la moindre trace dans les documents de l’époque…

En 1383, l’empereur Wenceslas demande à la Ville d’Obernai de protéger les droits de Dietrich de Stein et de ses frères de Rathsamhausen à Ottrott. La même année, les Rathsamhausen entrent en conflit avec la Ville pour des dégâts dans la forêt. Les familles de Stein et de Rathsamhausen semblent être liées.

En 1392, à la mort de Diebolt de Rathsamhausen, sans enfant, le Lutzelbourg passe aux frères Hartmann, Egelolf et Johan de Rathsamhausen. Il y a alors conflit juridique entre les Andlau et les Rathsamhausen.

1392 : inféodation aux deux frères d’Andlau par l’empereur Wenceslas

Le château de Lutzelbourg est alors qualifié de ‘Burgstall’…. Il serait en ruines.

1393 : inféodation aux trois frères de Rathsamhausen par le même Wenceslas

1398 : investiture de Jérothée et Dietrich de Rathsamhausen

 

Il ne semble pas que le château soit l’objet de lutte armée, mais plutôt de conflit de droit entre deux familles alliées depuis de longues années. Les Andlau et les Rathsamhausen n’ont–ils pas fondé et transmis, ensemble, la chapelle Saint-Nicolas de Nieder-Ottrott à l’abbaye de Niedermunster dès 1227 ? Eberhard d’Andlau et Gertrud de Rathsamhausen étaient alors époux et régnaient sur Nieder-Otrrott.

 

Toujours est-il que le ‘Burgstall’, la ruine, est relevé de manière somptueuse dans les années proches de 1400 par les Rathsamhausen qui bâtissent ce logis nord et cette vaste salle d’apparat. Ils l’ornent de leurs armoiries, et vraisemblablement, à moindre mesure, de celles des familles alliées. Voilà l’origine des corbeaux armoriés de la grande salle du logis nord du Lutzelbourg !


Encore des sculptures au Lutzelbourg


Nous avons la chance de posséder dans le même château deux autres sculptures étonnantes. Tout d’abord, à l’extérieur du même logis, là où court la longue frise lombarde, à son angle sud-ouest.

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Le palais était orné sur trois faces de cette frise de demi couronnes taillées dans un seul bloc, posée sur une ligne de corbeaux. Une bonne partie est fort heureusement conservée. Thomas Biller indique avoir retrouvé ce décor au Kastelburg (Eifel) et au Zwingenberg (Neckar). Ces châteaux, historiquement datés, permettent de confirmer le début du XVème siècle pour le logis du Lutzelbourg.

A l’angle, bien en évidence, la frise est rehaussée par une pierre sculptée portant sur ses deux faces, l’écusson des Rathsamhausen. Au dessous de cette pierre, un cercle prolongé d’un axe est également gravé, peut-être la marque du maître d’œuvre du palais.

 

Terminons par l’accès au château. De la barbacane, une longue rampe mène à une première porte avec un arc surbaissé. Cette porte devait être précédée par un petit pont-levis. Au-dessus de l’arche d’entrée, une frise réalisée en briques rappelle le motif de celle du palais. A mi hauteur, une petite niche en forme d’amphore est taillée dans le grès. Elle devait contenir une statue de petite taille, voire un emblème… peut-être l’image d’un saint protecteur des lieux. Sous la niche, fort érodée, l’observateur attentif discernera une aigle sculptée dans la pierre. Cet emblème fut vraisemblablement martelé, c’est bien regrettable ! Cet aigle nous rappelle que le Lutzelbourg était alors fief impérial !


Sources


Joseph Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866

Max Herbig, die Ottrotter Schloesser, 1903

Thomas Biller, Lützelburg, dans Burgen und Schlösser, 1973, pages 83-93

Charles Laurent Salch, les deux châteaux d’Ottrott, 1992


Illustrations


Schéma de localisation des sculptures, PiP

Photographies, PiP

Restitution des armoiries des Rathsamhausen et des Hohenstein, PiP

Relevé des écussons de Thomas Biller

 

Retrouvez d’autres articles sur les châteaux d’Ottrott en cliquant sur le lien !

 

A proximité ne manquez pas de visiter

La chapelle Saint Nicolas d’Ottrott

Le calvaire d’Ottrott

Le Donjon-Palais du château de Rathsamhausen

Combien de châteaux forts dans nos Vosges ? Ne nous hasardons pas à avancer un nombre. Disons un ‘grand’ nombre, et parmi eux, un seul possède un donjon-palais ! L’article de ce jour va traiter de cette singularité du château de Rathsamhausen.

 


Les donjons-palais


 

Habituellement, dans nos vieux burgs, le donjon a un rôle essentiellement militaire. Dominant les environs, il permet l’alerte en cas d’approche d’une troupe ennemie. Surplombant les remparts, garni de hourds ou de bretèches, il permet de jeter des projectiles sur les assaillants. Enfin, il est l’ultime refuge des derniers défenseurs, si l’ennemi réussit à pénétrer dans le château.
En temps de paix, le seigneur du lieu n’habite pas le donjon, trop exigu, sans lumière. La vie quotidienne se déroule dans les logis situés dans les hautes cours, plus vastes, éclairés par les baies, chauffés par les cheminées ou des kachelofen.
Le donjon-palais est tout autre : l’ensemble des fonctions du château fort est réuni en un seul bâtiment. Cuisines, celliers, magasins, logis, corps de garde, défense, guet, sont répartis sur les différents étages du donjon-palais.

C’est une conception totalement différente de nos burgs classiques.

Alors ? Comment et pourquoi le seigneur des lieux a-t-il choisi cette option, unique en Alsace ?


Autres donjons-palais en Europe


 

En France, c’est en Normandie et dans le val de Loire qu’on recense les principaux donjons-palais : Nogent le Rotrou, Langeais, Beaugency, Montbazon sont les plus impressionnants.

En Italie, la Sicile présente également de beaux exemples de ce type de forteresses. La Sicile fut conquise alors par la famille de Hauteville, seigneurs normands de la région de Coutances, qui aurait exporté ses donjons en Sicile. Charles-Laurent Salch, dans son livre ‘Ottrott et Adrano, donjons-palais d’Alsace et de Sicile’ nous donne une explication sur la genèse du donjon de Rathsamhausen.

 


Le contexte historique


 

En 1190, un seul château domine Ottrott, il a nom Lutzelburg, ‘le petit château’. Et la famille de ministériels qui en sont les seigneurs, détient sa charge des Hohenstaufen, empereurs et avoués du Mont-Sainte-Odile. Les sires de Lutzelburg vont connaître des années mouvementées !

Juin 1190 : Frédéric Barberousse se noie lors de son départ en croisade. Son fils Henri VI lui succède. Ce prince fut qualifié de Cruel. Une de ses premières exactions fut l’emprisonnement au Trifels du roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion.

1194 : La vieille reine Aliénor d’Aquitaine réunit, enfin, la somme énorme de 150.000 marcs d’argent, rançon de Richard. Riche, Henri VI va pouvoir accomplir son rêve le plus cher : la conquête de la Sicile. Les chroniques de l’époque rapportent les cruautés commises par Henri lors de cette conquête. La reine déchue, Sybille, et ses filles se verront enfermées à Hohenburg, sur le Mont-Sainte-Odile, confiées à la garde d’ Herrade de Landsberg.

1196 : Henri VI est rentré de Sicile en Alsace. Il séjourne à Obernai dans le Burg construit par son grand père.

Un an plus tard, de nouveau en Sicile, Henri VI meurt, sans doute empoisonné par son épouse. C’est le Petit Interrègne. L’Alsace se soulève contre le dernier des Hohenstaufen, Philippe de Souabe. Philippe mettra plusieurs années à rétablir un semblant d’ordre dans l’Empire.

C’est durant ces années troublées que le donjon-palais d’Ottrott sera construit.


Le Petit Interrègne sur le Mont-Sainte-Odile


Nous avons dit le soulèvement de 1197 contre les Hohenstaufen à la mort d’Henri VI le Cruel. En l’absence de textes précis, les fouilles effectuées à Ottrott permettent cependant d’affirmer que le château de Lutzelburg ait brûlé à la fin du XIIème siècle. Il semble logique de lier les deux évènements. Le château des sires de Lutzelburg brûlerait donc en 1197. Le calme revenu grâce à la politique de Philippe de Souabe, plusieurs chantiers sont lancés sur le Mont. Waldsberg, Landsberg, Stein, et bien entendu, reconstruction d’une forteresse au dessus d’Ottrott.

 

Et là, se place l’hypothèse séduisante de C. L. Salch. Le seigneur de Lutzelburg aurait participé aux campagnes siciliennes de Henri VI, il aurait apprécié les donjons-palais de Sicile. Alors, devant les ruines fumantes de son château détruit, Lutzelburg aurait opté pour cette forme de forteresse alors inconnue chez nous : le donjon-palais !


Rathsamhausen et Adrano


Dans son opuscule, C.L. Salch décrit plusieurs forteresses sicilo-normandes. Il privilégie le donjon d’Adrano pour la parenté avec le Rathsamhausen. Nous vous laissons juges !

 

Certes, la vue d’ensemble, les dimensions, l’organisation des bâtiments, la forme des fenêtres, leur structure semblent autant d’éléments comparables. Par contre, les dissemblances existent aussi. Les escaliers d’Adrano sont construits dans l’épaisseurs des murs, ceux d’Ottrott étaient intérieurs et de bois. Ottrott présente une surface moindre, des murs moins épais… Mais ce ne sont peut-être que des adaptations au site.

Alors ? Qu’en pensez-vous ? Le sire de Lutzelburg a-t-il réellement copié un château visité lors de son expédition en Sicile ? Vraisemblable, séduisant…

 

Quoiqu’il en soit, le donjon-palais n’a pas convaincu, il est resté le seul de ce type en Alsace. Les constructions ultérieures sont revenues au donjon guerrier, séparé des logis seigneuriaux. Sur le site même du Rathsamhausen, un donjon circulaire, plus élevé et purement militaire, est venu compléter la défense du site face au deuxième château lors de la division du site. (extension dite ‘gothique’). Le donjon-palais était déjà dépassé quelques décennies après sa construction.


Imagerie ancienne du Rathsamhausen


Nous vous proposons tout d’abord deux aquarelles d’Emmanuel Frédéric Imlin, datée de 1814 et 1815. Les deux vues présentent les deux versants, le donjon-palais et le donjon circulaire étaient alors toujours crénelés.

 

Tirés du carnet de croquis de Louis Laurent-Atthalin, quatre croquis effectués quelques années plus tard. Cheminées, fenêtres, un luxe de détails, un rendu de qualité.

 

Le château de Lutzelburg du début du XIIème siècle, deviendra lors du partage du site d’Ottrott entre les deux forteresses, l’ Hinterlutzelburg. Ce n’est que bien plus tard, en 1561, qu’il prendra son nom actuel lors de son acquisition par la famille de Rathsamhausen. Ces seigneurs feront porter leur blason sur un des corbeaux intérieurs du château.

 

 

Le site des châteaux d’Ottrott est aujourd’hui fermé au public. Souhaitons sa réouverture prochaine, après sécurisation des lieux.


Illustrations


Photographies du Rathsamhausen, GaD

Dessins de Louis Laurent-Atthalin, 1836

Aquarelles de E.F. Imlin, 1814 et 1815

Plan schématique du Rathsamhausen, PiP

Reconstitution du Rathsamhausen, C.L. Salch

Lithographie de H.C.Muller, 18xx


Sources


  1. Zumstein, Châteaux Forts de l’époque romane tardive, 1971

C.L. Salch, Le château de Rathsamhausen – Ottrott, 1974

C.L. Salch, Ottrott et Adrano, Donjons-palais d’Alsace et de Sicile, 1998

  1. Demenge, Au Pays de sainte Odile Louis Laurent-Atthalin, 2007

 

Et souriez avec ‘ Les amours contrariées d’Agnès de Hohenstaufen’

 

Le Bergfried va-t-il s’effondrer ?

Nos deux châteaux de Rathsamhausen et de Lutzelbourg sont magnifiques. Les premiers efforts des ‘Amis des Châteaux d’Ottrott’ portent leurs fruits. Les ruines redeviennent visibles, accessibles. Ils sont, chaque semaine, une quinzaine de personnes à consacrer leur temps libre à débroussailler les abords des lieux. Peu à peu, nous discernons mieux le sommet des tours… Mais notre projet ne s’arrête pas là ! Il est plus fort, plus ambitieux, et c’est pour cette raison que nous avons besoin de vous !

Les ruines de nos châteaux forts des Vosges subissent les outrages du temps. Pluie et neige s’infiltrent entre les blocs de grès. Le lierre s’insinue entre les pierres. Les arbustes s’installent aux endroits les plus inattendus. Un jour, les murailles les plus solides sont attaquées. Aujourd’hui nous prendrons pour exemple le sommet du Bergfried du Rathsamhausen.


Images anciennes du Bergfried


A Ottrott, nous avons trois donjons ! Bigre ! Un donjon circulaire au Lutzelbourg, certes ! Un donjon-palais au Rathsamhausen, oui ! Et un deuxième donjon circulaire dans la même enceinte. C’est beaucoup ! Nous appellerons Bergfried, cette dernière tour monumentale. Cet élément magnifique de nos ruines a séduit tous les artistes qui se sont rendus à Ottrott. Voyons au travers de leurs images l’évolution du Bergfried de Rathsamhausen !


La lithographie de Silbermann 1781


Notre ami Silbermann a parcouru l’Alsace de longues années à la fin du dix-huitième siècle. Il nous laissait de nombreux documents et des lithographies. Voici le Rathsamhausen !

 

 

Andréas a choisi de se poster à l’entrée actuelle des ruines. La porte de la barbacane est encore présente à cette date. Mais c’est surtout le sommet des deux donjons qui attirent notre attention. Tous deux sont encore pourvus de leurs créneaux, et seuls quelques arbustes dominent les ruines. Nulle trace de fissure ou de faille, après près de 600 ans d’histoire !


L’aquarelle d’Imlin 1815


Emmanuel Frédéric Imlin nous a laissé moult images ‘nach der Natur’ des ruines des Vosges alsaciennes. Pour étayer notre propos, nous avons choisi celle-ci, où le Bergfried apparaît dans sa splendeur. Imlin a posé son chevalet un peu plus haut que Silbermann sur le chemin d’accès.

 

Le rendu est plus fidèle que celui d’Andréas. Les détails du sommet correspondent mieux à ce que nous pouvons voir aujourd’hui. La ligne de corbeaux qui portaient les hourds de bois est bien soulignée. Tous les créneaux sont encore présents. Pas une fissure ! Le Bergfried a fière allure.


Le dessin de Bichebois 1828



Angle un rien différent pour Alphonse Bichebois, qui nous présente le donjon coté sud-ouest. On distingue l’accès surélevé du donjon, les corbeaux des hourds… Mais le sommet semble déjà bien endommagé de ce côté… Une partie des créneaux s’est effondrée, et des arbres semblent vouloir s’installer !

 


L’aquarelle de Louis Laurent-Atthalin 1835



Louis s’est installé dans les fossés au sud-est de la forteresse, là où se trouve aujourd’hui le jardin médiéval créé par l’équipe de C.L. Salch dans les années 1980. Versant est, la tour est entière ! Cependant, remarquez cette longue lézarde au milieu de l’image…. Elle semble légère et pourtant, nous allons vous en reparler plus avant.

 


Une photographie qui serait datée de 1897


 

Plus de 60 ans après la visite de Louis, une photographie nous prouve combien le dessin d’Atthalin était fidèle à la réalité. Le photographe est placé, à peu près, au même endroit que Louis. La tour conserve ses fiers créneaux et notre lézarde inquiétante est bien visible !


Les travaux de consolidation de la fin du XIXème siècle


Dés 1857, le Rathsamhausen, propriété de Madame Scheidecker, voit une première campagne de travaux de consolidation dirigée par Monsieur Ringeisen.

L’état des deux donjons inquiète la Société pour la Conservation des Monuments Historiques. Les débats, les négociations seront longues. Quarante ans !

1897 vit la consolidation du donjon-palais par la société de Monsieur Naegele, maître maçon à Obernai, avec la pose des tirants et des clefs de quatre mètres, encore en place aujourd’hui. Peu esthétique, mais efficace !

En ce qui concerne notre Bergfried, la situation semblait plus difficile.

1898 – Les deux brèches du Bergfried sont réparées.

1899 – Les réparations effectuées sur la brèche ‘est’ qui donne sur la cour intérieure s’effondrent. Le colmatage de la brèche côté fossé semble tenir. On évoque les conséquences du tremblement de terre du 12 février 1899, mais aussi, des malfaçons sur les travaux…. L’architecte Salomon propose d’enfermer dans un cercle de fer le sommet de la tour ! Bigre ! Cette solution est ignorée, et la brèche ‘ouest’ est comblée avec de la bonne chaux d’Ottrott. Elle tient encore aujourd’hui !

Si les deux donjons du Rathsamhausen sont encore en place aujourd’hui nous le devons à nos prédécesseurs ! Voyons comment notre Bergfried a évolué depuis cette campagne de travaux.


L’aquarelle de Fernand de Dartein, 1904


 

Quelques années après les travaux de Salomon, arbres et arbustes ont à nouveau envahi les fossés, mais le sommet du Bergfried est exempt de toute végétation. Mais regardez bien ! Une forte longue lézarde strie à nouveau la muraille. La brèche, côté fossés, menace déjà l’édifice !


Les relevés de JP Frey, 1974


Lors des différentes campagnes de travaux et de fouilles (1967-2001) Charles Laurent Salch a fait effectuer des relevés forts précis des ruines, notamment des élévations très parlantes. Voici les deux images qui montrent le mieux le Bergfried en 1974. La lézarde transcrite par Fernand en 1904 est devenue une large brèche qui descend au dessous de la ronde des corbeaux des anciens hourds.


La situation actuelle, début 2017


Terminons cette visite de notre donjon par quelques images aériennes des lieux.

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Vous le voyez la brèche s’est considérablement élargie, la végétation devient importante au sommet de la tour, les racines des arbustes déchaussent les pierres, les eaux de pluie d’infiltrent….

 

Quelques pierres sont en équilibre instable, un jour ou l’autre, ça va tomber !

A moins que….

 

 

 

L’Association des Amis des Châteaux d’Ottrott a été créée voici quelques semaines.

Son but est la sauvegarde des ruines et leur mise en valeur auprès du public. Sachez que le Bergfried sera une de nos premières interventions d’envergure.

Pour réussir à Ottrott, nous avons besoin de votre soutien !

Aidez- nous, rejoignez-nous !

 

Les Amis des Châteaux d’Ottrott.

Notre adresse : amchott@orange.fr

 


Illustrations


Les références des images anciennes figurent dans le texte de l’article.

Les élévations de JP Frey sont publiées avec l’autorisation de Charles-Laurent Salch.

(Copyright CECF Centre d’Etude des Châteaux-Forts)

Photographies aériennes du bergfried, FrP, ElJ et BrR

 

Pourquoi deux châteaux au dessus d’Ottrott ?

Le village d’Ottrott est renommé pour son vin rouge remarquable. Le petit bourg alsacien est dominé par deux ruines de châteaux affrontés. Pourquoi deux burgs si proches sur ce versant du Mont-Sainte-Odile, au dessus de la plaine d’Alsace ? C’est une longue histoire….


Le premier château d’Ottrott : le Lutzelburg


Selon les archéologues qui ont travaillé sur le site, un premier château dominait déjà Ottrott peu après l’an mil ! Le ‘château’ était alors bien différent de ceux que nous admirons aujourd’hui. Une palissade cernait le haut de la colline, les bâtiments eux-mêmes étaient en bois. Seules les fondations étaient maçonnées.

Les Eguisheim sont alors les seigneurs qui protègent les abbayes de Hohenburg et de Niedermunster, sur le Mont-Sainte-Odile. Le Lutzelburg est ainsi appelé ‘petit château’ par opposition au château de Hohenburg, le vieux burg d’Adalric, père de Sainte Odile. Situé sur le chemin qu’empruntent les pèlerins, partis d’Obernai pour atteindre Sainte-Odile, le burg apporte protection à tous les visiteurs du Mont.

Lorsque l’empereur Henri V se lance dans ses campagnes en Italie, il nomme Frédéric et Conrad de Hohenstaufen, princes souabes, vicaires de l’Empire. C’est le début d’une période terrible pour l’Alsace, Frédéric le Borgne s’attaque aux châteaux des Eguisheim pour asseoir la présence des Hohenstaufen en Alsace.

En l’an 1114, Frédéric dévaste le Mont-Sainte-Odile. C’est vraisemblablement à cette occasion que le Lutzelburg est livré aux flammes.


Reconstruction par les Hohenstaufen


Quelques décennies plus tard, les Hohenstaufen sont devenus Empereurs et se sont arrogés le titre d’avoué des abbayes du Mont-Sainte-Odile. C’est dans cette fonction de protecteurs du Mont qu’ils vont reconstruire une forteresse au dessus d’Ottrott. Les cinq empereurs de la lignée, Conrad, Frédéric Barberousse, Henri VI le Cruel, Philippe de Souabe et Frédéric II feront effectuer de multiples campagnes de travaux à Ottrott. Nous leur devons le magnifique donjon-palais d’ Ottrott, de style normand, unique en Alsace. Pour sa construction, les Hohenstaufen se sont inspirés des châteaux siciliens rencontrés lors de leur conquête du sud de l’Italie. Nous consacrerons prochainement un article au donjon-palais du Rathsamhausen. Aujourd’hui, nous cherchons à comprendre la présence du deuxième château d’Ottrott.

 


Le Grand Interrègne


Le dernier empereur de la lignée des Hohenstaufen fut fort controversé. Frédéric II fut surnommé ‘stupor mundi’ par ses contemporains, c’est dire combien sa personnalité et sa politique ont surpris. Elevé à Rome, Frédéric parlait plusieurs langues dont l’arabe et l’hébreu. Parti en croisade, il se lie d’amitié avec le sultan Malik el Kamel. Entouré de mathématiciens de philosophes et d’artistes italiens et arabes, c’est un homme du sud, plus italien qu’allemand. Homme de plume, il est l’auteur d’un traité de fauconnerie. Frédéric vivait entouré d’une cour fastueuse, parfois vêtu à l’orientale, entouré de jeunes femmes de différents pays. Voici la traduction du début d’un poème de Frédéric, écrit en italien, bien entendu.

Malheur à moi, car ne pouvais savoir
Quelle douleur me coûterait
De me séparer de ma dame.
A peine eus-je quitté ma belle
Que seule la mort m’a paru désirable.

Croyant qu’elle me suivait de près,
Jamais je n’ai souffert comme au moment
Où, derrière mon vaisseau, la côté disparut,
L’emportant avec elle. Je crus vraiment
Qu’il me faudrait mourir
Si ne retournais promptement au port.

Ce que je vis en maints pays lointains
Ne put m’arracher au chagrin.
Et si fort m’étreignent
Les chaînes du désir
Que n’ai d’espace où reposer
En sorte qu’en nul lieu
Ne puis trouver la paix.

A une fleur de Syrie, Frédéric II de Hohenstaufen

Frédéric était en lutte constante avec la Papauté. Le pape Grégoire IX appelait Frédéric l’Antéchrist et l’avait excommunié. En Alsace, le parti de la Papauté était mené par les évêques de Strasbourg et le ‘contre empereur’ Henri le Raspon. A la fin du règne de Frédéric et après sa mort, une longue période d’instabilité va s’ouvrir, le Grand Interrègne, qui perdurera jusqu’à l’avènement d’une nouvelle dynastie les Habsbourg.

C’est lors de ces troubles que le site d’Ottrott voit apparaître son deuxième château.

 

 

 


Rathsamhausen et Lutzelburg


Les Hohenstaufen disposaient d’un grand nombre de forteresses en Alsace. Dans chacune d’elles, ils avaient installé une famille de proches, d’alliés chargés de les représenter et de défendre leurs droits. A Ottrott, comme dans beaucoup d’autres lieux, les ministériels ont pris le nom de la place qu’ils occupent. Gyss cite un ‘Conradus de Lucelenburc’ signataire d’une chartre de donation datée de 1196. Les Lutzelburg éaient les seigneurs du château d’Ottrott. Plusieurs abbesses de Hohenburg semblent être issues de cette famille.

Au début de l’Interrègne, les Lutzelburg sont donc les alliés des Hohenstaufen. Y aurait-il eu dissension au cœur de la famille ? Ou bien les Lutzelburg sentant le vent tourner se sont-ils ralliés en bloc à l’évêque et à la papauté ? En l’absence de documents, nous ne saurions nous prononcer.

C-L. Salch penche pour la seconde solution et pense que le burg est passé à l’évêque Henri de Stahleck en 1246. Le parti impérial serait alors venu assiéger son propre château pour le reprendre à l’ennemi. Situation intéressante qu’on retrouve à la même période aux châteaux de Dreistein. ! Toujours est-il qu’une tour puis une bastille sont érigées à l’extrémité orientale du site, face au Lutzelburg. Voici la reconstitution proposée par Salch des deux burgs à la fin du siège.

 

Pendant des années, on parlera de ‘Vorderlutzelburg’, pour la bastille, et d’ ‘Hinterlutzelburg’ pour le château des Hohenstaufen et son donjon palais.

La famille de Rathsamhausen n’apparaît à Ottrott qu’un siècle plus tard. En 1392, l’empereur Wenceslas leur reconnaît la propriété des lieux. C’est plus tard encore que les dénominations actuelles des deux châteaux sont adoptées : Rathsamhausen pour le château des Hohenstaufen, Lutzelbourg pour la bastille de 1246.

 

 

 


Balade


Le site des châteaux d’Ottrott fermé au public depuis 2001 pour raison de sécurité, ré ouvre progressivement ses portes grâce à l’association « les amis des châteaux d’Ottrott ». Pour plus d’informations sur l’organisation d’une visite, envoyez nous un mail à amchott@orange.fr  ou un message dans la page « contact » de ce site . Les ruines sont superbes ! Nous proposons aux marcheurs de monter sur le promontoire du Koepfel, c’est de là qu’ils pourront voir au mieux l’ampleur et la beauté du site.

Au retour, pour les amateurs de Rouge d’Ottrott, nous conseillons un arrêt chez Eber, producteur respectueux des traditions et de l’environnement. Dites-lui que vous venez de ma part !


Sources


Gyss, Histoire de la Ville d’Obernai, 1866

C-L. Salch, Les deux châteaux d’Ottrott,1992

C-L. Salch, Donjons-Palais romans d’Ottrott et d’Adrano, 1998

Benoist-Méchin, Frédéric de Hohenstaufen, 2006


Illustrations


Frédéric II de Hohenstaufen à Palerme, Fresque de Hermann Wiliscemus, 1780

Reconstitution des châteaux, C-L. Salch

Photographies des châteaux, GaD AMSO

Lithographie de Naeher, reconstitution romantique des châteaux d’Ottrott, 1890

Lithographie d’Engelmann, selon un dessin de Bichebois, ~1830


Les entrées de nos châteaux au démarrage des travaux


 

L’entrée du Rathsamhausen

 

 

L’entrée du Lutzelbourg